May 2021

Alençon (épisode IV): une discussion à « béton rompu » et la création d’une commission

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À l’invitation du Maire de la commune, Monsieur Joacquim Pueyo, quatre associations de sauvegarde du patrimoine ont pu exposer leurs inquiétudes quant au projet d’extension de la maison médicale. Pour cette ouverture au dialogue, nous ne pouvons que féliciter et remercier Monsieur le Maire ainsi que les élus présents.

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Les Amis de la Société du Vieil Alençon, Histoire et Patrimoine de Damigny, Amis du Patrimoine de Cerisé et Urgences Patrimoine ont pu, tour à tour, faire part de leurs craintes et de leurs interrogations multiples :
  • projet ne s’intégrant pas dans le périmètre protégé
  • choix des matériaux
  • affichage du permis de construire
  • occupation avérée et officielle des praticiens
  • destination exacte de l’extension …
  • préjudice et impact sur le patrimoine remarquable local

Tous ces sujets ont été abordés de façon franche et directe, ce qui en soit fut déjà une très bonne chose. En revanche, deux points précis ont été évoqués de façon insistante par les élus :

1/ S’il faut revoir l’intégralité du projet, la maison médicale ne verrait pas le jour, et nous serions tenus responsables.

Pour rappel, jamais les défenseurs du patrimoine que nous sommes ont remis en cause la construction de la maison médicale. Nous savons qu’elle est attendue par de nombreux habitants et surtout par des personnes d’un certain âge et pour lesquelles cette infrastructure est très importante. Elle est également nécessaire dans le cadre de la redynamisation du Centre-ville et, de fait, elle reste donc un atout incontestable.

2/ Si des modifications étaient apportées, les principaux financeurs se désengageraient.

Nous n’imaginons pas une seule seconde que, pour un projet plus adapté et répondant aux exigences de tous, les principaux financeurs pourraient se désengageraient. Cet argument nous semble peu recevable.

Monsieur le Maire a toutefois pris une décision pleine de bon sens : celle d’organiser une commission où tous les acteurs de ce projet seraient présents, y compris, les défenseurs du patrimoine.
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Cela fait des années qu’Urgences Patrimoine demande que ce genre de commission soit mise en place, à partir du moment où un projet de démolition ou de construction doit entraîner des changements notables dans un secteur patrimonial cohérent.

Bien entendu, nous sommes conscients que la voix des associations de sauvegarde du patrimoine n’aura toujours qu’une valeur consultative, car nous ne pourrons jamais contredire les services de l’État, mais cette voix pourra peut-être éviter ce genre de situation. N’oublions pas qu’à travers nos constats, nous relayons bien souvent ceux de l’opinion publique et que, bon nombres de projets sont financés avec de l’argent des contribuables. Ce type de commission serait donc un moyen de représenter les citoyens lors de la présentation de projets qu’ils vont indirectement financer. En outre, elle serait moins lourde en terme d’organisation qu’une concertation publique, mais elle aurait du sens.

Puisque Monsieur Pueyo est prêt à organiser cette commission, nous pensons qu’elle pourrait être une commission « pilote » et que, si celle-ci s’avère constructive, alors elle pourra être dupliquée sur l’ensemble du territoire.

Elle pourrait être composée comme suit :
  • élus
  • représentants de la DRAC
  • ABF
  • architecte du projet
  • représentants des principaux financeurs
  • représentants des associations du patrimoine, locales
  • 1 représentant d’une association du patrimoine nationale (pour la neutralité du jugement)
  • représentants des associations de quartiers le cas échéant

C’est en substance la composition de la commission qui sera mise en place par Monsieur le Maire d’Alençon afin que tous les partis puissent échanger en toute objectivité avec un seul but : celui de l’intérêt général.

En conclusion, ce rendez-vous fut plein de promesses et nous sommes heureux de l’ouverture au dialogue et au débat, mais nous restons vigilants tant que le projet ne sera pas revu. C’est la raison pour laquelle la pétition doit rester en ligne et nous vous invitons à la signer, si cela n’est pas encore fait.

Notons que l’affichage du projet devant la basilique a été remplacé pour être moins « effrayant » que le précédent.

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Nous précisons également que la cérémonie de « pose de la première pierre n’aura pas lieu comme prévu le 10 mai, en partie bien évidemment pour des raisons sanitaires, mais également en raison de la possible révision du projet.

Nous profitons de cette publication pour demander aux professionnels du patrimoine de nous adresser leurs avis par mail, car ils ont été très nombreux à commenter nos précédents articles et nous souhaiterions éventuellement présenter des projets contradictoires lors de la commission.

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des propositions ou des suggestions : urgences.patrimoine@gmail.com

Nous espérons que la fin du « feuilleton Alençon » est proche, en tout cas, nous nous employons à cela.

À l’issue de cette réunion Monsieur Pueyo a confirmé cette volonté dans la presse locale. Lire l’article ICI.

SIGNEZ LA PETITION ICI.


Crédits photographiques : photos 1 et 3 : Société des Amis du Vieil Alençon/Urgences Patrimoine ; photo 2 : copie d’écran Orne Hebdo

Emmanuel Legeard: « Notre-Dame de Germiny-L'exempt: un patrimoine à surveiller »

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Quand on connaît un sujet très à fond, on est généralement le plus mal placé pour en parler simplement. Et cependant, il arrive aussi qu’on soit le seul à pouvoir le faire, et qu’il faille donc se plier à cet exercice ingrat – car il est difficile et insatisfaisant – dès lors que des valeurs et des principes supérieurs sont en jeu, comme la défense et l’illustration du patrimoine. De fait, aussi effarant que cela puisse paraître, il est exact – ainsi que je vais immédiatement le prouver – que personne jusque-là n’avait jamais réellement travaillé sur Germigny, ce qui rend ce patrimoine éminemment vulnérable. Plus préoccupant encore : tout le monde semble s’autoriser à en glisser périodiquement un mot, alors que depuis cent ans, aucun historien ou historien de l’art – exception faite de Gilberte Vezin (vers 1949) et de Willbald Sauerländer (en 1965) – n’est jamais venu voir l’église en personne.

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« Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales » (W. Sauerländer)

Paradoxalement, ce sont les quelques lignes que Willibald Sauerländer, le grand spécialiste de l’art gothique, lui a octroyées il y a cinquante ans qui ont porté à la bonne connaissance de Notre-Dame le préjudice le plus dommageable. L’historienne Irene Plein, qui a consacré en 2006 un ouvrage remarqué à la cathédrale de Sens, explique ce phénomène déplorable avec une grande lucidité : c’est parce que les travaux de Sauerländer, considérés paresseusement comme des travaux d’autorité, ont procuré l’alibi littéraire qui dispense de visiter en personne les « petits et moyens édifices » « qu’au lieu de stimuler la recherche, comme il eût été souhaitable, ils l’ont complètement enrayée. » Et Irene Plein de conclure : « En dehors de quelques études monographiques sur Saint-Loup-de-Naud, Senlis et Auxerre, seules les recherches sur l'abbatiale de Saint-Denis et sur les cathédrales de Paris, Chartres et Reims se sont réellement poursuivies après 1970. » S’agit-il d’une vérité générale ? C’est en tout cas vrai de Germigny et les articles qui l’évoquent en donnent un exemple particulièrement significatif.

Toutefois, recopier aveuglément Sauerländer n’aurait évidemment pas suffi à totalement brouiller la vision correcte de Notre-Dame. Si son nom a été associé à la répétition sans fin d’erreurs grossières concernant l’église, ce n’est pas à lui qu’elles sont imputables, mais à la lecture fautive de ceux qui l’ont d’abord recopié de travers pour ensuite passer cinquante ans à se recopier entre eux sans jamais aller voir l’édifice ni visiblement relire (ou lire) Gotische Skulptur in Frankreich. On découvre ainsi avec effarement, dans des publications académiques, l’affirmation catégorique que des statues-colonnes « sculptées dans des drapés vigoureux évoquant la statuaire de Chartres » occupent les ébrasements du portail de Germigny, ou bien encore qu’il y aurait des consoles à Germigny représentant « des fleuves du paradis » et « des évangélistes ».

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En réalité, Sauerländer s’était contenté de notifier que, d’après une gravure datant du premier tiers du XIXe siècle (celle d’Achille Allier), des statues-colonnes avaient dû anciennement soutenir l’archivolte du portail. Or celles-ci, comme je l’ai prouvé, avaient déjà disparu en 1835. On est donc en droit de se demander par quel prodige il était possible en 1991 de décrire sur pièces le drapé des sculptures! Quant aux fleuves du paradis et aux évangélistes, ce que le savant allemand avait écrit, c’est qu’il existe à Germigny une console dont la figure présente une parenté stylistique avec celles de Saint-Pierre-le-Moûtier et d’une clef de voûte de Vézelay qui seraient des fleuves du paradis. Il n’a jamais prétendu que la figure germinoise était un fleuve du paradis. Et, de fait, ce n’en est pas un. Enfin, concernant le prétendu « évangéliste » – qui devient suivant la fantaisie de tel auteur, on ne sait pourquoi, « saint Matthieu », et là « des évangélistes » – Sauerländer s’est contenté de proposer une interprétation qu’il jugeait visiblement très fragile, en l’entourant de toutes sortes de précautions oratoires, et en lui assignant une typographie sans ambiguïté : parenthèses, point d’interrogation. Or nous avons, je crois, apporté les preuves irréfutables qu’il n’y a pas plus d’évangéliste que de fleuve du paradis à Germigny.

