February 2020

Un Geste à l'Edifice

« Un Geste à l’Édifice » est une action d’Urgences Patrimoine qui permet à des communes ou à des structures associatives culturelles, de faire restaurer gracieusement des œuvres ou des petits éléments du patrimoine, dans le cadre du mécénat de compétences.

Bien entendu, cette action ne peut être considérée comme de la concurrence déloyale envers les artisans, car elle ne concerne que des projets pour lesquels
aucun budget n’est disponible. Mais l’absence de restauration pourrait même conduire l’œuvre à sa perte.

Les artisans participant à l’opération, offrent leur temps et leur savoir-faire sans compter. Cependant, lors de certaines restaurations, des frais de matériaux parfois importants sont nécessaires, et pour acquérir ces matériaux il faut des fonds dédiés, puisque nous garantissons au porteur de projet la gratuité de notre action.


Le patrimoine, nous ne cesserons jamais de le répéter, est notre bien commun et nous en sommes tous les gardiens et surtout les dépositaires, avec un devoir de transmission aux générations futures. « Passeurs de mémoire, créateurs d’avenir », nous pouvons tous l’être en faisant un petit geste pour soutenir cette belle action et ainsi accompagner les artisans qui offrent leur Geste à l’Édifice.

Pour réaliser votre geste cliquez sur le lien :
https://www.leetchi.com/c/un-geste-a-ledifice








Saint-Brieuc remercie la réserve foncière


Il était une fois une jolie petite maison bretonne située à l’entrée de la ville. Abandonnée et squattée depuis de nombreuses années, l’option démolition a été sans appel. Pourtant en 2005, elle avait été proposée à la vente par la commune au prix de 30.000 euros, ce qui aurait sans doute fait le bonheur d’une famille ou, du moins, d’un artisan qui aurait su la mettre en valeur.


Alors qu’un acquéreur s’était fait connaître, la vente n’a finalement pas eu lieu, car, au dernier moment, la Mairie a cassé la vente et a remboursé le malheureux acquéreur.

Mais pourquoi donc ?

Parce que cette pauvre maison était dotée d’un terrain de 2500 m2 et que cette réserve foncière était précieuse pour la ville. Résultat, il aura fallu attendre 15 ans pour détruire ce qui est devenu un édifice peu engageant, qui faisait « mauvais genre » à cette entrée de la commune.

Pour la « modique somme » de 78 .000 euros, la maison est en cours de démolition.

Alors effectivement, cette construction datant de 1905 n’était pas remarquable, mais sa vente à un particulier lui aurait donné une seconde vie. La commune aurait fait l’économie de 70.000 euros d’argent public et les déchets nombreux dus à la démolition n’auraient pas eu besoin de traitement puisqu’il n’y aurait pas eu de déchets.

À l’heure où la protection de la planète est devenue une obsession pour tout le monde, il faudrait peut-être penser « réhabilitation » au lieu de penser toujours « démolition ».

Bonus : un autre édifice de la ville va être détruit dans les prochaines semaines, afin de créer des « box » pour les associations.


Vive le patrimoine Breton !

Cliquer ici pour lire l’article du Télégramme :

Crédits photographiques : Marina Chélin, Le Télégramme.

Le patrimoine, nouvel enjeu électoral ?


Si jusqu’alors le patrimoine était le grand oublié des débats électoraux, cette campagne pour les municipales le fait rentrer dans « la course ». Sans doute sous l’impulsion de quelques élus visionnaires qui ont compris que pour redynamiser les centre-bourgs, rien ne valait un patrimoine entretenu et des réhabilitations intelligentes.

En conséquence, ici et là, dans certaines communes du territoire on ressort des dossiers oubliés et on les remet sur la table. C’est le cas à Alençon, où deux établissements emblématiques de la ville, fermés depuis douze ans, reviennent sur le devant de la scène. Il s’agit de l’Hôtel du Grand-Cerf et de la brasserie La Renaissance.


Nous ne pouvons que nous réjouir de cet intérêt soudain pour le patrimoine, mais restons prudents quant à la suite. Les candidats sont d’accord sur ce sujet : il faut faire revivre ces lieux. Le terme de « verrue », employé par l'un des candidats, nous déplaît, car une verrue en théorie est vouée à disparaître. Il serait fort dommage de démolir ces deux édifices, en précisant tout de même que les décors de La Renaissance sont protégés au titre des monuments historiques par une inscription.

Douze ans pour se rendre compte que ces lieux fermés se dégradent, c’est un peu long. Mais le principal, c’est de ne pas oublier. Ne pas oublier, non plus, la vague de démolitions que produit la période pré-électorale, que ce soit ici ou ailleurs.

