Bergerac : il faut sauver la Maison Leydier

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Encore un patrimonicide programmé. Cette fois c’est la ville de Bergerac qui semble se désintéresser d’un élément remarquable et incontournable de son patrimoine. Pourtant, cet édifice, qui jouxte la mairie, s’intègre parfaitement dans un ensemble architectural cohérent. Certes, son état est préoccupant, mais rien n’empêcherait son incorporation dans un projet contemporain.

C’est en tout cas le souhait de nombreux habitants et de l’ensemble des acteurs de la culture et du patrimoine de la commune.

Nous espérons que M. le Maire fera preuve d’écoute et de bon sens en acceptant au minimum la solution qui contenterait tout le monde, à savoir, conserver la façade et l’intégrer dans le projet de construction qui doit voir le jour.

Nous disposons encore dans notre pays d’architectes respectueux du patrimoine qui seront en mesure d’offrir un avenir à ce témoin de l’histoire collective dans un projet contemporain.

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Urgences Patrimoine a été sollicitée par les membres collectif de sauvegarde et c’est, comme toujours, avec passion et conviction que nous essaierons de les accompagner au mieux afin de conserver l’âme de la Maison Leydier.

Nous laissons la parole à Fabien Ruet qui nous éclaire sur la situation :

Au cœur de Bergerac, la municipalité veut raser une demeure d’époque Restauration

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Fabien Ruet est élu de Bergerac depuis 2008. Il est en charge du développement de la zone aéroportuaire.  Il a occupé des fonctions de Maire adjoint délégué à l’Urbanisme, au Patrimoine et aux Déplacements. Vice-président de l’agglomération bergeracoise en charge de l’Habitat, il s’est imposé comme référent en matière d’application de la loi de Solidarité et de Renouvellement Urbain. Il conduit avec succès la candidature de Bergerac à l’obtention du label Ville d’Art et d’Histoire.  Il est administrateur de l’association des Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac.

C’est l’histoire d’une belle demeure du Centre-ville de Bergerac, construite sous la Restauration, à quelques encablures de notre belle rivière Dordogne, dans cette partie de la ville où l’urbanisme triomphant du régime suivant n’a pas encore pris ses quartiers. Chemin faisant, le temps faisant son œuvre, c’est un paradoxal sentiment de langueur agréable qui vous empare à la vue des lignes épurées de l’architecture de la bâtisse. Le caractère reposant de sa silhouette tranche singulièrement avec cette fièvre soudaine de démolition qui semble avoir saisi le premier magistrat de la sous-préfecture du Périgord. Située à un carrefour stratégique entre le centre-ville et le centre-ancien, celle qu’on appelle la « Maison Leydier » du nom de son dernier propriétaire agite bien des convoitises et des polémiques depuis une quinzaine d’années, au gré des changements de municipalité. A ma sincère repentance, j’en fut également le protagoniste alors que j’occupais les fonctions de maire adjoint en charge de l’urbanisme, au tournant des années 2010. Chemin faisant, un consensus s’était imposé autour de la nécessité de préserver la façade principale de cette maison, pour garder trace de ce témoignage architectural.

Un problème de voisinage municipal

Une partie des soucis de la « Maison Leydier » tient à son voisinage aussi immédiat qu’envahissant. Jouxtant l’Hôtel de Ville, elle a fait l’objet d’un emplacement réservé dès la mise en œuvre du premier Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Bergerac. L’idée était d’y permettre l’agrandissement potentiel de la Mairie, à une époque où l’heure n’était pas encore à l’effacement des municipalités et des transferts de compétences et d’agents vers les intercommunalités. Chemin faisant, au décès de sa dernière propriétaire, en 2008, la question du devenir du site se pose avec acuité. Nous décidons de renoncer à cet emplacement réservé afin de faciliter la vente de la « maison Leydier» auprès d’un promoteur local reconnu et soucieux d’y construire un immeuble d’accession à la propriété.`

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Une première polémique et un consensus autour de la façade

Le travail de concertation commence. Une polémique digne de la pyramide du Louvre se fait jour alors qu’une esquisse du futur projet est dévoilée en Conseil municipal. Notre démarche, en lien avec l’Architecte des Bâtiments de France, avait été de considérer que la destruction d’un patrimoine du 19ème siècle devait être conditionnée à une nouvelle construction qui porterait la marque d’une architecture résolument contemporaine. Créer aujourd’hui le patrimoine de demain. Etait-il nécessaire de tout détruire ? Faute d’accord avec les principales associations de défense du patrimoine, face à la menace de recours des riverains, le promoteur finissait par renoncer à son projet considérant que la préservation de la façade ne serait pas compatible avec les exigences d’agencement d’appartements contemporains. Pour la municipalité, il était entendu que désormais l’approche urbaine devant prévaloir vis-à-vis de la « Maison Leydier » serait celle de l’intégration de sa façade à tout nouveau projet.

Le jardin à l’anglaise du patrimoine bergeracois.