A cette source excellente, mais dramatiquement incomprise, que constitue Gotische Skulptur in Frankreich, il faut en ajouter une seconde, celle-ci d’entrée de jeu calamiteuse, mais qui contamine tout depuis 1904 – cent dix-sept ans! Il s’agit de Gabriel Fleury. Pour Fleury, Germigny-l'Exempt est dans la Nièvre, son tympan date du XIIe siècle, c’est une bulle du pape Eugène III de 1143 qui a placé Germigny sous l'autorité directe de l'archevêque de Bourges, un incendie a ravagé l’église en 1772 et le portail mesurerait "1 m 20 de largeur sur 1 m 68 de hauteur". On se demande avec le portillon de quel édicule notre auteur est allé confondre le portail de Notre-Dame. Pour comble de misère, Fleury ajoute foi à des commérages grotesques et suggère que les statues-colonnes de Notre-Dame auraient été volées par les habitants de Vereaux, la paroisse voisine. Quant à l’analyse iconographique, elle est consternante. Fleury ne voit au tympan qu’une adoration des mages, alors que le thème est celui de l’Incarnation, et il se montre incapable d’identifier jusqu’au motif de l’Annonciation ("on voit un ange et une femme debout tenant un livre"!) Que tout cela puisse encore se retrouver dans des thèses ou des articles d’histoire de l’art en plein XXIe siècle suscite, il faut l’avouer, un certain abattement. Rappelons en effet que Germigny-l’Exempt est dans le Cher, que le tympan est contemporain du quatrième concile de Latran (1215) et de la croisade contre les Albigeois, qu’il ne saurait y avoir eu de bulle du pape Eugène en 1143 puisque celui-ci ne sera pape que deux ans plus tard, que l’incendie a eu lieu en 1773, que le portail de la nef, mesuré par nous, s'ouvre sur une largeur de deux mètres et une hauteur de deux mètres soixante, et que Deshoulières a depuis longtemps réfuté la théorie du transfert des statues-colonnes de Germigny à Vereaux.

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Enfin, passons, de guerre lasse, sur cet historien de l’art qui est persuadé que Notre-Dame est une « cathédrale du nord de la France », sur cette chargée de mission à la Fondation du Patrimoine qui confond avec une belle insistance Germigny-l’Exempt et l’ « art déolois » du Grand Germigny dans l’Indre, ou sur cet architecte des Monuments Historiques qui a vu des « anges thuriféraires » à Germigny « représentant certainement des donateurs de la paroisse », alors qu’il n’y a pas d’anges thuriféraires à Germigny, et que les anges – inspirés de Laon – représentent les chœurs de l’ordinaire de la messe (c’est même écrit dessus). M’en ouvrant avec une certaine humeur à d’irréprochables spécialistes, comme l’expert pétrographe Philippe Blanc ou l’archéologue Gérard Coulon, j’obtiens la même réaction fataliste : « Eh oui, que voulez-vous, c’est comme ça, maintenant. » Cela permet également de comprendre pourquoi Willibald Sauerländer est amené à prononcer vers la fin de sa vie ce constat désolant : « Über Germigny hat man wirklich nur endlose Dummheiten geschrieben » (Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales). La question qu’on est en droit de se poser, pour paraphraser Pierre Bonte dans la préface de mon livre, c’est comment, diable! personne ne s’est véritablement intéressé « aux multiples merveilles d’un semblable édifice » ? Car c’est un fait qui n’est pas discutable : rien n’a été écrit de valable en dehors de la notice succincte, quoique sérieuse et bien faite, de Sauerländer en 1970 et du travail publié par Mlle Gilberte Vezin en 1950 concernant la "formule hellénistique" des rois mages et le tympan de Germigny où elle est la seule, ce qui en dit long, à avoir décelé son élément le plus insolite : les trois deniers d’or.

Du colossal clocher-porche au portail de cathédrale miniature: cinq ans de recherches.

Ainsi, tout restait à faire, et cinq années ont été nécessaires pour mettre au jour l’essentiel. Sans aide, naturellement, sans subventions, naturellement aussi, et confronté à toutes sortes d’obstacles, mais avec la puissante compensation des encouragements d’un certain nombre d’historiens en vue qui ont fini par partager mon intérêt apparemment communicatif pour cette église unique. Mes travaux ont abouti à plusieurs conclusions que rien ni personne n’avait laissé entrevoir. D’abord concernant le clocher-porche, dont même Yves Esquieu, à qui je l’ai fait découvrir, m’a confié qu’il trouvait les proportions étonnantes – or on peut être sûr qu’Yves Esquieu ne s’étonne pas d’un rien. La datation de ce clocher massif, sa hauteur surprenante (trente-trois mètres) et sa raison d’être n’avaient jamais été examinées. La reconstitution des événements nous a permis de fixer un terminus post quem – celui du siège de Germigny par Louis VI le Gros en 1108 – et par comparaison une date d’achèvement très probable vers 1120-1125. L’événement du siège a certainement présidé au choix architectural de l’église. Louis VI, en effet, avait mis le siège devant la forteresse germinoise d’Aimon de Bourbon au nom de la paix de Dieu et pour montrer, explique Suger, que les « Capétiens ont les mains longues quand il s’agit de défendre les droits des pauvres et de l’Eglise ». En réalité, il est parfaitement évident aux spécialistes qu’en l’occurrence, Louis VI ne s’était armé de la juridiction ecclésiastique qu’avec l’ambition d’accroître le domaine capétien, de renforcer ses frontières et de vassaliser les Bourbons pour leur confier la surveillance de l’Auvergne. Ainsi, le clocher-porche, point de convergence des visées capétiennes et des idéaux de l'Eglise, serait là pour signaler que le village fortifié a été incorporé comme paroisse témoin dans la zone de rayonnement de la puissance capétienne et que Louis VI est le bras armé de la paix de Dieu. Car il ne faut pas perdre de vue ce fait capital : l’expédition de Germigny est la première excursion punitive d’un Capétien hors du domaine royal.

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Tous les éléments dont nous disposons vont dans ce sens. Déjà le chanoine Chenesseau, expert de l’abbaye de Saint-Benoît sur Loire et Marcel Aubert, l’un des plus grands historiens de l’art religieux français, pensaient pouvoir rapprocher, aux points de vue architectural et symbolique, les clochers-porches de Saint-Benoît et de Germigny-l'Exempt. Or on sait que l’architecture de Saint-Benoît se veut avant tout évocatrice du pouvoir capétien dont elle est l’émanation. Beaucoup plus récemment, Cécile Coulangeon a suggéré, de façon générale, que les clochers-porches jouent « un rôle de représentation lié à une volonté des Capétiens de s’affirmer au sein de leur domaine royal, en marquant visuellement et symboliquement leur territoire par l’intermédiaire de l’Église ». J’avais exprimé la même idée deux ans auparavant, en limitant mon propos au seul exemple de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt dont le clocher-porche opposait selon moi au donjon du seigneur-châtelain le symbole d’une instance supérieure confondant paix capétienne et paix de Dieu.

A l’époque du siège, en effet, le castrum de Germigny était la forteresse la plus puissante de tout le Bourbonnais, et son donjon carré affichait des proportions proprement colossales puisque j’ai établi, avec Philippe Chapu, qu’il mesurait entre 30 et 40 mètres de haut et 15 mètres de côté, avait des murs de 3 mètres d'épaisseur et occupait une surface de 225 mètres carrés. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait voulu un clocher qui ne soit pas inférieur en proportions au donjon du mauvais sire que la paix de Dieu avait ramené dans le droit chemin. Cette conviction, que j’ai acquise, d’un clocher-porche destiné à commémorer la puissance des Capétiens et à baliser leur rayon d’action est encore renforcée par le constat de Vincent Juhel et Catherine Vincent qui associent la dissémination des chapelles hautes dédiées à saint Michel aux opérations de la paix de Dieu. Car la chapelle haute de Notre-Dame, église qui fut placée sous le double patronage de la Vierge et de saint Michel du XIIe siècle jusque dans la première moitié du XXe, était très visiblement consacrée à l’archange guerrier. Enfin, comme l’a montré Pierre Pradel, autre grand historien de l’art et spécialiste du Bourbonnais: après leur vassalisation par les Capétiens, les Bourbons s’étaient fait les pionniers d’une architecture évocatrice de la puissance royale. Or l’aspect même du clocher de Notre-Dame, qui est visiblement une réplique de la tour sud de Souvigny, évoque assurément l’influence bourbonnaise. Cette observation, René Crozet la faisait déjà dans sa thèse de doctorat en 1932. Ainsi, c’est la volonté de célébrer la suzeraineté capétienne qui serait seule susceptible d’expliquer la puissance surprenante d’un clocher-porche d’église paroissiale, lequel apparaît aujourd’hui bien insolite, perdu comme il l’est au milieu de nulle part.