Les arrêtés de péril et les permis de démolir fleurissent partout, mais c’est normal sans doute car le printemps arrive. Un bel exemple de patrimoine voué à disparaître pour laisser place à … rien, comme on peut le constater sur le permis.


Souhaitons que tous les Maires qui auront les faveurs des électeurs sauront donner un peu d’éclat au patrimoine de leur commune, en choisissant l’option réhabilitation, plutôt que celle de la démolition.

Pardon, en politique, on ne dit plus démolition, on dit déconstruction. Le résultat est le même, mais c’est moins choquant pour la population.

Lire l'article de l'
Orne hebdo ici.

Crédits photographiques : L'Orne hebdo.

Un geste pour Céline



Grâce à l’intervention de Sophie de Joussineau, ce portrait du peintre Théophile Poilpot intitulé « Céline » , provenant du fond du Musée Eugène Carrière, a retrouvé une seconde jeunesse. Cette restauration a eu lieu dans le cadre de l’opération « Un Geste à l’Édifice » d’Urgences Patrimoine.

Nous rappelons que cette opération consiste à faire intervenir des professionnels de la restauration du patrimoine, et que ces restaurations sont gracieuses car effectuées dans le cadre du mécénat de compétence. Cela permet à des œuvres pour lesquelles il n’y a pas de budget dédié, de pouvoir bénéficier des soins dont elles ont besoin pour ne pas disparaître.

Ce tableau est le premier à sortir de l’atelier parisien de Sophie de Joussineau, qui participe à deux autres sauvegardes, toujours dans le cadre « d’Un Geste à l’Édifice ». Une vraie chance pour le patrimoine oublié et sans avenir qui, sans l’engagement de ces restaurateurs, serait condamné.

Un grand merci à nos généreux artisans et, dans ce cas précis, un grand merci à Sophie.

Pour contacter Sophie de Joussineau :

Atelier Sophie de Joussineau :
Conservatrice-Restauratrice de tableaux et d'objets d'art polychromes
58 rue Letellier
75015 Paris
contact :
sophiedejoussineau.atelier@gmail.com



Coup de Grâce à Cadaujac

Cette ravissante commune des environs de Bordeaux dispose d’un riche patrimoine bâti. Parmi ce patrimoine, un édifice datant du XVIIIe siècle portant le doux nom de « La Grâce » ou château de la Grâce. Or ce gracieux petit édifice a été préempté par l’Établissement Public Foncier, ce qui ne laisse rien présager de bon.


Voici les dernières informations qui nous sont parvenues.

Jusque récemment, la propriété appartenait à Madame Rode. Au moment de la vente, l'EPF (Établissement Public Foncier) a préempté au profit d'un projet communal à établir. La Mairie a mis le bâtiment à la disposition de l'école de musique communale, pour une durée de 1 ans. Renouvelable ? La Mairie a 4 ans pour accepter un projet présenté par un promoteur, dans les règles du PLU.

Elle a rejeté un premier projet, au motif qu'il y avait une trop grosse densité de logements ( 80 logements prévus). Elle en aurait accepté un second, aussi dense, le problème est que seul le maire et son adjoint à l'urbanisme ont vu le projet et personne ne sait si la démolition du château y figure. Cependant, vu l'emprise, il semble improbable de construire 80 logements sans détruire.

Tout ceci ne laisse rien présager de bon, mais attendons un peu d’en savoir plus sur ce projet. Il est vrai que créer quatre-vingt logements entre ces murs, nous semble mission impossible sans détruire l’édifice.

Nous allons essayez d’en savoir plus dans les prochaines semaines, car comme on pourrait dire chez nous « tant qu’il n’y a pas de pelleteuse, il y a de l’espoir ».



La Grâce
 
D’après la carte de Belleyme, la Grâce existait à la fin du XVIIIème siècle. Le cadastre de 1810 atteste déjà des plans actuels. Si les communs ont été agrandis, l’architecture du logis et des façades a été respectée. Les deux ailes des communs sont de longueur identique mais de largeur différente. On accède à la grande cour rectangulaire largement ouverte à l’Ouest par un magnifique portail en fer forgé. Les ardoises couvrent le toit du logis alors que la toiture des ailes est constituée de tuiles. Les pierres de taille d’origine ont été enduites d’un crépi de ciment peint en blanc. Le corps du logis présente une élévation centrale d’un étage formant un pavillon. Six fenêtres en plein cintre symétriquement réparties s’ouvrent sur la cour intérieure.