Cette approche faisait écho à ce qui fait la spécificité du patrimoine bergeracois. J’ai l’habitude de le comparer à un jardin à l’anglaise. La juxtaposition des époques contribue à y créer cette harmonie propre à la « verte douceur des soirs sur la Dordogne » pour paraphraser Edmond Rostand. Aucune époque n’est parvenue à imposer totalement sa marque ou ses logiques de rationalisation des espaces urbains. Ici, un pan de bois médiéval côtoie une ouverture Renaissance. Cette approche de protection et de valorisation des patrimoines devait nous conduire, en 2013, à décrocher le label Ville d’Art et d’Histoire, aboutissement personnel d’un combat politique de plusieurs années. Il n’y avait pas de raison de s’inquiéter pour le devenir de la façade de la « Maison Leydier ». En 2018, une autre municipalité parvenait à en faire l’acquisition dans l’optique d’y transférer les archives municipales.

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Tenter de rendre inévitable la démolition totale

Ce faisant, des signes inquiétants de dégradation commençaient à se faire jour. Dès 2019, les désordres sur les toitures étaient devenus tels qu’ils exigeaient une intervention rapide. Une partie arrière de l’édifice menaçait ruine et fit l’objet de mesures d’urgence de mise en sécurité. Bien qu’ayant averti à de nombreuses reprises sur la nécessité de procéder à des travaux d’urgence, la « Maison Leydier » a continué à se dégrader. C’était sans compter sur la dernière attaque en règle qu’allait subir l’édifice : celle, plus sournoise, d’un techno-administratif plus soucieux de viabilité économique que de préservation patrimoniale. A croire que l’absence d’entretien était délibérée pour en arriver au dépôt d’un permis de démolition totale de la « Maison Leydier ». Ce projet a été soumis à l’avis de la Commission locale du Site Patrimonial Remarquable de Bergerac.

Un témoignage rare de l’architecture de la Restauration

Malgré l’opposition argumentée des représentants des associations locales de défense du patrimoine, le projet de permis de démolition a reçu, en mai 2021, un avis favorable. Voici donc un patrimoine qui serait voué à la démolition sans même connaître la moindre esquisse de ce qui pourrait le remplacer. Pire encore, nous avons pu mesurer qu’il ne restait que peu ou pas de traces de cette architecture de la Restauration au sein du patrimoine Bergeracois. Il est donc d’autant plus que nécessaire d’en sauvegarder la façade. Quand bien-même le nouveau maire de Bergerac nourrit le projet d’y édifier, en lieu et place, une nouvelle maison des associations, son futur aménagement n’en est qu’au stade de l’idée. Il ne dispose pas encore du moindre financement prévisionnel. Aucun concours d’architecte n’a été lancé.

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Rien ne s’oppose à la conservation et à l’intégration de la façade principale de la « Maison Leydier » au futur projet de la Municipalité. Mieux encore, la sauvegarde de cet ultime témoignage de l’architecture de la Restauration lui donnerait ce supplément d’âme si indispensable aux inévitables non-lieux produits par l’architecture fonctionnaliste de ces dernières années. La réalité d’une ville est mouvante, bouillonnante. Place à la création et aux ponts entre les époques. Mobilisons-nous pour sauver la façade de la « Maison Leydier ».

Fabien RUET, Conseiller municipal de Bergerac

Une pétition vient d’être mise en ligne, merci de la signer et de la partager. Nous rappelons qu’il est inutile de payer au moment de signer, comme la plateforme vous invite à le faire, car l’argent ne sert pas notre cause.

Pétition ICI.


Crédits photographiques : Fabien Ruet

Plaques mémorielles des soldats morts pour la France : pas assez remarquables d’après les ministres

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Urgences Patrimoine souhaite se mobiliser de façon concrète pour la valorisation et la sauvegarde du patrimoine funéraire et travaille depuis quelque temps sur de nombreux projets en collaboration avec des spécialistes du sujet. Bien évidemment, les tombes des soldats morts pour la France sont un volet important de ce patrimoine. Malgré l’activisme sur l’ensemble du territoire du Souvenir Français, il existe de nombreux problèmes qu’il est grand temps de mettre en lumière, afin de faire avancer la cause et essayer de changer les choses qui peuvent l’être. Le devoir de mémoire ne doit pas se limiter à une simple formule linguistique, mais il doit être un engagement fort de chacun d’entre nous.

Nous savons que le chemin sera long avant que des changements notables soient opérés, mais il est temps de se poser les bonnes questions, afin d’obtenir les bonnes réponses.

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Il est justement question de réponses dans cet article rédigé par Maître Marine Le Bihan, qui revient sur l’intervention de plusieurs députés à l’Assemblée Nationale qui souhaitaient voir les plaques commémoratives des soldats morts pour la France obtenir le statut de biens culturels. Ils ont donc interrogé Madame la ministre déléguée auprès de la ministre des armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants ainsi que Madame la ministre de la culture.

La réponse est sans appel : la dimension mémorielle de ces plaques n’est pas suffisante pour être considérée comme un bien culturel.

Comme nous l’écrivions un peu plus haut : le chemin va être long …

Les plaques funeraires des morts pour la France ne sont pas des biens culturels
— Maître Marine Le Bihan

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Le Souvenir français est une association loi 1901 fondée en 1887 qui a pour vocation d’honorer la mémoire de ceux qui sont morts pour la France. Elle a pour objet de conserver cette mémoire, d’animer la vie commémorative, et de transmettre le flambeau du souvenir aux générations successives.