L’autre aspect exceptionnel de Notre-Dame de Germigny, c’est ce que j’ai appelé son « portail de cathédrale en miniature ». Exception faite de Willibald Sauerländer, qui a opéré le rapprochement entre le tympan de Notre-Dame de Germigny et celui du porche nord de la façade de Notre-Dame de Laon, personne n’a comparé Saint-Gilles du Gard, Notre-Dame de Laon et Notre-Dame de Germigny. Pourtant, les ressemblances sont saisissantes, à la fois du point de vue du style et de la composition. Cela suggère, par-delà l’évidence d’une filiation, la probabilité d’une signification partagée. Comme à Joris-Karl Huysmans dans son célèbre texte sur Notre-Dame de Paris, il me semble en effet indiscutable que le « même idiome iconographique » traduit ici une « unanimité de doctrine », et que les imagiers, interprètes de la pensée de l’Eglise, « n’eurent qu’à se conformer aux principes de la symbolique que leur indiquait le clergé. » Il serait trop long de détailler les résultats de cinq années de travail et impossible de développer en quelques lignes le « roman vrai » de Germigny à l’époque peut-être la plus importante du Moyen Age, celle d’Innocent III, du sac de Constantinople, de la croisade albigeoise et du quatrième concile de Latran. Nous renvoyons donc à notre article de février publié dans la revue internationale d’histoire de l’art médiéval De Medio Aevo, qui est disponible en ligne ou, mieux encore, au livre à paraître.

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Ici, nous nous contenterons de livrer quelques-unes de nos conclusions les plus utiles. Etablissons d’abord la fonction liturgique du narthex de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, essentiellement associée au symbolisme de la « Semaine sainte », qui est la dernière semaine d'abnégation et de pénitence avant Pâques. Tout comme la façade de l’abbatiale Saint-Gilles du Gard est inspirée par l’arc de triomphe d’Orange, le narthex de Germigny est un écho à l’arc de triomphe antique qui accueille les processions – particulièrement lors de la cérémonie des Rameaux – dans un espace figurant le saint sépulcre avant que ne s’ouvre le portail intérieur donnant sur la nef, lequel symbolise l’accès, par le Christ ressuscité, à l’Eglise céleste. Cette fonction liturgique des narthex est indiquée par le Coutumier de Cluny. Elle dicte le sujet du tympan, plus tardif, ou du moins s’y prête plus qu’idéalement. On constate en effet que le motif emprunté au tympan du portail nord de Saint-Gilles du Gard s’harmonise à la perfection avec la fonction liturgique de l’avant-nef, puisqu’à Germigny comme à Saint-Gilles (et Laon) la vierge en majesté trône sous un dais architecturé représentant Jérusalem, et qu’à Saint-Gilles, le linteau du tympan prototype montre l’entrée de Jésus à Jérusalem le jour de la fête des Palmes.

Les rois mages du tympan prennent alors une signification tout à fait particulière inspirée par le contexte politique et religieux de l’époque. Répondant à la métaphore popularisée par Raimbaut de Vaqueiras, chantre de la quatrième croisade, il s’agit, pensons-nous, des chefs des nations croisées partis « comme Melchior et Gaspard », mais cette fois pour libérer le tombeau du Christ. Que cette image se soit imposée entre Saint-Gilles et Laon ou Germigny semble confirmé par la transformation des tiares orientales des Mages en couronnes médiévales et, à Germigny, par l’offrande inhabituelle des trois deniers du roi agenouillé au pied de la vierge en majesté, figure de l’Eglise triomphante, qui doit être comprise – c’est notre hypothèse – comme le cens recognitif prélevé sur les ennemis vaincus de l’Eglise par les capitaines croisés au bénéfice du Saint-Siège. Comme nous l’avons montré, ce symbolisme a visiblement été inspiré au commanditaire du portail, l’archevêque de Bourges Girard de Cros, par sa participation à la croisade contre les Albigeois. En effet, Simon de Montfort, qui avait pris la tête de la croisade albigeoise en 1209, avait levé un cens de trois deniers sur chaque foyer de la province « hérétique » reconquise en reconnaissance de l’autorité du pape. Dans le contexte de la cinquième croisade dont Innocent III annonce le départ au quatrième concile de Latran, les trois deniers deviennent trois deniers « d'or d'Arabie » qui rachètent les païens et leur « injure faite au Crucifié » par une oblation monétaire prouvant leur reconnaissance de l'Incarnation et de la divinité du Christ.

GERMINYPHOTO-6 Portail vers 1830. Gravure d'Aimé Chenavard, d'après les dessins de Claude-Henri Dufour. Collection Privée.
Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, comme on le voit, n’est pas une église ordinaire. Et j’espère être parvenu à montrer, au terme de cinq ans de travail, qu’elle est même, par bien des aspects, extraordinaire. Vous pouvez aider, par un geste qui ne coûte rien, à renforcer la visibilité de ce monument en soutenant par un « J’AIME » la page Facebook que son comité de vigilance lui a consacrée ICI.

Ce comité, exclusivement dévoué à la défense et à l’illustration du patrimoine, est indépendant de toute politique et de tout aspect confessionnel. Pour une visite ou une conférence bénévole, n’hésitez pas à me contacter par message privé à cette adresse : https://paris-sorbonne.academia.edu/EmmanuelLegeard


Crédits photographiques : Emmanuel Legeard

Mamers : les portes de l’avenir s’ouvrent (enfin) pour le presbytère

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C’est toujours une grande joie pour nous d’annoncer la fin d’un combat. Même si la mobilisation pour sauver l’édifice est très antérieure à notre arrivée dans « l’affaire », cela fait tout de même trois ans que nous sommes entrés en « rébellion » aux côtés de la poignée de passionnés qui ne voulaient pas voir disparaître ce patrimoine remarquable — propriété du Centre Hospitalier Alençon/Mamers.

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Les travaux de démolitions ont même débuté il y a deux ans, mais la mobilisation citoyenne et surtout l’intervention de l’Architecte des Bâtiments de France ont permis de faire cesser le massacre. Malheureusement, l’édifice, privé de certaines fenêtres et dépouillé de ses boiseries, s’est beaucoup dégradé.

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Jusqu’à l’an passé, le Centre Hospitalier ne voulait pas céder le presbytère et envisageait toujours sa démolition afin de créer une extension pour le foyer des personnes âgées situé derrière. C’était sans compter sur la volonté de la commune et en particulier sur celle de Vincent Gomas, premier adjoint en charge de patrimoine, de trouver une issue favorable à cette affaire, permettant d’inscrire l’édifice dans l’avenir de Mamers.

Voici quelques lignes que l’élu nous a fait parvenir :

Après la mise en vente du Presbytère (et des 2 maisons attenantes), c'est évidemment un sentiment de soulagement et de satisfaction qui m'anime.

Ce dossier traînait en longueur depuis beaucoup trop longtemps, et j'ai tenu dès le début du mandat actuel à le prendre à bras-le-corps pour lui trouver une issue favorable dans les meilleurs délais.

Après des échanges fructueux et constructifs avec le Centre hospitalier Alençon-Mamers, son propriétaire, nous sommes parvenus, en une année, à obtenir un résultat qui était attendu de tous depuis très longtemps.

C'est donc aujourd'hui la fin d'un long feuilleton, qui aura malheureusement vu l'état de la bâtisse se détériorer à vitesse grand V, mais c'est également le début d'un nouveau chapitre qui, j'en suis persuadé, sera synonyme de renaissance grâce à des investisseurs qui lui permettront de retrouver son lustre.

Beaucoup a donc été fait, mais tout n'est pas terminé et nous devons demeurer vigilants quant aux projets qui seront proposés sur ce presbytère.

Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui se sont fortement mobilisés dans ce dossier important pour la ville de Mamers.

Vincent GOMAS


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Tout est bien qui finit bien, du moins pour la fin de ce chapitre. En espérant maintenant que celui qui déboursera 40.000 euros pour l’achat du presbytère saura lui offrir l’avenir qu’il mérite et qu’il saura respecter son intégrité architecturale. Nul doute que la commune saura, comme le dit Vincent Gomas, rester vigilante quant au choix du repreneur.

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Frédéric Poupry, membre du collectif de sauvegarde, a tenu lui aussi à s’exprimer et nous fait ici un résumé de « l’affaire du presbytère de Mamers » :

Cela fait 8 ans que des personnes se mobilisent pour éviter la destruction d'un édifice emblématique de Mamers : l'ancien presbytère. Sans cette mobilisation, l'édifice ne serait actuellement plus qu'un souvenir. En effet, sa démolition fut à plusieurs reprises envisagée. Il y a 2 ans, il a échappé in-extremis aux pelleteuses grâce à la mobilisation de personnes attachées au patrimoine.

On peut regretter que l'intérieur fut saccagé, pillé de ses ornements d'époque (boiseries, portes, etc...) et laissé dans un total abandon depuis les années 90. Cela fait des années que nous demandons la mise en vente de cet édifice, puisque son propriétaire, le centre hospitalier Alençon-Mamers (CHIC) l'ayant abandonné, n'avait aucun projet de réhabilitation autre que de servir de réserve foncière.