Une frise de pierre, surmontée d’une corniche fortement accentuée, parcourt l’ensemble de la façade soulignant la séparation entre le rez-de-chaussée et le premier étage du pavillon. L’entrée dans le bâtiment s’effectue par la porte centrale du pavillon ; celle-ci a été construite sur le modèle des fenêtres latérales. De part et d’autre de la porte se situent deux fenêtres couronnées d’un fronton triangulaire reposant sur une console. Sur la façade Est s’ouvrent six baies sur la partie basse, réparties de part et d’autre du pavillon symétrique à la façade Ouest.
 
La Grâce a été bien entretenue par ses propriétaires successifs. Après la révolution, elle appartient à un riche américain qui achète également le château des Faugères. En 1937, le château est loué au patronage « Etoile Saint Louis ». Jusqu’en 1946, réunions, séances de cinéma, cours d’enseignement ménager s’y succèdent. Cette même année y est organisée la première kermesse paroissiale. En 1948, les murs de la Grâce abritent « la Coopérative d’Amélioration de l’élevage de la Gironde ». Il s’agit d’un centre d’insémination artificielle ayant pour but d’améliorer la race bovine en Gironde. Très vite l’entreprise étend ses services aux départements voisins et prend alors le nom de « Coopérative interdépartementale girondine et d’insémination artificielle ». Dans les années 60, elle possède une quarantaine de taureaux de cinq races différentes. Elle deviendra en suite une résidence privée.

Sources : Cadaujac et ses châteaux. Tome 1 publié dans le Journal de la Promenade ( ISSN 1959-4259) le 6 septembre 2009 par Frédéric Durand, Jean Claude et Jeanie Grenier.

L’immobilier de standing : alternative heureuse pour la sauvegarde du patrimoine ?


C’est officiel, le château de Pontchartrain dans les Yvelines a été racheté par un promoteur qui a pour ambition de transformer l’édifice en résidence de standing.Si ce projet fait bondir les défenseurs du patrimoine, il permet tout de même d’espérer un avenir pour cet édifice qui a subi les affres du temps et qui, sans projet concret, risquait de se dégrader chaque jour un peu plus.

L’avis du Président de l’association Sites et Monuments se défend. Ce dernier, en effet, souligne qqu’un tel projet implique malheureusement la construction de 86 cuisines et de 86 salles de bain dans un monument classé MH. Toutefois, ne vaut-il pas mieux un réaménagement intérieur discutable que la disparition pure et simple de ce patrimoine remarquable ?

Notre seule inquiétude aujourd’hui, c’est l’aboutissement du projet, car combien de promoteurs ont voulu réaliser des opérations immobilières de cette envergure et ont connu entre-temps des revers de fortune, stoppant net la réhabilitation.

Nous avons tous en tête le projet immobilier avorté du Château du duc d’Épernon en Seine-et-Marne, ou celui du château de Boisseron dans l’Hérault dont l’état est aujourd’hui plus que préoccupant.

La société fraîchement propriétaire des lieux semble être fiable. Nous n’avons plus qu’à lui souhaiter bon succès.

Malgré la « défiguration » intérieure, réjouissons-nous de la seconde vie du château de Pontchartrain. Même si c’est un projet de vente « à la découpe », il est moins dangereux pour le patrimoine qu’un abandon — qui conduirait sans aucun doute à une perte définitive.

Le Maire de la commune a pour sa part le sourire, car lorsqu’on a un minimum d’intérêt pour le patrimoine, il est toujours douloureux de le voir disparaître. D’autres élus se seraient peut-être réjouis d’une démolition, mais à Pontchartrain ce n’est pas le cas.


Regarder le reportage de France 3.
Lire l’article d’
Actu.fr.

Crédits photographiques : photo 1, Arnaud Neuveu ; photo 2, archives des Yvelines

Le petit Raymond devrait reposer en paix sur les terres qui l’ont vu naître en 1878



Suite à un alerte qu’Urgences Patrimoine avait reçu concernant la démolition probable de la tombe du petit Raymond de Bellissen de Bénac, mort à l’âge de 10 mois, et enterré dans ce qui était alors la propriété du Baron de Bellissen de Bénac, nous avons remué ciel et terre pour essayer de trouver une fin heureuse à cette affaire.

Comme nous l’expliquions dans l’article du 31 janvier 2019, le château du baron a été rasé dans les années 80 et c’est l’Hôtel du Département qui occupe l’emplacement aujourd’hui, ce qui signifie que cette tombe se situe sur une parcelle qui est la propriété du Conseil Départemental.

