Une partie des collections du Louvre bientôt transférée au Mucem


La direction du Musée du Louvre organise déjà « l’après » confinement et souhaite voir diminuer sensiblement le nombre de visiteurs. C’est pour cette raison qu’une partie des œuvres majeures du plus célèbre musée du monde va être transférée au Mucem, à Marseille.

La
Joconde, notamment, mais également la célèbre Liberté guidant le peuple ou la Victoire de Samothrace prendront, dès le 15 mai, leurs « quartiers d’été » dans la Cité Phocéenne, pour une durée indéterminée. Ce transfert a également pour but de désengorger la capitale et d’amener les touristes à se rendre beaucoup plus en province.


Sur le modèle du Louvre, d’autres musées parisiens devraient suivre prochainement cet exemple, comme le Petit Palais, qui est en train d’organiser le transfert de ses œuvres impressionnistes au Musée des Beaux-Arts de Rouen.

Les touristes amateurs d’œuvres d’art se voient offrir là une belle « excuse » pour visiter notre belle France des territoires, et redonner un peu de souffle à son économie.

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Crédits photographiques :
Photo 1 :
La Gazette du Patrimoine
Photo 2 : Mucem-St Jean Lamy

Ohé, ohé patrimoine abandonné !

Encore un article qui va déranger les populations confinées et hermétiques à tout autre sujet que le virus qui nous touche. Mais essayons de nous entendre dans cette période qui devrait être une période de fraternité et d’apaisement permettant de supporter l’insupportable et, surtout, essayons de penser qu’il y aura un « après ».


Un « après », c’est ce qu’attend le maire de La Chapelle-Saint-Mesmin, en se désolant de l’état d’abandon d’un élément du patrimoine architectural de sa commune et qui appartient au Centre Hospitalier. Cet édifice qui faisait office d’EHPAD jusqu’en 2018 est désormais fermé et régulièrement squatté.

Sa vente à un promoteur avait été envisagée dès sa fermeture, mais pour le moment, visiblement, aucun projet de rachat n’a abouti. Même si les issues ont été condamnées, cela n’empêche pas les squatteurs de saccager régulièrement les lieux. Si une solution rapide n’est pas trouvée, que restera t-il de « l’ancien séminaire » ? Pas grand-chose à priori, car l’ensemble est déjà fort dégradé.


En pleine épidémie de corona virus, la direction de l’hôpital a d’autres préoccupations que l’avenir de son patrimoine bâti, et c’est bien légitime. Mais une fois cette crise passée, il faudra peut-être songer à sauvegarder cet élément de la mémoire collective. D’ailleurs, il n’y a, hélas, pas qu’à La Chapelle Saint-Mesmin que les hôpitaux n’ont que peu d’inclination pour leur patrimoine bâti. Il suffit de se rappeler le triste sort du presbytère de Mamers.

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Sources : La Nouvelle République du Centre 
Crédits photographiques : Pascal Proust

Ne pas sauver les pierres, est-ce sauver les hommes ?


En ces temps troublés, nous assistons à un déferlement de haine sur les réseaux sociaux, à partir du moment où les causes défendues ne sont pas en rapport avec le corona virus.

Nombreux sont ceux qui crient à l’indécence, à l’ignominie et qui voudraient voir pendus haut et court ceux qui ont décidé de continuer à s’investir dans la cause qui est la leur.

Nous, les « sauveurs de mémoire », respectons tous ceux qui œuvrent pour le bien des hommes et qui s’exposent au péril de leur propre vie un peu plus chaque jour. Nous admirons tous les acteurs qui jouent un rôle déterminant pour sauver nos vies et mais également ceux qui nous permettent de vivre au quotidien. Nous les admirons, parce que nous sommes conscients que, sans eux, les choses seraient bien pires et nous les admirons d’autant plus que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, impuissants, parce que notre fonction dans la société n’est pas en rapport avec les urgences du moment.

Nous sommes donc contraints d’assister passivement à leur héroïsme. La seule chose que nous pouvons faire pour les aider, c’est de rester chez nous. Mais rester chez nous ne signifie pas rester inactif.

Nous avons donc fait le choix de continuer à faire ce que nous savons faire, mais en culpabilisant.