Notre mobilisation a finalement abouti car l'ancien presbytère de Mamers vient d'être mis en vente !

Ce noble édifice est le fruit de l’ultime collaboration de l’architecte Paul LEBART (auteur de plusieurs édifices remarquables dans la région, dont le théâtre de Mamers) et de l’artiste Achille OUDINOT. Architecte, dessinateur, vitrailliste et peintre (maître de Berthe MORISOT), c’est à ce dernier que l’on doit l’ornementation de la façade. Cet édifice a pu voir le jour grâce à l’intervention de l’empereur Napoléon III.

Nous vous invitons à consulter l’étude réalisée à son sujet pour prendre connaissance de tout l’intérêt historique de cet édifice, lequel mériterait d’ailleurs une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISHM).

PDF de l'étude téléchargeable ICI.

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Nous espérons que le futur acquéreur puisse rénover comme il se doit le bâtiment, en particulier, qu’il restaure sa remarquable façade - soulignons que d’autres réalisation d’OUDINOT sont classées MH. Restituer les éléments sculptés disparus du dernier étage serait un plus envisageable.

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Rappelons aussi que l’intérieur est en mauvais état et est totalement pillé de ses éléments d’époque.

Cet état de fait peut être propice à plusieurs projets : habitat individuel ou collectif ; restitution d’une ornementation style « Second Empire » ou rénovation plus contemporaine. Les possibilités sont multiples...

L’essentiel étant avant tout que l’aspect extérieur, qui lui est dans l’essentiel préservé, soit mis en valeur.

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Je remercie toutes les personnes qui ont aidé au sauvetage de l’ancien presbytère.

En particulier :

Les membres du comité de sauvetage (Philippe CHEVREUL, Antoine GAZAI et Frédéric POUPRY) ;

Jean-David DESFORGES (président de l’association « Société des Amis du Vieil Alençon ») ;

Alexandra SOBCZAK-ROMANSKI, la dynamique présidente d’« Urgences Patrimoine » qui a permis un relai de notre cause au niveau national ;

Ceux qui nous ont rejoints sur le site le jour où la démolition a failli commencer.

Je remercie également le Maire de Mamers : Frédéric BEAUCHEF et son adjoint au patrimoine : Vincent GOMAS pour avoir plaidé notre cause auprès de la direction du CHIC.

Ainsi que toutes les nombreuses autres personnes qui nous ont soutenus, ainsi que la presse locale, pour avoir à plusieurs reprises, relayé la situation.

Concernant la mise en vente : Les informations sont dans le communiqué de presse
du lien suivant ICI.

Frédéric POUPRY

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Nous ne manquerons de faire quelques lignes une fois le projet de reprise confirmé afin de refermer définitivement le livre une fois ce dernier chapitre achevé.


Crédits photographiques : photos 1 et 3 : La Gazette du Patrimoine ; photos 2-4-5-6-7-8 : Collectif de sauvegarde du Presbytère de Mamers.

Alençon — épisode III : basilique et briques en vrac

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Voici donc le 3ème épisode de la « Saga Alençon ». Nous avons beaucoup évoqué dans nos précédents articles l’avis favorable de l’Architecte des Bâtiments de France sur lequel s’appuie la légitimité du projet. Pour vous permettre de vous faire un avis objectif, le voici : 

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Alors que le visuel trônant devant la Basilique ne rassure personne, on nous informe que Pôle de Santé Libéral Ambulatoire d’Alençon devrait être parementé de briques, comme nous vous le rapportions dernièrement. Cette annonce se veut source d’apaisement. Enfin, quand nous avons sous les yeux ce plan, briques ou pas briques, cela nous laisse quelque peu dubitatifs.
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Voici l’avis du président de la Société des Amis du Vieil Alençon :

Des briques, pourquoi pas ? On en trouve un peu dans le quartier pour les encadrements de baies dans certains bâtiments, mais cela reste plutôt anecdotique. Quand il y a des briques, elles sont aussi jointoyées. Les matériaux que l’on trouve dans la série des édifices proches du projet sont pour les maçonneries le granit d’Alençon et le calcaire de Montsort, pour les toits, les tuiles brun-rouge et les ardoises bleu-noir. Les murs sont couverts d’enduit à la chaux, et au pire, les moellons sont apparents noyés dans un ciment épais, gris ou noir, comme cela se pratiquait dans les années 1950-1960. Pour les constructions contemporaines, la règle semble exiger couvertures de zinc et bardages en bois.

Nous avons consulté le permis de construire. Il y est question de la réhabilitation de l’hôtel Bonet et des maisons voisines, intégrées au PSLA, ainsi que de l’extension. Ces notions de réhabilitation et d’extension doivent être éclairées par le contenu du permis de construire.

Ainsi, l’hôtel Bonet et les maisons voisines ne bénéficient d’aucune étude historique et architecturale. Ces bâtiments ne retrouveront aucun lustre. Des éléments pourraient être restituables : ils ne le seront jamais. Pas d’enduit à faux appareil, ou d’enduits aux clous qui font la spécificité de nos façades anciennes. Les murs resteront en moellons apparents et gros joints de ciment.

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Les briques dont on nous parle en ville et sur les réseaux sociaux sont l’ingrédient de l’architecte pour lier l’ancien au neuf. Ce sont des briques longues, peu épaisses, montées à joints vifs « pour rappeler » les murs de l’hôtel Bonet. Arrêt sur image : l’hôtel Bonet est en moellons et gros joints ciment. Comment de la brique à joints vifs peut rappeler du moellon et des gros joints ciment ? L’architecte parle bien de pierre sèche !

Le petit pavillon du XVIIIe siècle donnant sur le parc sera décoiffé de sa charpente et rehaussé avec ces fameuses briques. Un toit sera refait. Un projet graphique nous le montre avec une terrasse et cette bande de briques et des baies hors de proportion.

Le permis de construire présentent trois déclinaisons de briques appelées « panachage ». Ces parements, de différentes teintes, n’existeront qu’en ce lieu d’Alençon. Ce matériau n’a rien à voir avec ce que le public imagine depuis samedi. Ce ne sont pas des briques ordinaire, rouge ou rosée. Ce sont des barres jaunes, beiges, grises.

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En l’état, ce projet n’est pas acceptable.

Il aurait sa place dans le Périgord, assurément, mais à Alençon, il ne fonctionne pas. La construction de cette extension serait un précédent inquiétant pour la pérennité architecturale au cœur de notre ville. D’un autre côté, l’intervention minimaliste sur le bâti existant montre un désintérêt criant pour les architectures traditionnelles locales. La troncature du petit pavillon est pour sa part difficilement admissible, tant cet ensemble est emblématique de ces enchaînements de volumes et de cours qui font Alençon.

J.-D. Desforges,
Président de la Société des Amis du Vieil Alençon



Dans un article publié hier par le journal Ouest France, nous constatons que l’architecte confirme certains de nos doutes, en affirmant que sa construction ne GÊNERA PAS BEAUCOUP la visibilité.

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Lire l’article dans son intégralité ICI.

Nous ignorons où ce combat nous conduira, mais si au lieu de vouloir construire à tout prix pour laisser « sa marque » dans l’espace public, on réhabilitait l’existant, les polémiques n’auraient pas lieu d’être. Pourquoi ne pas avoir « inventé » un pôle santé dans ce bâtiment qui attend d’être fixé sur son avenir.

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À ce sujet, rappelons qu’Alençon bénéficie du dispositif « Action Cœur de Ville », avec les dotations qui vont avec. Ce dispositif accompagne les commune pour la redynamisation des centres anciens et oriente plutôt ses actions vers des réhabilitations du bâti ancien, plutôt que vers la prolifération des cubes de béton.

En attendant, la pétition a largement dépassé les 600 signatures et si ce n’est encore fait, merci de la signer ICI.

« Le Patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons. »


Crédits photographiques : photos 1-7 : Société des Amis du Vieil Alençon; photos 3-4-5 : Anthonin ZIEGLER Architecte ; photo 6 : Copie d’écran Ouest-France

L’Habitation Union, patrimoine martiniquais en cours de destruction

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Nous vous avions alertés il y a quelques jours quant à la démolition future de ce patrimoine remarquable de La Martinique. Aujourd’hui, c’est Sébastien Perrot-Minot, Docteur en archéologie précolombienne et préhistorique, qui dresse pour nous un état des lieux précis de la situation et qui confirme que cette démolition est une perte considérable pour le patrimoine de l’île. En espérant que les services de la culture réagiront à cet alarmant constat.