Suite à notre article, puis à un appel sur les réseaux sociaux, la mobilisation citoyenne a été inespérée et nous a permis de faire avancer rapidement les choses. Un de nos contacts nous a mis en relation avec le député de la circonscription, M. Michel Larive, qui nous a immédiatement communiqué les coordonnées de Mme Christine Téqui, Présidente du Conseil Départemental de l’Ariège — ce qui nous a permis de lui présenter rapidement l’affaire qui nous occupait. Quelques heures plus tard, nous avons eu un contact avec M. Thomas Cantin, Directeur des bâtiments et de la logistique du Conseil Départemental, qui nous a assuré que la démolition de la tombe de Raymond n’était pas programmée.


Nous remercions infiniment l’ensemble des élus pour leur collaboration et leur réactivité. Pour nous, défenseurs du patrimoine, il est agréable de constater que certains d’entre-eux sont sensibles à notre cause. Ce fut le cas en Ariège.

Nous remercions également tous les artisans qui ont proposé d’intervenir dans le cadre du mécénat de compétences pour restaurer l’édifice, qui a beaucoup souffert depuis 2014, dates à laquelle avaient été prises les photos qui nous avaient été communiquées. Merci enfin à tous les internautes qui nous ont aidé grâce notamment à leurs partages de publications et à leurs propositions de nous venir en aide lors du futur chantier. Il va y avoir un vrai travail de restauration si nous voulons remettre cette tombe dans son état d’origine, mais le petit Raymond le vaut bien.


Mais avant d’envisager le chantier de restauration, il va falloir passer par la « case administration », car même si ce chantier se fait dans le cadre du mécénat de compétences et, donc, ne demande aucun argent public, une commission doit se réunir pour donner son accord. Nous ne doutons pas que cet accord nous sera donné, car il s’agit tout de même de la tombe du bébé d’un homme qui, jadis, fit beaucoup pour la ville de Foix, ville qui s’est notamment opposée au projet de démolition du château des Comtes de Foix et qui a ainsi permis à la ville de conserver un de ses trésors architecturaux. Cela vaut bien la restauration de la tombe de son enfant.

Et puis savoir respecter les morts est un premier pas vers le respect des vivants…

Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant des suites données à ce dossier, mais à priori, Raymond pourra reposer en paix.



Crédits photographiques :
Photos 1 et 4 : Olivier Munin
Photos 2 et 3 : Jules Allais

En dépit du bon Sens !


Voilà un projet de démolition qui fait grand bruit à Sens, dans le département de l’Yonne, et bien au-delà. L’Hôtel de Paris et de la Poste, haut lieu de la gastronomie et de l’hôtellerie de la ville vient d’être racheté et les nouveaux propriétaires n’ont pas l’air d’apprécier ce patrimoine du XVIIIe, jusque-là toujours fièrement debout, malgré les nombreuses guerres et autres événements tragiques de l’Histoire qui auraient pu avoir raison de lui.

L’histoire justement. Quand l’on se rend sur le site internet de l’Hôtel de Paris et de la Poste des anciens propriétaires, qui n’a pas été désactivé, voici ce que l’on peut lire en première page :

« L'histoire nous concerne tous et nous accompagne au fil des siècles grâce au patrimoine architectural laissé par nos ancêtres. L'Hôtel de Paris et de la Poste, situé au cœur du centre-ville de Sens, représente à lui seul une partie de l'histoire de la ville. Ancienne maison canoniale de 1776 à 1796 occupée par le chanoine de Vaudricourt, elle devient Relais de Poste sous le nom de l'Auberge de la Ville-de-Paris. À partir de 1812, l'auberge qui devient hôtel est cédée de propriétaire à propriétaire jusqu'en 1980 lorsque M. et Mme Godard rachètent l'hôtel. C'est en ces lieux qu'officie Philippe « un Godard 3ème génération », exécutant brillant d'un art culinaire entre tradition et innovation. »

Visiblement, ce ne sera pas la politique des nouveaux acquéreurs. Peut-être ne savent-ils pas que le patrimoine et la gastronomie ne font qu’un et qu’un outrage au bâti est un outrage à la mémoire des hommes qui ont fait l’histoire de ce lieu.


Par la voix du journal l’
Yonne Républicaine, l’Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine (l’UDAP) ne dit ne pas être au courant de ce projet de démolition. Pourtant, l’édifice se trouve face à l’Hôtel de Ville et à quelques mètres de la remarquable Cathédrale de Sens ; les bâtiments de France doivent donc obligatoirement se prononcer sur le sujet et donner leur accord.

De leur côté, les nouveaux propriétaires affirment que toutes les demandes ont été faites dans le règles de l’art. Nous ne pouvons donc qu’attendre, impuissants, la position de l’Architecte des Bâtiments de France.