Depuis plusieurs années, cette association s’alarme de la vente sur Internet de plaques mémorielles issues de vols sur des tombes en déshérence ou supprimées de « Morts pour la France ».

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Ainsi, en mars 2019, le Souvenir Français dénonçait la mise en vente sur eBay et Le Bon Coin de trois plaques provenant de cimetières. L’une de ces plaques avait été fixée sur une croix en fer sur la tombe de Maxime Fleur, un résistant fusillé le 7 juillet 1944 à l’âge de 22 ans et enterré aux côtés de trois camarades exécutés en même temps que lui. Heureusement, l’association avait pu récupérer la plaque.

Relayant l’inquiétude du Souvenir Français, plusieurs députés ont interrogé Madame la ministre déléguée auprès de la ministre des armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants ainsi que Madame la ministre de la culture au sujet de ces plaques à haute valeur symbolique et présentant un intérêt historique voire esthétique.

Certes, le vol et le recel de plaques mémorielles sont punissables, s’agissant d’infractions prévues, respectivement, aux articles 311-1 et 321-1 du code pénal.

Mais, eu égard à la haute valeur symbolique de ces plaques, le Souvenir Français souhaiterait que leur soit reconnu le statut de biens culturels, au sens de l’article 1er alinéa 1er du code du patrimoine qui définit le patrimoine matériel comme « l’ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, relevant de la propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique ».

Si un tel statut leur était accordé, les plaques funéraires des « Morts pour la France » bénéficieraient d’un régime de protection renforcé. Ainsi, leur nature de bien culturel serait une circonstance aggravante en cas de vol, et l’office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) serait compétent pour poursuivre les infractions portant atteinte à ces plaques.

Dans une réponse publiée au Journal Officiel du 13 avril 2021, c’est Madame la ministre déléguée chargée des anciens combattants qui s’est prononcée.

Rappelant que la qualité de bien culturel provient, soit du caractère exceptionnel d’un bien, soit de sa très grande représentativité, elle estime que le grand nombre de plaques funéraires et leur production en série ne militent pas pour une protection particulière.

Selon la formule employée par Madame la ministre, « la seule dimension mémorielle [...] ne constitue pas un critère suffisant pour les qualifier de bien[s] culturel[s] ».

Celle-ci tient à toutefois à préciser que, s’agissant de plaques prélevées illicitement sur des tombes de « Morts pour la France », même sans statut de biens culturels, leur vente demeure naturellement prohibée, et ceux qui tentent de les mettre en vente peuvent être poursuivis pour vol ou recel.

Ce combat pour la protection des plaques mémorielles en rappelle un autre : le 4 avril 2019, une proposition de loi relative à la protection des drapeaux des associations d’anciens combattants a été adoptée en première lecture par le Sénat. A ce jour cependant, le texte n’est toujours pas inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

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Consulter la réponse publiée au Journal Officiel ICI.



Crédits photographiques: La Gazette du Patrimoine / Urgences Patrimoine

Le Mesnil-Esnard (76): bravo aux élus qui s’engagent pour l’avenir et la transmission du patrimoine de leur commune

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Quand une commune se mobilise pour la sauvegarde de ses œuvres, nous sommes toujours heureux de mettre en avant son initiative, d’autant plus heureux que, concernant les œuvres de la commune du Mesnil-Esnard (76), le projet se fera en partenariat avec Urgences Patrimoine.

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C’est Monsieur Xavier Jean, premier adjoint au Maire qui a souhaité lancer cette grande opération de sauvegarde du patrimoine local. Nous disons « grande », car ce ne sont pas moins de six tableaux qui doivent être restaurés.

Afin d’alléger un peu la facture de la commune, Urgences Patrimoine prendra en charge la restauration de deux œuvres via le dispositif « Un Geste à l’Édifice ». Nous proposerons également aux entreprises de parrainer un tableau dans le cadre de notre opération « Solidarité Patrimoine ». Enfin, une souscription publique complètera l’ensemble de nos actons, en espérant que nombreux seront ceux qui participeront et permettront ainsi d’offrir un avenir à ces œuvres.

Nous avons interrogé Monsieur Xavier Jean au sujet de ce projet d’envergure qu’il porte avec passion et détermination.

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La famille de Monsieur Jean est arrivée sur la commune du Mesnil-Esnard en 1935 et il est né en 1952 à Mesnil-Esnard. Il est marié, père de 5 enfants et grand-père de 14 petits enfants. Il est issu d’une famille croyante et pratiquante. Mr JEAN a été enfant de cœur pendant 14 ans aux côtés de l’abbé Catois. Il a effectué sa scolarité à l’école primaire NAZARETH à Mesnil-Esnard et le secondaire à l’école Join-Lambert à Rouen. Il possède un diplôme d’ingénieur Agronome. Après 17 ans passé sur une exploitation agricole avec son frère et suite à la perte d’une grande parcelle de terre de 40 hectares, il a fait le choix de travailler dans une banque. En 1994, il a créé sa propre entreprise dans le domaine de la finance, entreprise que son fils a repris à son départ en retraite, il y a 3 ans. Il est le 1er adjoint au Maire de la commune.