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Sébastien Perrot-Minnot est docteur en archéologie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialisé en archéologie précolombienne et préhistorique, il a conduit des recherches en Amérique Centrale, aux États-Unis et en Martinique. Actuellement, il est archéologue au bureau d’études Éveha et chargé de cours à l’Université des Antilles. Il est également chercheur associé au laboratoire AIHP GEODE (Université des Antilles) et au Centre d’Études Mexicaines et Centraméricaines (CEMCA, Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères), et membre du conseil scientifique de l’association Construire Notre Vivre-Ensemble (CNVE, Martinique). Par ailleurs, il exerce les fonctions de Consul Honoraire du Guatemala à Fort-de-France. Contact : sebastien.perrot-minnot@eveha.fr

HABUNPHOTO-PORTRAIT Photo Sébastien Perrot-Minnot
La commune de Sainte-Marie, sur la côte Nord Atlantique de la Martinique, est le théâtre d’une affaire bien triste pour tous ceux qui sont attachés au patrimoine culturel : le site de l’Habitation Union (qui n’est pas inscrit au titre des Monuments Historiques) est en train d’être détruit par un chantier de construction de logement sociaux. Pire, il n’a même pas fait l’objet d’opérations d’archéologie préventive, en raison de dysfonctionnements administratifs. Ce dossier mobilise actuellement différents acteurs du monde de la culture en Martinique, notamment le Service Régional de l’Archéologie (Direction des Affaires Culturelles), la Fondation du Patrimoine, l’association Construire Notre Vivre-Ensemble (CNVE) et l’opérateur d’archéologie Éveha. Et pour cause : l’Habitation Union est un lieu chargé d’histoire…

La côte est de la Martinique a été colonisée par les Français après l’invasion du territoire amérindien de la Capesterre, en 1658. L’Habitation Union, quant à elle, est mentionnée dans les sources historiques (du moins, celles que j’ai pu consulter jusqu’à présent) à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle apparaît sous le nom de « De Salles » sur la Carte géométrique et topographique de l'Isle Martinique de l’ingénieur du roi René Moreau du Temple (1770). De fait, elle était alors la propriété de la famille Dessalles.
HABUNPHOTO-2. Localisation de Sainte-Marie en Martinique
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Celle-ci a compté parmi ses membres plusieurs conseillers au Conseil souverain de la Martinique (une instance judiciaire et administrative), dont Pierre François Régis Dessalles, auteur des Annales du Conseil souveraine de la Martinique (1786). Le fils de ce dernier, Pierre Dessalles (1785-1857), a laissé un journal et une correspondance qui ont été édités par Henri de Frémont et Léo Elisabeth dans La Vie d'un colon à la Martinique au XIXe siècle (1980-1986), un précieux témoignage sur la société coloniale de l’époque. Ces écrits font largement référence à l’Habitation Union, sur les thèmes de la vie familiale, de l’activité économique, de la politique, des épidémies de fièvre jaune, des tensions sociales et des révoltes d’esclaves.

HABUNPHOTO-4. Carte Moreau du Temple
L’Habitation Union (ou « l’Union ») est devenue une des principales exploitations sucrières de Sainte-Marie. En 1880, elle a été acquise par l’homme d’affaires Eugène Eustache, propriétaire de l’usine du Galion. Mais la crise mondiale du sucre, qui a commencé en 1884 et duré une vingtaine d’années, a fortement affecté la vie économique et sociale dans la commune de Sainte-Marie. C’est dans ce contexte qu’a éclaté la grande grève martiniquaise de 1900, dans laquelle les ouvriers de l’Habitation Union ont pris une part importante. Cette grève a joué un rôle fondateur dans l’histoire du mouvement ouvrier en Martinique. En 1903, la propriété de l’Union a été vendue à la société anonyme de l’Usine Sainte-Marie.

HABUNPHOTO-5. Maison Habitation Union
Il est à noter que dans la mémoire collective, la tradition des courses de chevaux et de mulets de Sainte-Marie a été suscitée par des ouvriers de l’Union au début du XXème siècle.

Le patrimoine bâti qu’on peut voir sur la parcelle en cours d’aménagement de l’Habitation Union (maison de maître, cuisine, mur de clôture, mur de soutènement) semble dater essentiellement du XIXème siècle et du début du XXème siècle. D’autres constructions de l’ancienne habitation-sucrerie (possible purgerie, restes de murs, surfaces pavées) sont visibles dans les parcelles voisines. Autour de la maison de maître, Guillaume de Reynal, président de l’association CNVE, et moi avons pu observer, lors d’une visite effectuée le 27 avril dernier, un mobilier colonial varié : fragments de vaisselle et de divers récipients en céramique, faïence, tessons de bouteilles, briques, tuiles de Marseille, moellons, restes alimentaires…

Mais l’archéologie de l’Habitation Union n’est pas seulement coloniale. A la fin du XIXe siècle, un géreur de l’exploitation, Gustave Bordaz, a signalé la découverte, dans la plantation, de vestiges amérindiens en pierre (haches), en céramique et même en os. Ses trouvailles ont eu un certain retentissement. Elles ont incité l’archéologue américain Theodoor de Booy à se rendre à l’Union en 1916, alors qu’il réalisait une mission aux Petites Antilles pour le compte du Museum of the American Indian (Heye Foundation, New York) ; des artefacts précolombiens rapportés de l’Union par de Booy sont aujourd’hui conservés au National Museum of the American Indian (Smithsonian Institution, Washington).

HABUNPHOTO-6. Mobilier archéologique
Dans les années 1930- 1940, Eugène Revert, qui réalisait des travaux archéologiques en Martinique sous l’égide du Musée de l’Homme, s’est également intéressé aux vestiges amérindiens de l’Union. Ainsi, l’ancienne Habitation Union est un des premiers lieux de Martinique où des recherches ont été entreprises sur les vestiges amérindiens, et pourtant, curieusement, ce site précolombien ne figure pas sur les cartes archéologiques de l’île…

HABUNPHOTO-7. Haches précolombiennes Habitation Union
Le grand site amérindien de La Salle (dont le nom est également orthographié « Lasalle » ou encore « Lassalle ») se trouve à proximité, à l’est de la rivière de Sainte-Marie. Il a été fouillé dans les années 1930 et 1940 par le père Jean-Baptiste Delawarde, Eugène Revert, le père Robert Pinchon et le docteur Robert Rose-Rosette, et dans les années 1970 par J. P. Duprat, O. Pinel de la Taule, J. P. Aubert et Mario Mattioni. Le gisement a été reconnu sur une vingtaine d’hectares, dans le bourg de Sainte-Marie et l’Habitation La Salle ; il a livré un abondant mobilier céramique et lithique de la culture saladoïde ancienne (100 avant J.-C.-350 après J.-C.). Malheureusement, il n’a jamais fait l’objet d’une publication détaillée.

On le voit, l’Habitation Union revêt une grande importance historique, archéologique voire anthropologique. Une opération archéologique dédiée au site, toujours possible à ce stade, pourrait permettre de mieux documenter les origines et le développement de l’exploitation, certains événements décrits par Pierre Dessalles, les relations sociales et la vie quotidienne dans une habitation-sucrerie à une époque marquée par des changements profonds, mais aussi l’occupation amérindienne, dont il faudrait définir les cadres géographique, chronologique et culturel.

Bibliographie sélective

Adelaïde-Merlan, Jacques
2000 Les origines du mouvement ouvrier en Martinique, 1870-1900. Karthala. Paris.

Bérard, Benoit
2004 Les premières occupations agricoles de l’arc antillais, migration et insularité : le cas de l’occupation saladoïde ancienne de la Martinique. British Archaeological Reports, IS 1299, Paris Monographs in American Archaeology, 15. Oxford.

Bordaz, Gustave
1897 « Sainte-Marie de la Martinique ». In : Dixième Bulletin, Société d’Histoire Naturelle d’Autun, 2ème partie : 20-33. Autun.

Eadie, Émile
1997 Émile Bougenot : sucre et industrialisation à la Martinique de 1860 à nos jours. Pierre-Jacquens Couta, éditeur. Fort-de-France.

Flandrina, Martine
1986 « Sainte-Marie ». In : Histoire des communes Antilles-Guyane (Jacques Adelaïde-Merlande, coord.), vol. 5 : 255-280. Pressplay. Paris.

Flohic, Jean-Luc (coord.)
2014 Le patrimoine des communes de la Martinique. Fondation Clément / Attique éditions. Paris (3e édition).

Frémont, Henri de et Léo Elisabeth (coords.)
1980-1986 La vie d'un colon à la Martinique au XIXe siècle. Journal de Pierre Dessalles (1785-1857). 4 tomes. Courbevoie.

Harcourt, Raoul d’
1952 « Collections archéologiques martiniquaises du Musée de l’Homme ». In : Journal de la Société des Américanistes, 41 (2) : 353-382.

Mousnier, Mireille et Brigitte Caille
1990 Atlas historique du patrimoine sucrier de la Martinique (XVIIe-XXe s). L’Harmattan. Paris.

Perrot-Minnot, Sébastien
2021 Éléments sur l’histoire et l’archéologie de l’Habitation Union (Sainte-Marie, Martinique). Note remise au Service Régional de l’Archéologie de Martinique (30/04/2021). Fort-de-France.

Petitjean-Roget, Jacques
1980 Le mémorial martiniquais, tome 1 : 1502-1685. Société des Éditions du Mémorial. Nouméa.

Rennard, Joseph
1951 La Martinique. Historique des paroisses, des origines à la Séparation. Société d’Edition Savoyarde. Thonon-les-Bains.

Revert, Eugène
1949 La Martinique. Étude géographique et humaine. Nouvelles Éditions Latines. Paris.