Pour connaître la rigueur et les exigences des ABF du département, s’agissant de repeindre une porte, de mettre une enseigne sur un commerce ou de faire placer un petit Vélux dans ce secteur protégé, nous serions surpris que l’accord soit donné pour cette démolition. L’Hôtel de Paris et de la Poste attend donc de savoir s’il va tomber au nom d’une pseudo-modernité ou s’il va pouvoir continuer sa route au fil des siècles.





Cliquer pour l'Historique de l’édifice.

Lire les articles de L’Yonne Républicaine :

« L’Hôtel de Paris et de la Poste va être démoli ».
« La démolition de l’Hôtel de Paris et de la Poste enflamme les réseaux sociaux »

Crédits photographiques : L’Yonne Républicaine

Un nouveau « Geste à l’Édifice » : Sophie de Joussinneau et Osanne Darantière


Notre opération « Un Geste à l’Édifice » permet à des communes ou à des petits musées de bénéficier de la restauration gracieuse de certaines œuvres, dans le cadre du mécénat de compétences. Lorsque le porteur de projet n’a aucun budget pour faire restaurer une œuvre, alors Urgences Patrimoine, à travers ce dispositif, permet la réalisation de la restauration avec l'intervention de professionnels qualifiés.

Aujourd’hui Sophie de Joussinneau et Osanne Darantière ont réceptionné dans leur atelier du XVe arrondissement de Paris ce tableau, en provenance de l’église de Courlon dans le département de l’Yonne.

Nous avons eu un peu de retard suite au désistement de la restauratrice qui devait intervenir sur cette œuvre, mais il est à présent entre de bonnes mains et va pouvoir bénéficier des soins nécessaires à sa restauration.


Ces actions bénévoles de la part des professionnels du patrimoine devraient être plus souvent soulignées, mais hélas, en France, l’acte de générosité est souvent perçu comme suspect, notamment par les institutions habituées aux lancement d’opérations coûteuses, que l’argent public peine à financer.

C’est pour cette raison qu’il faut savoir explorer d’autres pistes, comme celle du mécénat de compétences. Le sujet n’est pas de faire perdre des marchés rémunérés aux artisans, mais ce sont ces mêmes artisans qui souhaitent apporter leur contribution à la sauvegarde du patrimoine en péril « oublié » des territoires. Saluons leur action, sans polémiquer.

Tout ce qui peut être utile au patrimoine est important et remercions celles et ceux pour qui le mot générosité signifie encore quelque chose.

Rappelons que nos « fées des pinceaux » en sont à leur troisième tableau en convalescence, dans le cadre « d’Un Geste à l’Édifice ».


En savoir plus sur nos deux restauratrices :
https://www.facebook.com/sophierestaurationdetableaux/
https://www.facebook.com/AtelierOsanne/




Tout va très bien monsieur le Maire de Marquise ! (suite)


Suite à notre publication d’hier, un habitant d’une commune voisine s’est rendu sur le chantier de démolition, notamment pour vérifier si les éléments intérieurs de l’édifice avaient été conservés, ou s’ils avaient fini dans les gravats. Les photos sont là pour nous prouver que rien n’a été conservé et qu’en plus de la démolition, nous pouvons constater que des arbres du parc ont été abattus.



Autre étonnement de notre part suite à la lecture du permis de démolir. Le terrain n’est « que » de 3280 m2 et le bunker de la seconde guerre mondiale est conservé. Pour la construction de futurs logements, le terrain « occupé » nous semble bien petit. Il faudra donc être vigilant quant à l’avenir de ce témoin de la guerre, qui par manque de place risque de disparaître.


Enfin, encore une fois, même si cet édifice n’était pas « le château de Versailles », il pouvait renaître à travers le projet hôtelier proposé et devenir un vecteur économique et touristique pour la ville. Mais cette solution simple et efficace n’a pas eu grâce aux yeux des élus locaux qui ont préféré dépenser l’argent public pour le mettre par terre.

Dont acte.

Voici le commentaire de Loïck Bouvier qui s’est rendu sur place :

« Constat visuel le mardi 4 février 2020, 14h, à Marquise, rue de Verdun. 

Analyse visuelle : l'on peut constater la dégradation à certains endroits, au niveau de la toiture, mais pas étonnant si cela n'a pas été entretenu volontairement depuis des années. Le coût de rénovation peut se chiffrer entre quelques milliers d'euros et quelques dizaines de milliers d'euros, pas plus.