La Gazette du Patrimoine — Pouvez-vous nous présenter votre commune ?

Xavier Jean — Elégante commune résidentielle située aux portes de Rouen, Le Mesnil-Esnard offre, sur le plateau dominant la vallée de la Seine, l’image d’un harmonieux paysage urbain organisé de part et d’autre de la route de Paris et se fondant progressivement dans la campagne alentour. Village rural, il est devenu une ville dont le centre primitif, organisé autour de l’Eglise Notre-Dame, s’est déplacé depuis le percement de la route de Paris au XVIIIe siècle. Afin de répondre à la croissance démographique amorcée au milieu du XXe siècle, des logements, des maisons individuelles pour la plupart, ont été édifiées. Elles confèrent au Mesnil-Esnard son caractère résidentiel. La commune du Mesnil-Esnard compte aujourd’hui 8 271 habitants (chiffre officiel dernier recensement INSEE 2018)

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La Gazette du Patrimoine — Pour quelle raison avez-vous souhaité faire restaurer ces œuvres ?

Xavier Jean — En juillet 2016, l’église Notre-Dame a été infestée par un champignon lignivore, la Mérule occasionnant de nombreux dégâts au niveau d’un des piliers, des murs, de la charpente et sous le plancher en bois. Pour effectuer ces travaux, l’église a été vidée de son contenu et notamment de 6 œuvres d’arts dont 1 tableau datant du XVIIe siècle (La Vierge à l’enfant), 2 tableaux du XVIIIe siècle (L’Annonciation et Marie-Madeleine pénitente) et 3 tableaux du XIXe siècle (La Sainte Famille, L'Assomption de la Vierge et Le Sacré-Cœur).

Ces tableaux ont été expertisé par Mr PILLET, commissaire-priseur à Lyons-la Forêt qui a fait une estimation entre 6 000.00 € et 7 000.00 € pour le plus cher d’entre eux. La commune a donc souhaité restaurer ces tableaux car, d’une part, ces derniers sont en mauvais état (déchirure, encrassage...) et nécessitent une restauration et, d’autre part, elle est très attachée à son patrimoine, précieux témoin de l’histoire locale.

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La Gazette du Patrimoine — Ce projet est-il bien accueilli par les habitants ?

Xavier Jean — Oui, les habitants de la commune, et notamment les « Vieux Mesnillais » ainsi que les personnes âgées, ont accueilli favorablement notre démarche. Ils sont également soucieux du patrimoine de leur commune qui se doit d’être transmis de générations en générations.

La Gazette du Patrimoine — Pourquoi d’après-vous est-il important de donner un avenir à ce patrimoine ?

Xavier Jean — Les communes sont les premières propriétaires de biens immobiliers et mobiliers et elles doivent, malgré les difficultés de financement qu’elles rencontrent, donner un avenir à leur patrimoine. Ce patrimoine peut-être un facteur de cohésion locale, un lieu de mémoire et surtout le patrimoine peut être garant du lien social entre les générations.

La Gazette du Patrimoine — Qu’évoque pour vous le mot « patrimoine » ?

Xavier Jean — Le mot « patrimoine » évoque un ensemble existant, hérité du passé, constitué de biens mobiliers, matériels ou immobiliers et que l’on se doit de conserver, valoriser, augmenter et de transmettre aux générations futures.

La Gazette du Patrimoine — Que diriez-vous aux élus pour les convaincre de ne pas abandonner, et surtout de ne pas détruire le patrimoine de leur commune ?

Xavier Jean — Même si j’ose espérer que les élus ont pleinement conscience que le patrimoine communal est un facteur de cohésion sociale et qu’il constitue un élément de transmission entre les générations. Celui-ci est également un facteur d’attractivité pour l’économie locale, car bon nombre de professions peuvent être concernées par les chantiers de restauration. Il peut également avoir un rôle important pour le dynamisme d’une commune et offrir aux habitants un cadre de vie de qualité.

La Gazette du Patrimoine — Pourquoi avoir fait appel à Urgences Patrimoine pour ce projet de sauvegarde ?

Xavier Jean — La collectivité a, dans un premier temps, fait appel à la Direction de la Culture et du Patrimoine, mais nos œuvres n’étant ni inscrites, ni classées aux monuments historiques, cet organisme nous a transmis les coordonnées d’Urgences Patrimoine.

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Ce partenariat nous permet donc de lancer une souscription publique auprès des Mesnillais et des entreprises afin que ces derniers soutiennent la commune dans cette démarche. Nous allons également solliciter des mécènes afin d’obtenir des dons, la restauration totale de ces œuvres avoisinant les 20 000.00 €.

Monsieur Xavier Jean appelle à mobilisation ICI.  

Vous souhaitez contribuer ?

Nous vous invitons à le faire au moyen du bulletin de souscription disponible ICI
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Ou si vous préférez faire un don en ligne, cliquez sur le lien ICI.

Enfin, vous êtes une entreprise et vous souhaitez parrainer une œuvre, contactez-nous par mail : urgences.patrimoine@gmail.com

Après restauration, un tableau des donateurs sera accroché dans l’église en remerciement de leurs contributions.