« Les hommes pourront reconstruire des châteaux, mais les châteaux ne sauveront pas des hommes ». Cette phrase nous a été adressée, mais elle nous semble totalement hors-sujet. Car les hommes qui essaient de sauver des châteaux ne peuvent rien faire pour sauver les hommes. Faut-il les condamner pour autant ?

Nous avons lu aussi : « Monsieur Bern n’a qu’à donner l’argent qu’il récolte pour le patrimoine au personnel soignant. » De l’argent, il en faut pour tout et il n’y en a jamais assez. Mais nous n’en avons pas demandé. Seulement, le simple fait de parler d’autre chose que de virus est visiblement une atteinte au respect du personnel de santé.

Alors pour nous « déculpabiliser », ce matin, nous avons interrogé deux médecins, dont un qui est probablement touché par le virus.

À la question « trouvez-vous indécent de continuer nos actions en faveur du patrimoine, pendant que vous êtes submergés de travail ? » Voici leurs réponses.

Docteur Olivier K :

« Moi ça ne me choque pas du tout. La vie ne s’arrête pas, parce qu’il y a le corona. »

Docteur Henry M, médecin urgentiste :

« La vie ne s’arrête pas aux hôpitaux, bien heureusement, et il est indispensable de maintenir ses activités propres lorsqu’elles sont autorisées. Aussi, je ne vois vraiment pas ce que l’on peut reprocher à ceux qui défendent le patrimoine. Il faut qu’ils continuent leur engagement comme ils l’ont toujours fait, avec passion et dévouement. Les atrabilaires et autres pisse-menus de la première heure seraient bien plus inspirés de fermer leur g... Mais hélas, on ne peut rien contre la bêtise humaine... »

Parce que nous sommes vivants, il est important de continuer à faire ce que nous savons faire et quand nous avons la chance de pouvoir encore le faire.

Alors ne soyez pas vindicatifs avec ceux qui n’évoquent pas le corona virus et la maladie en permanence. D’ailleurs s’ils n’en parlent pas, c’est surtout parce qu’ils n’en ont pas la compétence. En revanche, ils ont peut-être celle de donner un avenir à des édifices qui seront source de travail pour des artisans qui sont aujourd’hui confinés chez eux, souvent sans ressources, et qui seront heureux de se remettre à l’œuvre dès que cela sera rendu possible.

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Stéphane Bern au chevet du Château de Westhove


26 mars 2020, 20h50 :
La Gazette du Patrimoine reçoit un mail de Monsieur Stéphane Bern qui souhaite apporter son soutien au Château de Westhove : « Même si en ces temps troublés le patrimoine risque d’être délaissé, je crois qu’il est bon de ne pas baisser la garde et de tout mettre en œuvre pour le sauvegarder. »

Être unis pour une même cause, c’est décupler la possibilité de sauver ce qui peut l’être. Donc, s’unir pour donner un avenir du Château de Westhove est une marque forte d’engagement de chacun d’entre nous. À l’heure où les priorités sont ailleurs, il faut une certaine forme de courage pour défendre le patrimoine. Nous avons fait le choix de continuer nos combats en faveur de notre mémoire collective, même si nous devons essuyer les critiques de ceux qui oublient qu’il y aura un « après ».

Nous remercions donc Monsieur Bern d’apporter aujourd’hui son soutien à Urgences Patrimoine et à l’association « Élan du Château de Westhove », afin de trouver une solution pérenne à la survie de l’édifice.

Voici son message :

« 
Plus que jamais, les élus, et plus particulièrement les maires, ont une responsabilité primordiale pour la sauvegarde du patrimoine de notre pays. Ce patrimoine, c’est de la beauté à portée de tous, c’est ce qui relie chacun dans les villages à une histoire commune, c’est ce patrimoine qui est porteur de racines et de convivialité entre les habitants. Je suis indigné et révolté par l’état d'abandon du château de Westhove, pourtant inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 2011, dans l’indifférence totale des élus locaux. J’apporte résolument mon soutien total à toutes les actions citoyennes menées par Urgences Patrimoine et l’association « Élan du Château de Westhove » pour que l’on protège et sauvegarde ce trésor de notre patrimoine dans le Pas-de-Calais. Il est aussi le témoin d’une formidable aventure industrielle qui ne doit pas tomber dans l’oubli ».