Le tas de la charpente, même à distance de plusieurs mètres, montre une bonne qualité de bois, poutres en chêne, bois rouge, magnifique escalier probablement. La supposée maladie semble être la parade facile et semble être un gros mensonge. Les gros blocs de pierres blanches, malheureusement détruits, démontraient une solidité éternelle. Certaines parties extérieures pouvaient être démontées comme l'architecture autour des fenêtres, mais il est plus facile de détruire avec l'engin.

Le lieu est sous surveillance et interdit au public. »



Crédit photographiques: Loïck Bouvier
Lire l’article précédent dans La Gazette du Patrimoine.

Tout va très bien monsieur le Maire de Marquise !

Vous avez été très nombreux à nous alerter, depuis hier, au sujet du triste sort du château de la commune de Marquise dans le Pas-de-Calais. Depuis quelques jours, les pelleteuses font leur sale travail et détruisent l’édifice. Jusque-là, nous pouvons presque tristement appeler ça « scène de la vie quotidienne du patrimoine du XIXe siècle ».

Sauf que, dans ce cas précis, il n’y avait aucune raison que ce patrimoine disparaisse, car au décès de la propriétaire, une jeune femme s’était fait connaître pour le racheter et avait un projet de réhabilitation solide qui assurait l’avenir de l’édifice. La réhabilitation avait été chiffrée à près d’un million cinq cent mille euros, mais cela ne faisait pas peur à la jeune femme.

Extrait de l’article de
La Voix du Nord du 26 octobre 2015 au sujet de son projet :

« Alizée Debou a failli avaler son café de travers. Et pour cause, puisque la jeune entrepreneuse de 28 ans, déjà à la tête du restaurant À l’Opale des caps, ainsi que d’un appart hôtel à Ambleteuse, venait de signer un compromis de vente sur cette propriété de la rue de Verdun quelques jours avant. Avec son père Albert-François, la jeune femme a en effet craqué en août sur cette belle maison bourgeoise du XIXe siècle s’ouvrant sur un charmant parc et un petit bois.

Du moment où elle a glissé un pied dans la propriété, en vente depuis avril dernier suite au décès de Mme Huleu, sa propriétaire, à l’âge de 102 ans, elle a tout de suite vu le potentiel de l’endroit.

Allier tradition et modernité

Dans cette ancienne maison de maître de 600m2, elle imagine à la fois un hôtel de standing sur deux étages, des salles de séminaire et de réception au rez-de-chaussée (notamment pour les mariages). Le tout dans un cadre rénové et restructuré mais gardé dans son jus : beaux plafonds sculptés, parquets anciens, cheminées en marbre, radiateurs de caractère… Plusieurs des chambres ou suites donneraient sur le grand parc arboré qu’Alizée souhaite préserver tel quel, avec son petit bois, ses mares et son potager. Un room service (plateaux-repas de qualité) serait aussi proposé aux clients, préparés par un cuisinier.

Également dans son projet : une résidence hôtelière de 6 à 8 appartements, construits « en bois » sur un des côtés du parc, en retrait du château, et un espace bien-être (Spa…) à aménager dans le blockhaus construit par les Allemands pendant la seconde Guerre mondiale, qui trône au milieu du parc. Enfin, les dépendances situées du côté de la cour d’entrée seraient transformées en appartements loués à l’année.

De lourds travaux de rénovation

Le projet est très ambitieux, surtout quand on voit les travaux nécessaires. Un chantier évalué à 1,5M€. Les intérieurs sont complètement vétustes et les murs et plafonds rongés par l’humidité. Mais cela ne fait visiblement pas peur à notre dynamique entrepreneuse. Pas plus d’ailleurs que la prétendue mérule qui attaquerait le bâtiment. Un rapport d’experts qui vient d’être réalisé établit que le champignon serait circonscrit sur une petite surface dans la cave, dans une structure en bois qui peut être aisément démontée. Reste un problème de taille : la ville de Marquise, qui ne dispose plus de réserves foncières pour réaliser les projets qu’elle souhaite, veut, elle aussi, acquérir la propriété. Elle envisagerait d’ailleurs de démolir l’édifice. Face au risque de préemption, Alizée et son père soulignent les nombreuses qualités de leur projet : la création d’un hôtel -qui plus est de prestige- dans une commune où il n’en existe plus, la création d’emplois, la contribution au tissu économique local et la préservation du patrimoine de la commune. »



Elle a bon dos la mérule ! Toujours le même prétexte fallacieux employé par les élus qui veulent justifier leurs actes de vandalisme à l’encontre du patrimoine de leur commune.

Nous ne pouvons que déplorer la préemption de l’édifice qui l’a conduit à sa démolition aujourd’hui, au nom de la sacro-sainte réserve foncière. Comme il est énoncé dans cet article, un blockhaus de la seconde guerre mondiale se trouve dans le parc et nous ignorons pour le moment quel sort va lui être réservé.