À propos de notre opération « Un Geste à l’Édifice » : nous avons la chance d’avoir dans notre réseau de grands professionnels du patrimoine qui ont souhaité offrir leur temps et le savoir-faire pour restaurer des œuvres. Cela permet donc aux communes de bénéficier de restaurations gracieuses. Nous précisons que tous nos intervenants sont des artisans reconnus, habitués à travailler sur des œuvres classées. Alors même s’il s’agit d’actes gracieux, nous garantissons leur qualité.

Angélique Demeersseman, dont l’atelier est situé à Arcueil, offrira la restauration de l’Assomption de la Vierge. Découvrir son atelier : http://www.latelierdesanges.net/


Sophie de Joussineau et Osanne Darentière, dont l’atelier se situe dans le XVème arrondissement de Paris, offriront la restauration de « La Sainte Famille ». Découvrir leur atelier : http://atelier-osanne.fr/
https://www.facebook.com/sophierestaurationdetableaux



Crédits photographiques:
photo 1 : Paroisse Saint-Paul / La Gazette du Patrimoine ; photos 2-4-5 : La Gazette du Patrimoine ; photo 3 : Mesnil-Esnard.fr























A Dreux, l'ancienne crèche municipale menacée de destruction: c'est Victor Hugo qu'on assassine!

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Alors que chaque jour on nous parle de valorisation du patrimoine, chaque jour des édifices sont sacrifiés pour des projets plus ou moins douteux . Un nouvel exemple édifiant de « patrimonicide » est annoncé à Dreux avec la démolition d’un « petit » patrimoine remarquable qui pourtant est en parfaite cohérence avec son environnement architectural et qui ne demande qu’à s’inscrire dans l’avenir de la commune. Voici l’alerte lancée par le collectif local qui s’oppose à cette démolition et qui vient de lancer une pétition en ligne que nous vous invitons bien évidemment à signer.

Pétition — Non à la démolition de l'ancienne crèche et au déménagement de St-Martin et V. Hugo

Arrivé par la gare, le promeneur se rendant à pied en centre-ville de Dreux ne peut manquer un édifice de style néo-normand à la vaste toiture visible depuis le boulevard Louis-Terrier qui la surplombe. La construction ne peut non plus manquer d'attirer l'attention du visiteur du musée d'art et d'histoire. Le musée en effet, qui occupe l’ancienne chapelle du pensionnat Saint-Pierre, est situé à quelques mètres à peine de l’imposante bâtisse. L’ancienne crèche municipale, car c’est ainsi qu’on l’appelle communément, fait partie du paysage drouais depuis plus d'un siècle maintenant, mais ce ne sera bientôt peut-être plus le cas. En effet, le maire nouvellement élu en 2020 vient d'en annoncer la destruction, suscitant émotion et incompréhension chez nombre de drouais.

L’édifice, il est vrai, n’est ni classé, ni inscrit et on peut légitimement discuter de son intérêt artistique (soulignons toutefois que le style néo-normand n’est pas particulièrement présent à Dreux, en dehors de quelques élégantes villas du boulevard Dubois). Il est difficile en revanche de mettre en doute son intérêt historique. En effet, la bâtisse fait partie de l’héritage de Maurice Viollette (1870-1960), maire de Dreux de 1908 à 1959 et figure marquante de l'histoire récente de la ville. Radical-socialiste, il a été ministre du ravitaillement pendant la Grande Guerre, gouverneur d’Algérie de 1925 à 1927 et par la suite ministre d’Etat sous le Front Populaire (1936-1938). On lui doit notamment, avec Léon Blum, le projet de loi « Blum-Viollette » qui visait à donner la nationalité française et le droit de vote aux élites musulmanes d'Algérie. Rejeté par les colons, le projet a été finalement abandonné mais inspirera en grande partie l’ordonnance du 7 mars 1944 du général de Gaulle.

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Georges Beauniée (1874-1943) : crèche municipale de Dreux (1916) (mai 2021)

La crèche municipale (1916) a été l’une des premières constructions importantes de l'architecte Georges Bauniée (1874-1943) à Dreux. Ce dernier épaulera par la suite André Sarrut (1901-1973) dans d’autres réalisations marquantes de l’ère Viollette, comme le sanatorium (1929-1958), l’école Ferdinand Buisson et la cité-jardin des Rochelles (1931-1936). Ces ensembles, certes là encore non protégés, ont tout de même retenu l’attention du Ministère de la Culture qui les a labellisés « architecture contemporaine remarquable » en 2014 et 2016. Ils constituent des témoignages significatifs du socialisme municipal du premier XXe siècle tel qu’il a pu se décliner à Dreux. La crèche, après avoir accueilli des blessés du front pendant la Grande Guerre, a vu grandir plusieurs générations de petits drouais dont certains en gardent encore aujourd’hui un souvenir ému.

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Maurice Viollette (1870-1960), maire de Dreux de 1908 à 1959.