Nous tenons à remercier également tous ceux qui nous ont adressé leur soutien sur les réseaux sociaux. Il semblerait que le sort de Westhove suscite bien plus d’intérêt que certains pouvaient le penser. La vague de démolition grandissante depuis quelques années n’est sans doute pas étrangère à cette mobilisation.

Nous espérons que Monsieur le Maire de Blendecques saura entendre la voix de la raison, notamment à travers le message de Stéphane Bern, et acceptera de céder l’édifice au lieu de le laisser à l’état d’abandon, voire pire, de le démolir.

Bien entendu, nous vous tiendrons au courant de nos démarches.

Si ce n’est déjà fait, merci de signer notre pétition 
ici.

Lire notre précédent article sur ce sujet.

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Crédits photographiques :
Stéphane Bern/Elan du château de Westhove

Maire réélu = Château foutu !


À Blendecques (62), la réélection du maire sortant, Rachid Ben Amor, condamne le Château de Westhove.


Alors que l’élu prévoit la construction d’une nouvelle salle des fêtes et d’un établissement pour personnes âgées, il n’est toujours pas question pour lui de faire restaurer le Château qu’il a abandonné depuis des années. Il est important de rappeler que l’édifice est protégé dans son intégralité au titre des Monuments Historiques, depuis le 16 décembre 2011.

Nous nous interrogeons quant à la valeur de cette protection, car à quoi sert-elle et que fait la DRAC ? En théorie, le propriétaire d’un édifice protégé est contraint de faire réaliser les travaux d’entretien et de restauration. Or, dans le cas de Westhove, l’abandon du bâtiment par la commune est chose manifeste et aucune action n’est prévue à ce jour sauf celle de le raser.

Urgences Patrimoine avait contacté la personne en charge de ce dossier à la DRAC des Hauts-de-France, mais aucune réponse de sa part. Aucune réponse non plus de la part de François Decoster, pourtant fervent défenseur du patrimoine du pays de Saint-Omer. Le Château de Westhove semble désespérément abandonné de tous, même des plus hautes instances.


Une question se pose quand-même. Que Monsieur le Maire ne souhaite pas restaurer l’édifice et qu’il n’ait aucun intérêt pour le patrimoine de sa commune, c’est une chose, mais pourquoi vouloir absolument démolir ce château ? Pourquoi ne pas le vendre à quelqu’un qui saura lui donner un avenir?

Même une vente à l’euro symbolique permettrait à la commune de se « délivrer » de ce dossier, sans dépenser d’argent public. Car on nous dit que la restauration coûterait trop cher, mais on oublie souvent de parler des frais de démolition, qui sont souvent très importants.

Alors si Monsieur Ben Amor respecte ses administrés, il ne devrait pas utiliser l’argent public pour démolir un château qui dans d’autres mains, pourraient sortir de sa torpeur.

Urgences Patrimoine attendait les élections pour « relancer » les démarches pour la sauvegarde de Westhove, est espérant qu’une autre équipe municipale se mette en place, mais comme le maire sortant a été réélu, tout est à refaire et, sans doute cette fois, de façon très urgente.

N’oublions pas que cette affaire est le combat d’une association locale depuis des années et nous avons une pensée particulière pour son Président, Monsieur André Bideaux.


À l’heure où les priorités sont ailleurs, et c’est bien légitime, n’oublions pas qu’il y aura un « après » et que le combat contre les démolisseurs ne devra pas cesser.

Une pétition avait été mise en ligne, n’hésitez pas à la signer 
ici.

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Crédits Photographiques :
Photos 1-2 :
La Voix du Nord
Photos 3-4 : André Bideaux

Quand le patrimoine est sauvé par les urnes !


Saint-Bris-Le-Vineux est un charmant village de l’Yonne où la menace de voir détruire des arbres centenaires planait depuis plus d’un an. En effet, la municipalité en place souhaitait mettre à terre les grands arbres du parc de la commune, afin d’y construire en lieu et place une école en béton, comme on les voit pousser un peu partout.


À l’heure où l’on « revégétalise » un peu partout et où l’on replante des arbres joyeusement, la commune de Saint-Bris, n’entendait pas suivre cette « mode ». Inspirée sans doute par ce que nous appelons couramment « la France des parkings », Madame le Maire n’avait rien voulu entendre des appels désespérés d’une grande partie de ses administrés, qui refusaient de voir disparaître leurs arbres et leur parc.