Nous reviendrons un peu plus tard sur ce sujet dans la journée, car un de nos correspondants a accepté de se rendre sur place pour essayer de voir si les éléments architecturaux ont été mis de côté pour être revendu et espérer une seconde vie ailleurs, ou si tout a été broyé.


Une question se pose encore une fois : à l’heure où dans certaines communes on met en place un « permis de louer » afin de décourager les « marchands de sommeil », à quand un permis de préempter pour les Maires, afin d’éviter les communes d’être privées de leur patrimoine et du potentiel économique que celui-ci pourrait engendrer ?

Enfin, il ne faut pas rêver, nous n’en avons pas fini de notre « guerre aux démolisseurs », car si l’État nous fait l’aumône de quelques « mesurettes » pour la sauvegarde du patrimoine, jamais personne ne s’inquiète de cette vague de démolition grandissante. D’ailleurs, ne parlons plus de vague, mais plutôt de tsunami, car il ne se passe pas une journée en ce moment, sans que l’on ne détruise un édifice ou qu’on ne le laisse à l’état d’abandon pour mieux le détruire un peu plus tard.

Lire l’article de
La Voix du Nord du 03/02/20 ici.


Crédits photographiques : La Voix du Nord .

Quel avenir pour les carrières souterraines de Meudon ?

Encore un patrimoine menacé au nom de la modernité.

Nous avons été alertés il y a quelques jours et nous nous devions de partager cette alerte.

Les carrières souterraines de craie de Meudon, creusées au début du XIXe et classées en site scientifique et artistique depuis 1986, vont être détruites de moitié ! Nous connaissons tous les crayères de Champagne, classées au patrimoine mondial de l'Unesco. À Meudon nous possédons les mêmes, à quelques kilomètres de Paris.


Cela fait 40 ans que divers projets successifs veulent venir à bout de ce « sous-sol gênant », dans un secteur ou la valeur foncière ne fait qu'exploser. 2020 sonne le glas, puisque le Ministre de la transition écologique et solidaire a validé les travaux de comblement via les apports de déblais issus des chantiers d’Ile de France.

C'est la moitié d'un dédale de 8 kilomètres de galeries qui va disparaître sous les remblais du nouveau métro Grand-Paris-Express. Ces galeries souterraines sont d'une qualité architecturale inestimable : taillées dans la masse de craie à la main et au pic par les Maîtres carriers de l'époque, ces galeries font en moyenne de 3 à 7 mètres de haut, avec un ciel vouté en plein cintre.

Aux intersections de chaque galerie se dévoilent de somptueuses croisées d'ogives souterraines. Le souci du détail lors de la création de cette carrière souterraine a amené les carriers à peigner les parois des galeries, de manière à obtenir des finitions artistiques des plus parfaites. Ce sont tous ces détails qui donnent à l'ensemble l'ampleur d'une cathédrale romane.


À cet intérêt architectural s'ajoute un intérêt acoustique exceptionnel. Les études du CNRS révèlent une qualité acoustique digne des plus grandes salles de spectacles et grandes cathédrales. En 1988, des enregistrements de l'ensemble Venance Fortunat ont démontré l'intérêt d'écoute tout à fait particulier de ce lieu.

Enfin, l'intérêt scientifique est aussi très important, puisque ce site est célèbre dans toute la littérature géologique internationale. De nombreux chercheurs du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, de l'Université Pierre et Marie Curie et du CNRS y ont mené des travaux qui ont abouti à une visite de géologues du Monde entier lors du Congrès Géologique International de 1980.


C'est un patrimoine inestimable qui s’apprête donc à être enseveli, en faisant fi de son intérêt patrimonial dans bien des domaines : patrimoine historique, patrimoine ouvrier, patrimoine architectural rare, patrimoine du souvenir de la guerre, patrimoine géologique....

Un recours a été déposé, mais les travaux devraient démarrer prochainement. Une pétition est en ligne, n’hésitez pas à cliquer sur le lien pour la signer :

https://www.change.org/p/carrieresarnaudet


Crédits photographiques : Magdaleyna Labbé

Démolition programmée à Calais

Poursuivons notre tour de France des démolitions programmées dans les cœurs de villes. Aujourd’hui, c’est à Calais : nous déplorons les projets envisagés dans les prochains mois par cette ville. Trois bâtiments sont concernés, dont celui que nous vous présentons ici.