Ursulet, Laurent
2008 « Demeure dite Habitation Union ». Notice IVR02_20039723967NUCA, base Mérimée, Ministère de la Culture (fiche créée en 2005, actualisée en 2008).

Légendes des illustrations

1. L’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
2. Localisation de Sainte-Marie en Martinique. Fond de carte : d-maps.com
3. Localisation du site de l’Habitation Union. Carte : geoportail.gouv.fr
4. L’Habitation « De Salles » sur la Carte géométrique et topographique de l'Isle Martinique de René Moreau du Temple (1770). Source : gallica.bnf.fr
5. La maison de maître de l’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
6. Mobilier archéologique ramassé sur le site de l’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
7. Haches précolombiennes de l’Habitation Union conservées au National Museum of the American Indian (Washington). Photo : National Museum of the American Indian / Smithsonian Institution.



Crédits photographiques : Sébastien Perrot-Minnot 

Alençon épisode II : béton, briques, et basilique

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Lors de notre précédent article, nous avions prévenu nos lecteurs que le nouveau feuilleton « Alençon » allait comporter de nombreux épisodes. Voici donc l’épisode 2, après le lancement de notre pétition pour dire « Non au Bunker Basilique Hôtel », mais également après l’intervention d’un administré de la commune qui se veut rassurant, en affirmant que le projet figurant sur la pancarte devant la Basilique n’est pas fidèle à la réalité.

Nous sommes tout de même très inquiets, car, alors que le permis vient seulement d’être affiché, nous apprenons que la première pierre de cet édifice contesté devrait être posée en grandes pompes le 10 mai prochain. Pourtant un délai de recours de deux mois est imposé à partir, non pas de la date de délivrance du permis de construire, mais bel et bien à partir du jour de l’affichage. Nous allons donc tenter d’élucider ce mystère.

En attendant, voici un état des lieux de la situation, dressé par le Président de la Société des Amis du Vieil Alençon :

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Ce 1er mai, Urgences Patrimoine et la Société des Amis du Vieil Alençon ont lancé une pétition pour demander une reconsidération du projet d’extension du Pôle de Santé Libéral Ambulatoire. C’est un franc succès : plus de 200 signataires en une journée, dont celle de Stéphane Bern, fer de lance de la défense du patrimoine.
 
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La problématique du bunker au chevet de la basilique est assez simple : il s’agit d’un apport dans un tissu urbain existant, constitué de multiples strates. L’archéologie a montré des vestiges de maisons appuyées contre la muraille de la ville, baignée par la rivière Sarthe, de la Poterne et de ses tours voisines. Lorsque l’Institution de la Providence a été vendue en 2012, la Ville et la Communauté Urbaine d’Alençon ont commencé à détruire un certain nombre d’édifices pour dégager ce vaste espace clos. Un diagnostic archéologique suivi de fouilles a validé ce qui était attendu dans le sous-sol.

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Lors de l’aménagement du nouveau parc, l’architecte paysagiste Laure Planchais a tenu compte de ces éléments du passé tout en créant de nouveaux liens avec, par exemple, la rive opposée et les rues étroites de la ville, ou la matérialisation des fortifications et de l’ancien bras de rivière avec différentes solutions. Le parc de la Providence se lit donc avec attention. On y évolue dans des éléments anciens et des éléments neufs. L’assimilation de cet espace privé à l’espace public a aussi permis d’adopter de nouveaux cônes de visibilité sur Notre-Dame, Saint-Pierre, la maison d’Ozé et tout cet environnement.

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L’œuvre de Laure Planchais a été récompensée. Dans le fascicule présentant les lauréats du Prix de l’Architecture et de l’Aménagement Normand 2018 (
téléchargeable ici), nous découvrons que l’architecte Antonin Ziegler, qui signe le projet d’extension du PSLA, est aussi présent.

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Son travail sur, ou plutôt à côté d’une maison y est décrit. La similarité entre ce projet et celui que nous discutons est flagrante. Le jury le décrit ainsi :

 "Le jury a aimé : L’extension ajoute une surprenante juxtaposition à une maison individuelle."

Il est intéressant de noter que l'appréciation comprend :

"Cette focalisation sur ce nouvel espace ainsi dévoilé crée un rapport qui tend à faire disparaître la présence de la maison existante."

Donc, le projet n'est pas conçu pour se fondre dans le paysage mais bien pour se poser, s’imposer. La relation entre le neuf est l’ancien ne se fait pas amicalement mais brutalise nos perceptions. Cette doctrine architecturale, intéressante et esthétique dans certains lieux, doit-elle valoir dans une ville qui vient d’être inscrite Site Patrimonial Remarquable ? Non. La copie est à revoir en raison simplement de cette nouvelle distinction dans un souci de cohérence.

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Aux dernières nouvelles, un administré proche du dossier a livré les informations suivantes : la vue du projet sur le panneau de présentation n’est pas la bonne, l’angle de vue non plus. Les parements seront en briques. Ce document a pourtant servi de base à la décision de la commission d’urbanisme de la CUA. Nous demandons donc à voir le vrai projet avec plusieurs points de vue, voire une vue 3D et avec le traitement définitif. On ne saurait être convaincu par un projet, et l’adopter, avec des documents non contractuels.
 
J.-D. Desforges,
Président de la Société des Amis du Vieil Alençon

Signer la pétition ICI.

Lire notre précédent article sur le sujet ICI.



Crédits photographiques : Société des Amis du Vieil Alençon

Législation funéraire et protection du patrimoine : la difficile cohabitation

Le patrimoine funéraire est un sujet qui intéresse de plus en plus de monde. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir agir concrètement pour ce patrimoine dont hélas beaucoup de témoins sont en déshérence totale dans la majorité de nos cimetières.

Grâce à cet article d'Alexandrine Espinasse, vous allez découvrir que la législation est telle qu’il est difficile, voire impossible, de s’impliquer dans la valorisation et la sauvegarde de ce patrimoine. Urgences Patrimoine souhaite depuis quelques temps sensibiliser et mobiliser les citoyens et les élus autour de cette problématique et souhaite mettre en place une commission réunissant les plus grands experts du sujet, afin de trouver des solutions permettant d’inscrire dans l’avenir ce précieux patrimoine, témoin de l’histoire et de la mémoire collective.

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C’est après un travail de terrain et de recherche en géographie au cimetière monumental de la Chartreuse de Bologne (Italie) mettant en avant les pratiques mémorielles, touristiques et patrimoniales de ce lieu, qu’Alexandrine Espinasse intègre le Service Funéraire de la Ville de Rennes en février 2020. Chargée de mission recensement et cartographie des trois cimetières rennais, elle a réalisé un travail essentiel à la valorisation de ce patrimoine culturel. Aujourd’hui consultante auprès des collectivités urbaines ou rurales, elle effectue des missions de mise en œuvre de plans de gestion patrimoniale et écologique des cimetières.

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Introduction

L'origine gréco-latine du mot cimetière, coemeterium, qui signifie « lieu pour dormir, dortoir » rappelle que c'est initialement un lieu de repos, d’inhumation des défunts, mais également un lieu de communion et d'échanges. D'échanges familiaux certes, mais aussi culturels, inhérents à la société.

Le cimetière tel qu’on le connaît aujourd’hui en France, c’est-à-dire un lieu à la périphérie des villes, clos de mur et laïque, nait avec l’Edit de Saint-Cloud (le décret du 23 prairial an XII) du 12 juin 1804, qui donne un cadre juridique à ces lieux et à la mort. Avant la fin du XVIIIe s., on enterrait à l’intérieur des églises ou aux abords, dans des terrains privés, ou bien dans les fameuses « fosses communes ». Ce décret marque le début des fosses individuelles, laissant place à l’architecture funéraire originale traversée notamment par le courant romantique de l’Europe du XIXe siècle. Le rapport à la mort évolue : on se promène au cimetière, on cherche à rendre hommage au défunt, mais aussi à montrer son statut au reste de la société via le monument funéraire.

La sécularisation lente de la société et les deux guerres mondiales inversent cette tendance de balade au cimetière, puisque la mort s’intériorise : les individus meurent à l’hôpital, seuls. L’industrialisation des monuments funéraires profite à l’uniformisation des lieux de sépulture.

Patrimoine familial évident, la sépulture est devenue au fil du temps, patrimoine culturel, de part notamment l’intérêt historique, artistique, architectural, paysager, etc. qu’elle présente. C’est aussi bien la qualité de la personne inhumée que le monument en lui-même qui peut être considéré patrimoine culturel funéraire.

Depuis une vingtaine d’années on assiste à un regain d’intérêt pour les cimetières, lieux de tourisme alternatif, mais aussi lieux de verdure, à l’instar du Père Lachaise et de ses quarante-deux hectares, poumon vert de Paris. Le cimetière est donc un espace public, ouvert tous les jours, le dimanche et les jours fériés et on peut y déambuler librement. Cependant la sépulture est privée : elle appartient aux propriétaires de la concession. L’articulation du public et du privé est difficile et ne facilite pas la préservation et la valorisation du patrimoine culturel funéraire. Cet article ambitionne de faire un état des lieux de la législation funéraire qui concerne le patrimoine.