Une rénovation à 1,5 millions d'euros

L'affaire n'est pas nouvelle. L'hypothèse de détruire cette crèche a en effet émergé il y a une bonne dizaine d’années, au moment où la construction d’un centre commercial sur ce site avait été envisagée. Ce dernier projet a été par la suite abandonné, sans que la menace sur le devenir de la crèche ne soit levée. Il faut concéder qu’une réhabilitation demanderait un budget important, principalement en raison du très mauvais état de la charpente et la toiture. Selon la mairie, une rénovation de l'édifice coûterait aujourd'hui environ 1,5 millions d'euros, somme qu'elle annonce préférer investir dans d'autres projets « patrimoniaux ». 1,5 millions d'euros, c'est bien sûr un investissement conséquent, mais qui ne paraît pas forcément beaucoup plus hasardeux et risqué que les 11 millions d’euros et les 100 000 euros de déficit annuel (!) annoncés pour le très coûteux futur centre de loisirs « Otium ».

Un EHPAD pour « redynamiser » le centre-ville

Mais quel est aujourd’hui au juste le projet de la mairie ? Il s’agit en lieu et place d’y faire construire « une résidence senior haut de gamme afin de densifier le cœur de ville avec une population ayant du pouvoir d’achat ». Si on ne peut guère avoir de doute quant à la rentabilité de l'opération à très court terme, les retombées envisagées à plus long terme paraissent bien incertaines. Surtout, sur un plan plus politique (mais politique et patrimoine sont difficilement dissociables !), le symbole est terrible : nous n'avons bien sûr rien contre les « seniors », mais alors que le pays traverse une des plus graves crises depuis la guerre, aux conséquences économiques et sociales inouïes, on détruit tout de même un lieu marqué par la solidarité nationale, la jeunesse et le service public pour le remplacer par une structure privée destinée aux personnes âgées ! Ajoutons qu'il est également envisagé de déménager l'école Saint-Martin voisine en périphérie. La nouvelle municipalité ne semble donc guère miser sur la famille et la jeunesse pour son centre-ville. Est-ce cela, le « monde d'après » à Dreux ?

Quel dommage, quand on songe au potentiel, bien réel, de l'immeuble ! Son état, certes dégradé, est loin d'être catastrophique. Très bien situés, en plein centre-ville, ses spacieux locaux offrent bien des possibilités (les auteurs de la pétition proposent un « Musée-Centre d’interprétation et de création d’éducation populaire »). Dans bien des cas, il est vrai, le patrimoine pose d'énormes problèmes financiers, notamment aux petites communes, et nous reconnaissons volontiers que donner un avenir au sanatorium, vaste espace aujourd'hui à l’abandon et situé en périphérie, représente un sérieux défi. Cela ne nous paraît être nullement le cas pour la crèche, encore faudrait-il en avoir la volonté politique.

Depuis le boulevard Louis-Terrier, de gauche à droite : l’école Saint-Martin, l’ancienne chapelle du pensionnat Saint-Pierre accueillant aujourd’hui le musée d’art et d’histoire, l’ancienne crèche. (mai 2021)

L’annonce de cette destruction est d'autant plus désolante que par ailleurs, nous le concédons, la nouvelle équipe municipale semble montrer un réel intérêt pour le patrimoine avec un effort financier indéniable (encore qu’il faille plutôt le considérer comme un rattrapage) dont vont bénéficier le beffroi et l'église Saint-Pierre. L'héritage de Maurice Viollette n'est pas oublié avec la restauration annoncée de deux pièces lui ayant appartenu et conservées dans son ancienne maison, ouverte au public lors des journées du patrimoine. Ces décisions vont assurément dans le bon sens (même si le caractère urgent de certaines restaurations mériterait d’être confirmé), mais comment peut-on prétendre sérieusement valoriser le patrimoine de Dreux tout en détruisant un témoignage significatif de son histoire récente ? Une telle décision rendrait la politique municipale illisible et laisserait une tache indélébile sur le mandat du nouveau maire. Plus profondément, ce « deux poids, deux mesures » nous paraît révéler la vision bien étriquée que les élus ont du patrimoine, à Dreux comme ailleurs, une vision muséifiée qui se limiterait aux grands monuments et aux pièces de collection alors qu'il recouvre pour nous une réalité bien plus large. Le patrimoine ce sont aussi ces petits lieux de mémoire, dont on réinvente sans cesse l'usage, et qui témoignent au quotidien de cette mystérieuse sédimentation du temps dont nos existences sont aussi les fruits.

Un déconfinement sous le signe de Victor Hugo

Dans quelques semaines, nous allons célébrer les 200 ans du passage de Victor Hugo (1802-1885) dans la ville. En effet, c'est à Dreux que ce dernier, alors âgé de 19 ans, y avait retrouvé Adèle Foucher (1803-1868) qu'il devait finalement, après quelques péripéties, épouser. Avec le déconfinement, une exposition célébrant cet épisode devrait ouvrir ses portes sous le titre « D’encre et de papier, Hugo en goguette ». Nous nous réjouissons bien évidemment de cet évènement, après plus d’un an de vie culturelle à l’arrêt, mais ne pouvons-nous empêcher de ressentir une certaine amertume en songeant aux plusieurs pamphlets en faveur du patrimoine que Victor Hugo a par la suite écrit, à commencer par le fameux « Guerre aux démolisseurs » de 1832. Ses écrits eurent une influence certaine dans la prise de conscience autour de la question du patrimoine et la mise en place progressive d'une législation visant à le protéger. Connaissant par ailleurs sa forte sensibilité socialiste, on doute fort qu'il eût apprécié cette destruction programmée.