Pourtant, les réhabilitations sont reconnues comme beaucoup plus écoresponsables que les démolitions et leurs encombrants déchets. Nous ne pouvons qu’assister impuissants à cette épidémie, qui tue chaque jour davantage ces petits témoins architecturaux d’un autre temps, qui ne demandent qu’à retrouver une seconde vie. Avec un minimum de volonté de la part des élus et des institutions, il est certain que de beaux projets pourraient naître dans le respect de ce patrimoine du XIXe et du début du XXe si souvent condamné.

Un élu s’est pourtant opposé à la démolition de cet édifice, mais hélas, madame le Maire n’a rien voulu entendre. Il faut dire qu’elle a reçu la « bénédiction » de l’Architecte des Bâtiments de France — donc, fin du débat.

Extrait de l’article de la
Voix du Nord :

Conseiller d’opposition, Christophe Duffy (Europe Écologie – Les Verts) a demandé au maire de retirer de la délibération la démolition de l’immeuble du 139 rue des Soupirants, qui fait l’angle avec les rues Jules-Ferry et des Salines, à côté de l’ancienne caserne des pompiers. « Cette démolition a suscité un certain émoi dans le quartier. Je suis allé le voir, il n’est pas en bon état mais possède un certain cachet. Je demande de surseoir (sic) sa démolition au cas où une nouvelle équipe municipale aurait un projet », lance-t-il. Demande refusée par la Maire (LR) Natacha Bouchart qui a mis en avant « l’avis favorable donné par l’Architecte des Bâtiments de France à la démolition. Leur responsable, Catherine Madoni, est venue sur place. Et, la connaissant, si elle a décidé cela, c’est que le bâtiment n’est vraiment plus en état… »

Arrêtons aussi de nous cacher derrière les sempiternels « c’est en trop mauvais état », car n’oublions pas que dans la majorité des cas, c’est le manque d’entretien, souvent volontaire, qui est à l’origine de la vétusté de ces bâtiments, quand ils n’ont pas été acquis par les municipalités au prétexte de la réserve foncière. Dans ce cas, ils sont condamnés sans appel, sans même passer par la case « projet ».

Encore un « cas laid » pour l’avenir du patrimoine de nos cœurs de villes.

Crédit photographique : La Voix du Nord

Le calvaire de Plorec-sur-Arguenon

Nous voici dans un charmant petit village de Bretagne, à Plorec-sur-Arguenon dans le département des Côtes d’Armor. Un village d’un peu plus de 400 âmes qui, jusqu’alors, vivaient paisiblement.

Il y a deux ans, l’association de sauvegarde du patrimoine religieux de la commune a souhaité restaurer un calvaire datant de 1946.


Elle n’a pas demandé d’argent public et a pris en charge cette restauration. La Mairie s’est occupée des seules formalités administratives, puisque le terrain sur lequel le calvaire se trouve appartient au Département, et qu’il fallait obtenir une autorisation de travaux. Autorisation délivrée sans problème par le Département


Jusque-là, tout va bien. Le calvaire a retrouvé sa superbe, et l’on a même déplacé un petit calvaire qui se trouvait tout seul dans un champ voisin pour le mettre plus en valeur. Le tout a été clôturé et l’espace a été paysagé. L’inauguration a eu lieu en octobre 2018.

On devrait à ce moment-là uniquement parler du formidable travail des bénévoles pour le patrimoine de leur commune.

Or, pas du tout. L’actualité de ce petit édifice est tout autre.

En effet, lors de la cérémonie des vœux, le Maire de la commune a annoncé qu’il était très ennuyé par une plainte déposée par un de ses administrés, membre de « La Libre Pensée ». Cette association sévit depuis des années sur l’ensemble du territoire pour traquer sans relâche « les signes extérieurs » de la religion. Ce sont eux qui s’illustrent notamment dans tous les procès concernant les crèches, les statues religieuses dans les espaces publics et, aujourd’hui, c’est au tour des calvaires.

Nous ne savons pas comment cette association est financée, mais vu le nombre de calvaires sur notre territoire, s’ils intentent des procès partout, cela risque de leur coûter très cher. Quoiqu’il en soit, c’est le tribunal Administratif de Rennes qui devra se prononcer et statuer sur le sort de ce pauvre édifice magnifiquement restauré. Cette affaire pourrait faire sourire, mais elle laisse entrevoir ce qui risque de se passer dans les prochaines années au nom d’une ultra laïcité mal interprétée.

Appliquer la politique du « Bien vivre ensemble » commence par respecter l’histoire et le patrimoine de chacun et non de lutter contre.

Lire l’article du Petit Bleu des
Côtes d’Armor.

Crédits photographiques : Le Petit Bleu des Côtes d’Armor