Mais certains pourront penser que l’éducation de nos chères têtes blondes vaut bien que l’on sacrifie quelques arbres. Sauf qu’à Saint-Bris, les enfants ont la chance et le privilège d’être « instruits » dans un château. Alors l’école en béto n’était pas vraiment utile, et le budget consacré à la nouvelle construction, aurait pu être utilisé pour faire quelques aménagements dans l’édifice multi-centenaire.


Sauf que Madame le Maire, Rachel Leblond, avait dit non ! Mais c’était sans compter sur la détermination d’une poignée « d’irréductibles Gaulois », enfin, « d’irréductibles Bourguignons », qui n’ont pas voulu se laisser faire, et ils ont bien eu raison.

Bruit sur les réseaux sociaux, articles dans la presse locale, pétition… tous les moyens ont été bons pour faire entendre leurs voix.


La partie semblait perdue et le bruit des tronçonneuses n’allait pas tarder à se faire entendre à son tour. Mais cette fois, c’était sans compter sur les élections municipales. Car quand on aime sa commune, on défend son patrimoine jusqu’au bout et, donc, on se présente contre le Maire en place.

Et quand on aime sa commune et son patrimoine, on gagne les élections !

Nos « irréductibles Bourguignons », Olivier Félix en tête, ont gagné, alors que beaucoup croyaient à leur défaite. « Une liste qui défend le patrimoine ? Mais quelle drôle d’idée. Ils ne seraient pas un peu « réacs » ces gens-là ? ».

Et bien non. On peut très bien avoir un beau projet d’avenir pour sa commune, tout en respectant son passé. Ce n’est pas être « réac » que de faire ça, c’est être respectueux de l’histoire locale, respectueux de sa terre et respectueux de ceux qui y vivent. Alors, nous ne pouvons que dire bravo à ceux qui n’ont jamais baissé les bras et qui sont aujourd’hui récompensés.

Les urnes ont parlé, le patrimoine de Saint-Bris est sauvé !


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Crédits photographiques :
Photo 1 : S’unir pour un village d’avenir Saint-Bris Bailly 2020
Photo 2-3-5 : Saint-Bris Bailly Patrimoine
Photo 4 : Philippe de Coninck

Comme un parfum de démolition

Alors que la SNCF a lancé la très belle opération « 1000 et une gares », nous sommes extrêmement surpris de ce qui se passe aujourd’hui à Landas, dans le Nord de la France.


C’est l’histoire d’une petite gare qui, depuis 1990, était une maison d’habitation. Les locataires ont eu la mauvaise surprise de recevoir un courrier les sommant de quitter les lieux en janvier. Le motif ? L’édifice serait trop près des voies et, donc, ne répondrait pas aux normes de sécurité.

Sauf que les voies ont toujours été à la même place, et cela n’avait jamais inquiété personne.
Interrogés par le journal
La Voix du Nord, les locataires font part de leur stupéfaction.

« Ils ne comprennent pas pourquoi la SNCF leur a demandé de quitter les lieux. Pendant plus de trente ans, l’ancienne gérante du point d’arrêt, Annie Deprest, a habité la maison de chemin de fer de Landas avec son époux et l’a entièrement réhabilitée. Mais ils ont dû rendre les clés en janvier.

Elle ne leur appartenait pas, mais c’était comme leur maison, la gare de Landas. Annie Deprest y a emménagé avec son époux, Michel, et leurs deux enfants en 1986, alors qu’elle débutait comme gérante de point d’arrêt. En trente ans, ils ont presque tout rénové à l’intérieur des murs vieux de 1870, alors qu’ils n’étaient que locataires. L’envie de se sentir chez eux.