Alors Monsieur le Maire, ne détruisez pas cette crèche et, pour citer le grand Hugo, « de grâce, employez mieux nos millions » !

Aidez-nous en signant la pétition en ligne ICI.


Crédits photographiques : Marie-Claire GROJEAN

Normandie : à Oissel, le SOS d’un château en détresse

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Dix jours après l’incendie qui a fortement endommagé la toiture du « Château Lambert », nous allons nous efforcer de poser les bonnes questions afin d’obtenir les bonnes réponses.

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Tout d’abord, saluons le travail remarquable du Comité Citoyen de Sauvegarde du Patrimoine et de l’Environnement d’Oissel et des Boucles de Seine, qui s’est récemment illustré pour la protection du Manoir de la Chapelle, menacé par le contournement Est de Rouen et qui, aujourd’hui, se mobilise plus que jamais pour l’avenir du « Château Lambert ».

Se mobiliser, c’est bien, mais apporter des preuves de l’inestimable valeur d’un patrimoine pour espérer sa sauvegarde, c’est mieux. Et c’est exactement ce que font depuis des mois Alexis Deloum, Fabrice Dhollande et Jérôme Lanier, membres du Comité en rédigeant l’historique de l’édifice et, surtout, de ses éminents propriétaires :

« Ce Château a appartenu à Joseph Lambert (1751 - 1817), Directeur de la Monnaie et trésorier de la Ville de Rouen durant 31 ans entre 1786 et 1817, dont la période de la Révolution française. Il fut le père d’Amédée LAMBERT (1788-1851), le dernier Maître faïencier de Rouen, et d’Alphonse LAMBERT (1787- ???) l’administrateur des Monnaies de France sous Charles X (roi de France et de Navarre de 1824 à 1830). Cet endroit est aussi le lieu de naissance de Frédéric REISET (1815 – 1891), directeur des Musées nationaux sous la IIIe République, conservateur au Musée du Louvre et collectionneur d’œuvres d’arts. […] Il s'agirait du manoir du fief de Montpoignant, fief de 1/8 de Haubert, créé au XVe siècle, et remodelé au cours des XVle, XVIIe et XVIIIe et XIXe siècles. Le moulin, situé à  700 mètres, a fait l'objet d'une vente en 1474. Sur le document du notaire est mentionné « Moulin appartenant au fief de Montpoignant » [source Terriers archives départementales]. Au-delà du Moulin à 100m étaient situées les terres du Manoir de la Chapelle à Oissel. »

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Rien que ces quelques lignes en disent long sur l’intérêt patrimonial et surtout historique de ce château.

Malheureusement, depuis quelques années, ce dernier attend sa renaissance et un projet l’inscrivant dans l’avenir.

Nous avons été reçus par le Directeur de Cabinet du Maire de la commune, Monsieur Stéphane Caron, afin d’obtenir quelques précisions.

Le « Château Lambert », que les élus préfèrent nommer « Maison Joachim », nom du dernier propriétaire, a été racheté par la commune en 2016, afin d’éviter que l’édifice ne disparaisse au profit d’un projet immobilier. Il faut dire que 8000 m2 en bord de Seine peuvent attirer toutes les convoitises. L’idée au moment de l’acquisition était de faire des logements et une crèche. Hélas, après étude des sols qui sembleraient pollués, le projet de crèche est impossible et, de fait, le dossier est au point mort. Cela fait donc cinq ans que l’édifice est vide et malgré une certaine vigilance, il est en proie aux vandales et a été fortement dégradé.

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L’incendie du 12 mai n’a fait qu’aggraver la situation, la rendant plus que préoccupante mais pas irréversible.

Les élus sont conscients de la valeur patrimoniale du lieu, mais comme dans la majorité des communes de France, la réhabilitation du bâti ancien n’est jamais une priorité à cause du manque de financement, dû essentiellement aux baisses constantes des dotations de l’État. Les priorités seront toujours orientées vers les projets sociaux ou éducatifs, mais très rarement vers le patrimoine.

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Monsieur Caron émet des regrets quant à la situation, mais insiste sur le fait que ce manque de dotations conduit la commune à faire des choix et le « Château Lambert » n’en fait pas partie prioritairement.

En revanche, le communiqué publié sur la page Facebook d’Oissel laisse à penser que, suite à l’incendie, l’édifice sera au centre des préoccupations des élus.

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Lors de ce rendez-vous, nous avons beaucoup insisté sur l’urgence de la pose d’une bâche sur l’ensemble de la toiture afin de ne pas conduire l’édifice déjà fragilisé à sa ruine. Nous avons également émis l’hypothèse d’une demande de protection au titre des monuments historiques, ce qui ouvrirait la porte à quelques solutions financières.

Enfin, nous avons également suggéré que, pour donner un avenir à ce patrimoine remarquable, il faudrait peut-être envisager de le céder à un porteur de projet sérieux si la commune ne trouve pas rapidement un projet de réhabilitation et les financements qui l’accompagnent. Puisque l’édifice n’est pas protégé au titre des Monuments Historiques, aucune aide ne peut être obtenue pour sa réhabilitation.