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En effet, quels sont les moyens mis en place pour préserver le patrimoine, d’un point de vue légal ? Comment protéger le patrimoine quand les procédures peuvent s’avérer être longues ? Qu’est-il possible de faire et ne pas faire ?

Il s’agira dans un premier temps de passer en revue le cadre juridique global funéraire, pour ensuite appréhender le pan patrimonial et les mesures possibles en ce qui concerne l’inscription et le classement aux Monuments Historiques. Enfin, nous verrons en quoi la procédure de reprise d’une concession perpétuelle par la collectivité peut être un moyen concret de valorisation patrimoniale.

I. La législation générale encadrant les cimetières.

Avant d’insister sur le pan patrimonial de la législation funéraire française, il semble important de rappeler succinctement le cadre juridique global des cimetières.

L’Edit de Saint-Cloud marque une première forme de législation funéraire. Pour faire face aux préoccupations hygiénistes de l’époque et à la saturation des lieux d’inhumation à l’intérieur des villes, il est décidé de déplacer les cimetières à la périphérie et de les emmurer. C’est également le début de la fosse individuelle et de la concession privée. L’Ordonnance royale du 6 décembre 1843 étend ces principes « à toutes les communes du royaume », autrement dit, au monde rural. Il devient également possible d’acquérir une concession, c’est-à-dire de louer une parcelle pour une durée donnée (concession temporaire (cinq à quinze ans aujourd’hui), trentenaire ou perpétuelle), le tarif étant établi par la commune. La loi du 3 janvier 1924 donne la possibilité d’acquérir une concession centenaire, mesure qui sera abrogée par ordonnance du 5 janvier 1959. Celle du 24 février 1927 permet la création de concessions cinquantenaires. Toutes ces concessions peuvent être individuelles, familiales ou collectives.
Le cimetière est un espace en théorie religieusement neutre depuis 1881, c’est-à-dire qu’il ne doit pas y avoir de séparation entre les cultes en son sein. Dans les faits, certains cimetières proposent aujourd’hui des carrés confessionnels, créés au fil du temps.

Enfin, la dernière loi importante est celle du 19 décembre 2008 qui donne un statut juridique aux cendres, réglemente la création des sites cinéraires, etc. Aujourd’hui, le texte de référence utilisé par les collectivités au quotidien est le Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT).

La réglementation du funéraire ne s’est donc pas faite en un jour et concernant le patrimoine culturel des cimetières, l’articulation privé-public complique les démarches. Le cimetière est un lieu d’expression et d’hommage après la mort. Il est important de noter que le/la maire ne peut en aucun cas limiter la pose d’un monument pour des raisons esthétiques ou à cause d’emblèmes religieux. Il/elle peut seulement fixer les dimensions maximales d’un monument (Art. L2223-12-1 du CGCT) et se porte garante du « maintien de l’ordre et de la décence dans les cimetières » (Art. L2213-9 du CGCT). Autrement dit, il/elle ne peut directement intervenir que si un monument menace l’ordre public et la salubrité de l’endroit.

La notion d’esthétisme est donc à proscrire pour un monument funéraire. Cependant, un monument peut être considéré comme patrimoine par son intérêt artistique, architecturel, historique, etc. Quelles sont donc les mesures envisageables concernant leur protection ?

II. La protection du patrimoine funéraire : lois et mesures.

Un emplacement et son monument relèvent du privé, la concession se transmettant automatiquement et gratuitement de génération en génération. Imposer des conditions en matière de pose de monument peut s’avérer délicat en contexte de deuil pour les familles.

Il est possible qu’un monument face l’objet d’une inscription ou d’un classement aux Monuments Historiques grâce à la Loi du 31 décembre 1913. La protection se fait aux motifs que la sépulture est celle d’une personnalité publique, que le monument présente un intérêt artistique, architectural, historique, une qualité paysagère, etc. Le cimetière tout entier ou bien une zone spécifique peuvent être protégés. Ces mesures sont relatives au Code du Patrimoine.

a) Inscription et classement au titre des Monuments Historiques : les tombeaux individuels.

« À ce jour, environ 450 cimetières ou parties de cimetières, tombes et tombeaux, caveaux, mausolées, stèles, dalles funéraires et pierre tombales sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques »  (Réponse du ministère de la Culture à la question écrite de M. Alain Joyandet en ce qui concerne la sauvegarde du patrimoine funéraire en France. Publication dans le JO Sénat du 27/12/2018, page 6749. URL).
L’inscription

L’inscription au titre des Monuments Historiques se fait à l’échelle de la région, c’est-à-dire que la demande peut se faire par le propriétaire de la concession, la collectivité territoriale, le préfet, une association de défense du patrimoine, etc. Il n’y a pas besoin de l’accord du propriétaire. Un exemple récent d’inscription pour la qualité de la personne inhumée est la sépulture de Prosper Mérimée au cimetière du Grand Jas à Cannes, le 7 juin 2019 par arrêté préfectoral. On peut également citer la Chapelle Fournier au cimetière de Montmartre à Paris, inscrite en 2013, pour l’intérêt historico-artistique qu’elle présente.

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Figure 1 : Le tombeau de Prosper Mérimée, inscrit au titre des Monuments Historiques, cimetière du Grand Jas, Cannes. Source.

Le classement

Le classement se fait à l’échelle nationale. Un monument inscrit peut devenir classé sur proposition du préfet auprès du ministère de la Culture et après accord du propriétaire. Toutefois, du fait d’un grande quantité de propriétaires non identifiables (notamment quand les sépultures sont trop anciennes), la procédure de classement se fait rare. La Chapelle Potocka du cimetière de Montmartre à Paris, classée en 2014 est un très bon exemple de chapelle classée pour sa qualité artistique et architecturale.

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Figure 2 : La Chapelle de la Comtesse Potocka, classée en 2014, Cimetière de Montmartre, Paris. Source.

Dans les deux cas, celui de l’inscription ou du classement, le propriétaire a la responsabilité de la conservation de son monument inscrit ou classé. Il peut percevoir des aides de l’Etat dans le cadre de travaux de confortement, restauration, réhabilitation du monument. La maitrise d’œuvre est gratuite pour les monuments inscrits et les subventions n’excèdent pas 40% du coût total des travaux. En cas de classement, l’aide peut dépasser les 40%. Ces procédures sont évidemment encadrées, suivies par des professionnels et pour un monument classé, on fait appel à un architecte du patrimoine.

A noter que si le propriétaire ne respecte pas son engagement, peut être envisagée une procédure d’expropriation. Le ministre de la Culture peut exécuter d’office les travaux en faisant payer une partie des frais aux propriétaires.
Cette démarche reste tout de même difficile à mettre en place par le ministère de la Culture notamment, car elle repose sur des critères multiples et il faudrait protéger une quantité considérable de monuments, qui ont tous, à différente échelles, un intérêt patrimonial. C’est notamment pour ces raisons qu’est privilégiée la protection par zones du cimetière.

b) La préservation par zones d’un cimetière.

Il est possible d’inscrire ou de classer une zone spécifique d’un cimetière. Par exemple, une aire confessionnelle du cimetière, à l’instar de la partie orthodoxe du cimetière municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois, inscrite aux Monuments Historiques par arrêté du 31 janvier 2001. Peut également être inscrit un équipement funéraire comme le crématorium du Père Lachaise (17 janvier 1995) ou encore des lieux spécifiques d’un cimetière : le porche d’entrée, la mosquée et le carré militaire du cimetière musulman de Bobigny sont inscrits depuis le 25 janvier 2006.

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Figure 3 : Une vue de la partie orthodoxe du cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, inscrite aux Monuments Historiques. Source.

La protection au titre des sites d’un cimetière, qui se fait via le ministère de l’Ecologie et d’après le Code de l’Environnement permet la reconnaissance de la valeur du patrimoine écologique et végétal.

Autre mesure possible, celle des Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR) depuis le 7 juillet 2016. Elle permet la protection en faveur du patrimoine urbain et paysager. Elle qualifie un ensemble et le protège. Après enquête publique et délibération du conseil municipal de la ville de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), un SPR a été décrété incluant le cimetière (9 octobre 2019).
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Figure 4 : Cartographie des différentes formes de protection cumulées au cimetière du Père Lachaise à Paris. Source : INVENTAIRE GÉNÉRAL…, DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), 2020, Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation, Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, page 240. Source.

III. Intervention directe de la collectivité : la procédure de reprise d’une concession perpétuelle.

L’inscription, le classement, la mise en place de zones protégées sont des mesures qui ont valeur à mettre en lumière des monuments. Ce sont des procédures longues et coûteuses pour les familles, et qui sont tout de même exceptionnelles.

La collectivité a possibilité de devenir propriétaire d’une sépulture laissée à l’abandon, dans le but de la conserver et de la valoriser si elle présente un intérêt patrimonial. Les conditions pour mettre en place cette procédure sont inscrites dans le Code Général des Collectivités Territoriales (Article R2223-12 et 13) :

- La concession doit être perpétuelle ;
- Trente années doivent s’être écoulées depuis l’acte de concession ;
- Il n’y a pas eu d’inhumation depuis au moins dix ans ;
- Le monument / emplacement doit présenter des signes d’abandon.