Puis vient la retraite d’Annie à l’été 2018, avec une bonne douche froide dans la foulée : « J’ai reçu un courrier de la SNCF dans les semaines qui suivaient pour me demander de quitter la maison, explique-t-elle la gorge encore nouée. Je n’en revenais pas, ils disaient que la maison ne répondait pas aux normes de sécurité car elle était trop proche des rails, et qu’ils ne pouvaient pas la céder à un tiers. » N’étant pas propriétaires, et le bail n’étant rattaché qu’à un contrat de travail, comme une sorte de logement de fonction, leur surprise peut toutefois surprendre. »


Sauf qu’après leur départ, il n’y aura pas de travaux et personne n’habitera plus ici. Que va devenir ce petit édifice vieux de 170 ans ? Il finira sans doute sous les pelleteuses, même si pour le moment la SNCF s’en défend. Mais soyons lucides. Si la gare est jugée dangereuse par la proximité de ses voies, elle n’a aucun avenir, et ne fera pas partie des 1001 gares réhabilitées.

Pourtant ce lieu était hautement symbolique, puisque sa construction coïncidait avec l’inauguration de la première ligne Lille-Valenciennes en 1870.


Que les amoureux du patrimoine ferroviaire se rassurent, il leur restera toujours de vieilles cartes postales et ils pourront même acquérir une réplique de la gare de Landas sur
un site spécialisé dans la vente de maquettes, à destination des collectionneurs de trains miniatures.

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Crédits photographiques : La Voix du Nord

Quand la mort devient art


Comme nous parlons beaucoup de patrimoine funéraire depuis notre implication pour la sauvegarde de la tombe du petit Raymond de Bellissen-Bénac à Foix, nous nous permettons une petite visite au Cimetière Russe de Sainte-Geneviève-des-Bois où l’on peut admirer l’une des plus belles et insolites tombes de France.

Insolite non pas pour son gigantisme, comme peuvent l’être certaines chapelles ou certains mausolées réalisés à la gloire de personnes illustres, mais insolite par sa facture. Une tombe humble par sa taille et par son emplacement sur le côté d’une allée, mais remarquable et époustouflante par sa réalisation.


Cette tombe bien connue est celle du danseur et chorégraphe Rudolf Noureev, décédé en 1993. C’est un tapis de mosaïque qui recouvre entièrement la tombe et l’effet est subjuguant. Le défunt souhaitait que sa dernière demeure ait un parfum d’Orient, et cette réalisation du décorateur et costumier Ezio Frigerio ne pouvait être plus évocatrice. On se demandera un instant si la symbolique de ce tapis n’est pas aussi une façon de faire voler Noureev vers les cieux, mais aussi, peut-être, une façon pudique de se cacher de la mort, tout en imposant sa présence à celui qui viendra se recueillir.


Au passage, nous ne pouvons que féliciter les personnes en charge de ce cimetière, qui est extrêmement bien entretenu.

En savoir plus :

Suivant sa volonté, Rudolf Noureev fut inhumé au Cimetière russe de Sainte-Geneviève des Bois en région parisienne. La cérémonie se déroula le 12 janvier 1993. Le lundi 6 mai 1996, le caveau de Rudolf Noureev fut inauguré dans le cimetière russe de Sainte-Genevière-des-Bois. C’est Ezio Frigerio, décorateur qui a souvent collaboré avec Noureev, qui en a assuré la conception et la réalisation. Entièrement revêtu de mosaïque, ce tombeau se présente sous la forme d’un kilim recouvrant les malles de l’errance. Il est aussi un rappel de l’Orient d’où Noureev était originaire et rappelle son goût du voyage.

C’est Ezio Frigerio lui-même qui, dans une lettre émouvante, raconte cette expérience : 

« Après avoir suivi de très près le destin glorieux de Rudolf Noureev, on m’a confié la tâche d’en imaginer le tombeau : un mandat qui m’enthousiasmait et qui en même temps me meurtrissait. Il m’était en effet extrêmement difficile de l’imaginer immobile pour toujours. N’importe quel symbole de fin, de fermeture, me semblait à éviter, me paraissait même répugnant. J’ai donc décidé que si le légendaire nomade s’en était allé, et pour toujours, il fallait que son ultime départ ne soit pas marqué dans le temps par une pierre tombale mais par quelque chose lié à ses expériences vécues sur terre. J’ai ainsi eu l’idée d’un grand tapis multicolore qui recouvre le scandale du cercueil avec toutes les suggestions de l’art oriental, tellement proches de l’esprit et de la nature profonde du grand ami disparu. » (Source : Fondation Noureev)


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Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine

Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation


Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation.

Pour tous les passionnés et les amateurs de patrimoine funéraire, mais également les associations et les collectivités territoriales, ce riche document mis en ligne par le Ministère de la Culture vous sera d’une aide précieuse et apportera des réponses à vos questions.