C’est d’ailleurs ce que nous avons reproché au plan de relance Culture de Madame Bachelot, qui fait la part belle aux « grands opérateurs », mais qui sur plus de 600 millions d’euros ne consacre que 40 millions au patrimoine protégé MH et zéro pour le patrimoine non protégé, qui pourtant est un acteur incontournable de l’attractivité touristique de nos territoires. À croire que le ministère de la culture souhaite voir disparaître tous ces petits témoins de l’histoire collective et ne voir s’inscrire dans l’avenir que les prestigieux édifices.

Comme nous n’en sommes pas à une métaphore près, cela reviendrait à exterminer la majorité de la population, « les petits, les sans grades », et à n’autoriser à vivre que les stars et les milliardaires.

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Ce qui pose question également, c’est le manque d’intérêt des institutions dans un cas comme celui-ci. On se souvient de l’incendie de l ‘église de Romilly-la-Puthenaye (à 58 kilomètre d’Oissel), il y a quelques semaines, qui avait fait réagir tous les représentants des plus hautes instances, avec promesses d’aides à l’appui. Hélas, aucune réaction pour le « château Lambert », du moins pour le moment et il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Seul le président de la métropole de Rouen a répondu aux sollicitations du Comité de sauvegarde et nous imaginons que toutes les réponses risques d’être les mêmes :

« Merci pour votre message. J’ai été informé de ce terrible incendie. La Métropole Rouen Normandie n’a aucune compétence sur ce sujet, malheureusement. Mais je vais bien entendu en discuter avec le Maire de Oissel. »
 
Chaleureusement à vous,
Nicolas Mayer-Rossignol


Alors que faire ? Encore attendre ? Mais attendre quoi ?

Une chose est certaine, le Comité de sauvegarde ne souhaite pas attendre. Il poursuit ses recherches historiques sur ce lieu chargé d’Histoire, ce qui va sans doute permettre d’étoffer le dossier d’une éventuelle demande de mise sous protection de l’édifice, il mais poursuit également avec insistance la quête d’un avenir pérenne pour le Château Lambert ». Quête légitime quand on a le patrimoine à cœur et au cœur !

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Voici la conclusion de leur très détaillé communiqué, dont l’intégralité est à télécharger en fin d’article :

« Ce somptueux château doit être sauvé et conservé dans son intégralité, car il représente une page entière et incontournable de l’histoire d’Oissel. C’est un témoignage unique et prestigieux d’un Oissel au XVIIIème siècle, avant que l’ère industrielle réorganise l’urbanisme de la ville. C’est par son architecture unique, son parc remarquable, et par les personnages d’importance historiques qui y ont vécus, que ce château devrait bénéficier d’une protection au titre des Monuments Historiques, ce qui serait un acte fort pour permettre de sauver une partie de l’Histoire et de la Culture de Oissel, qui sont des biens communs en grand danger à l’heure actuelle. Le château tient, ses étages sont encore en état.

Dès maintenant, l’urgence absolue est une mise hors d’eau, dans les délais les plus brefs, afin que ce joyau puisse enfin être découvert ou redécouvert par les Osseliens, mais également par l’ensemble des habitants de la Métropole de Rouen ou d’autres communes. Ils seraient transportés dans un cadre historique en flânant le long des berges de la Seine, de ces lieux chargés de tant d’histoire, et de profiter d’un cadre de vie agréable que pourrait offrir la ville d’Oissel.

Enfin, durant près de trois siècles, cette belle demeure s’est tenue fièrement au bord de la Seine, et n’a jamais été inquiétée par les éléments. Aujourd’hui blessée, c’est à nous de l’aider à se relever, pour qu’elle continue à être un repère historique pour les futures générations. »

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Une pétition pour sa sauvegarde est en ligne ICI.

Pour télécharger l’intégralité du communiqué du Comité Citoyen de Sauvegarde du Patrimoine et de l’Environnement d’Oissel et des Boucles de Seine, cliquez ICI

Afin de découvrir l’édifice nous vous invitons à consulter le site de Jérôme Lanier, membre du Comité qui a immortalisé à plusieurs reprises ce patrimoine remarquable : http://oissel.net/

Cet incendie est un drame, mais c’est peut-être à ce drame que le Château Lambert devra sa renaissance. Le « feu » des projecteurs est souvent le meilleur ami du patrimoine.

Terminons par ces mots de John Ruskin, qui nous semblent être la clé de tout :

« Le principe des temps modernes [...] consiste d'abord à négliger les édifices, puis à les restaurer. Prenez soin de vos monuments et vous n'aurez nul besoin de les restaurer. Quelques feuilles de plomb placées en temps voulu sur la toiture, le balayage opportun de quelques feuilles mortes et de brindilles de bois obstruant un conduit sauveront de la ruine à la fois murailles et toiture. Veillez avec vigilance sur un vieil édifice, gardez-le de votre mieux et par tous les moyens de toute cause de délabrement. Comptez-en les pierres comme vous le feriez pour les joyaux d'une couronne [...]. »


Crédits photographiques : photos 1-3-4-9 : Jérôme Lanier/Oissel.net