Il existe un vide juridique en ce qui concerne « l’état d’abandon ». Il est habituellement admis qu’une sépulture en état d’abandon présente des signes clairs de non-entretien, autrement dit, qu’elle n’est plus fleurie et/ou tombe en ruine. La circulaire numéro 62-188 du 22 mars 1962 précise que cet état se décèle par des signes extérieurs nuisibles au bon ordre et à la décence du cimetière. Par exemple, si une tombe est envahie par les ronces ou autre végétation sauvage, c’est en soit une bonne raison d’engager une procédure de reprise. Même si les ayants droits ne se font pas connaître légalement, une sépulture peut être entretenue par d’autres usagers.

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Figure 5 : Croix dressée qui a été mise en sécurité car elle manquait de s’effondrer. On peut voir que le reste du monument est enfoui. Cimetière du Nord, Rennes. Source : cliché personnel d’A. Espinasse, 2020.

Quand tous ces critères ont été validés, la collectivité doit contacter la famille (courriers, plaques sur monument, affichage en mairie, etc.) et opérer un procès-verbal de constat d’abandon. Le maire met ensuite en demeure les descendants de rétablir la concession en bon état d’entretien.

La procédure dure environ trois ans et demi : durée obligatoire pour que la famille se manifeste et décide d’entretenir la tombe. Dans le cas contraire, la collectivité devient propriétaire de la parcelle et dispose librement du monument (conservation, revente, réutilisation, etc.). Si elle décide de revendre l’emplacement, il faut que les restes mortels soient exhumés.

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Figure 6 : Emplacement en cours de reprise par la ville. Une plaque a été posée pour le signifier aux potentiels propriétaires. Cimetière du Nord, Rennes. Source : cliché personnel d’A. Espinasse, 2020.

Ce dispositif est la pratique la plus courante en ce qui concerne la préservation et la gestion du patrimoine culturel funéraire. Par exemple, au cimetière du Nord à Rennes, plus de deux cents emplacements ont été repris par la ville depuis 2016. Au final, une cinquantaine d’emplacements sans monuments vont être remis à la vente après exhumation des restes mortels, ce qui de fait, permettra de libérer de l’espace dans un cimetière arrivé à saturation. Pour les autres emplacements repris, il existe plusieurs possibilités :

- En présence d’une personnalité ou d’un monument ayant un intérêt patrimonial précis, la commune peut décider de la laisser sur place et valoriser, restaurer, etc. ;
- Si le monument est en mauvais état mais présente des parties intéressantes, ces dernières pourront être proposées à la vente aux usagers, à condition que ces éléments restent au sein des cimetières rennais (Ex : une croix ou un socle en granit) ;
- Le monument peut être mis en vente à l’euro symbolique ou aux enchères. La nouvelle famille aura alors l’obligation de restaurer le monument.
- La ville peut engager via sa régie une campagne globale de remise en état de monuments ciblés après accord des familles, par exemple.

Autre mesure envisageable en ce qui concerne la protection du patrimoine funéraire, c’est l’entretien d’une sépulture par la collectivité après donation ou une disposition testamentaire par la famille. La sépulture de Jean Leperdit au cimetière du Nord à Rennes est par exemple entretenue par le Service des Jardins, même si elle appartient toujours à la famille.

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Figure 7 : Sépulture de Jean Leperdit, entretenue par la Ville de Rennes au cimetière du Nord. Source.

A noter qu’un individu, une collectivité, une association ou autre institution qui n’a pas l’accord des ayants-droits ne peut entretenir un monument : on peut considérer cela comme profanation de sépulture d’un point de vue légal.

Conclusion

La préservation du patrimoine funéraire fait partie des préoccupations de certaines collectivités depuis quelques années seulement. Toutefois, jongler entre exploitation funéraire (inhumations, cérémonies, renouvellement des concessions, etc.) et protection patrimoniale semble encore très difficile en France. Les sensibilités différentes, la méconnaissance du sujet, mais surtout la lente mise en place d’un point de vue légal de procédures sont autant d’éléments qui poussent à renoncer à tout type d’intervention.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire, à notre échelle ?

En tant qu’usager et propriétaire d’une sépulture, on peut déjà entretenir cette dernière pour assurer la pérennité du matériau. Il ne s’agit pas de venir tous les jours frotter la pierre, mais simplement d’y penser et de suivre les indications précisées dans le « petit guide à l’usage des personnes souhaitant entretenir une sépulture » édité par le ministère de la Culture et de la communication et le Laboratoire de recherche des monuments historiques (lien ici.).

On peut aussi demander à sa commune si elle remet à la vente des monuments anciens. Cette opération présente les avantages suivants : protection du patrimoine local par la réutilisation, coût moindre pour un monument car achat d’occasion, impact environnemental moindre puisque les matériaux proviennent du même cimetière et ne sont pas importés. De plus, si vous êtes intéressés par un monument ancien pour votre future dernière demeure, baladez-vous dans les cimetières de votre commune et soyez à l’affut : certaines sépultures en procédure de reprise par la collectivité pourraient être mises en vente par la suite. Certains cimetières proposent la vente aux enchères ou encore la vente à l’euro symbolique de chapelles funéraires anciennes par exemple.

Enfin, il ne faut pas hésiter à visiter les cimetières quand vous voyagez. Ce sont des lieux faits pour les vivants et c’est le meilleur endroit pour connaître l’histoire locale, puisque toutes les personnalités sont en théorie enterrées au cimetière communal. Des visites guidées, des spectacles, des évènements divers peuvent être organisés par l’Office de Tourisme de la ville ou le service funéraire directement. D’ailleurs, à la fin mai est organisé le Printemps des cimetières dans différentes communes (pour plus d’informations : printempsdescimetieres.org ). C’est le moment de découvrir le patrimoine funéraire !

Contact :
Alexandrine.espinasse@gmail.com
LinkedIn : Alexandrine Espinasse

Sources

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ARIES Philippe, 1978, L’Homme devant la mort, Paris, Seuil, 642 p.

BERTRAND Régis, VOVELLE Michel, 1983, La ville des morts, Essai sur l’imaginaire urbain contemporain d’après les cimetières provençaux, Marseille, Centre national de la recherche scientifique, Éditions du CNRS, 209 p.

BERTRAND Régis, 1991, « Pour une étude géographique des cimetières de Marseille », Méditerranée, Marseille et l’aire métropolitaine hier et aujourd’hui, tome 73, p. 47-52.

CHEVRIER Marie-Hélène, 2016, « Pèlerinage, développement urbain et mondialisation : l’exemple de Lourdes », Géoconfluences. URL.

CHOAY Françoise, 2007, L’allégorie du patrimoine, Paris, La couleur des idées, Seuil, 272 p.

Code Général des Collectivités Territoriales. URL.

DALBAVIE Juliette, 2014, Entre patrimoine et mémoire collective, la tombe de Georges Brassens, Questions de communication, n°22. URL: http://questionsdecommunication.revues.org/6864

Équipe MIT, 2008, Tourismes 1, Lieux communs, Mappemonde, Belin, 320 p.

ESPINASSE Alexandrine, 2019, « Patrimoine et tourisme au cimetière monumental de la Chartreuse de Bologne », Géographie et cultures [En ligne], 110, mis en ligne le 27 novembre 2020. URL.

EYRAUD Céline, RIGOT Joseph, 2010, Vademecum - Construire le cimetière de demain, clés de gestion et de valorisation, Patrimoine Rhônalpin.

FAGNONI Édith (dir.), 2017, Les espaces du tourisme et des loisirs, Paris, Armand Colin, 480 p.

GIAMPOLI Michelangelo, Al di là dei limiti : Vita e trasgressione quotidiana al Père Lachaise a Parigi, thèse de doctorat, Università degli studi di Perugia et Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, février 2010.

HEINICH Nathalie, 2009, La fabrique du patrimoine, « de la cathédrale à la petite cuillère », Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 286 p.

INVENTAIRE GÉNÉRAL…, DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), 2020, Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valori­sation, Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, 365 p. (Documents & Méthodes). URL.

LASSERE Madeleine, 1997, « Le XIXe siècle et l’invention du tourisme funéraire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 44, n° 4, p. 601-616.

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LAZZAROTTI Olivier, 2013, « Patrimoine », in Jacques Lévy, Michel Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, p. 748-749.

« Les sites patrimoniaux remarquables », Ministère de la Culture. URL.

Pratique des opérations funéraires – Administration locale, 2018-2019, Editions WEKA.

« Protection au titre des « Monuments historiques » », Aides et démarches, Ministère de la Culture. URL.

« Protection au titre des monuments historiques du tombeau de Prosper Mérimée à Cannes », publié le 13.08.2019, Communiqué de presse, Ministère de la Culture. URL.

PROUST Alexandra, 28.07.2020, « Patrimoine et fiscalité. Quelle est la différence entre un bien classé et un bien inscrit ? », Le Figaro Propriétés. URL.

« Qu'est-ce qu'une concession funéraire ? », 28.09.2020, Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre). URL.


Crédits photographiques photos 1 et 3 : La Gazette du Patrimoine