« La mission de l’Inventaire général du patrimoine culturel publie un nouveau volume de la collection Documents & Méthodes, fruit d’une collaboration avec la cellule Patrimoine du service des Cimetières de la Ville de Paris.

Vocabulaire, décryptage des symboles et de l’ornementation funéraire, analyse des formes, exemples d’études de cimetières, protections patrimoniales et tentatives de plans de gestion, expériences de valorisation des bâtiments et des tombeaux, transformations en jardin public à l’occasion du passage au zéro phyto… sont autant de sujets abordés dans ce manuel. Sa vocation est d’apporter aux professionnels du patrimoine, comme aux gestionnaires des collectivités territoriales, aux associations locales, comme aux étudiants, des outils pour mieux comprendre ce patrimoine et lui permettre de trouver sa juste place parmi les marqueurs du territoire. »

DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation. Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, 2020, 365 p. (Documents & Méthodes, ISSN 1150-1383 ; 12). ISBN : 978-2-11-162044-5.

Télécharger le PDF : (27 Mo)

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Sale temps pour les couvents...

Après la démolition du couvent de Vif, dans l’Isère, et celui de Sète, dans l’Hérault, c’est au tour de celui de la communauté des sœurs du Bon Pasteur à Angers de dire adieu après 200 ans de bons et loyaux services.


« Pas grand intérêt patrimonial, ces 6000 m2 de bâtiments », disent les élus pour justifier cette décision. À la place, Mesdames, Messieurs, pas 10, pas 20 pas 50… mais 120 pavillons vont voir le jour dans l’un des derniers « poumons verts » de la ville. 5 hectares de verdure, quelle horreur ! Une zone pavillonnaire, c’est tellement mieux. À l’heure où l’on plante des arbres partout, ici, on va les abattre. Oh… mais rassurez-vous, ces arbres n’avaient qu’une trentaine d’années, donc, visiblement, c’est un argument recevable pour tronçonner joyeusement et bétonner tout ce qui peut l’être.

120 logements, cela va représenter environ 500 habitants. N’aurait-on pas pu imaginer de de réhabiliter ce couvent en commerces de proximité, en centre culturel, en maison médicale et bien d’autres choses encore utiles à la collectivité ?

Non, le patrimoine, ici, on n’en veut surtout pas. Le passé doit rester le passé et vive l’avenir. Pourtant, réhabiliter l’existant demeure un geste bien plus écologique pour notre pauvre planète, au lieu de produire des tonnes de gravats dont on ne sait souvent que faire.

Avant la « mise à mort »de l’édifice, la ville aura pris soin d’organiser une belle manifestation culturelle, afin que les habitants du quartier, et d’ailleurs, découvrent leur patrimoine de proximité avant qu’il ne disparaisse. Une grande fête populaire autour de graffeurs qui ont recouvert les murs de leurs œuvres.


Nous reconnaissons que certains ont du talent, et leurs œuvres, sur des murs en sursis, peuvent être considérées comme des voiles pudiques jetés sur un condamné. Nous ne sommes pas réfractaires à ce genre de projet (bien que certaines œuvres soient très contestables par leur sujet) , car, « perdu pour perdu », ce dernier hommage a le mérite de mettre en lumière les « talents d’aujourd’hui ».


Mais de là à en faire une grande fête populaire avec saucisses/merguez, cela nous semble un peu exagéré.Et puis quelle leçon vont retenir les enfants de cette expérience ? Le risque qui est pris ici est que ces jeunes, qu’il faudrait absolument sensibiliser à la cause du patrimoine, penseront que c’est « chouette » de détruire les vieilles pierres. La preuve : on organise une fête à cette occasion.


Enfin, l’heure n’est plus à la polémique. Pour le couvent, « la messe est dite » et les pelleteuses ne devraient plus tarder à faire leur entrée.

Regarder la vidéo de Art, Nature et Patrimoine.
Lire l’article de Ouest France.

Lire nos précédents articles sur le même sujet :
Couvent de Vif.
Couvent de Sète.

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Crédits photographiques :
Photo 1 :
Ouest France
Photos 2-3 :
Le Courrier de L’Ouest
Photo 4 :
Anjou Tourisme