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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

Cette publication relaie les combats de notre association.

Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Étudier, préserver et promouvoir les sièges français du XVIIIe siècle

Voici une autre forme du patrimoine en péril. C’est lors du Salon International du Patrimoine que nous avons rencontré Eric Detoisien, le Président de l’Association Sièges Français, et c’est tout naturellement que nous lui avons proposé de publier un article dans notre Gazette du Patrimoine. Car bien évidemment, la sauvegarde du patrimoine ne se limite pas au patrimoine bâti. Bravo pour cette initiative et longue vie à l’Association Sièges Français.


 


C’est une urgence patrimoniale forte qui a inspiré, il y a deux ans, la création de l’association Sièges Français. Cette association s’est donnée pour mission de sensibiliser à la préservation du mobilier du XVIIIe siècle.



Rien ne traduira mieux l’état d’esprit de notre association qu’une réaction de Walker Hancock, responsable en 1943 du « Programme de sauvegarde de l’art et des monuments », nommé par Eisenhower pour protéger le patrimoine au cours de la retraite allemande en 1943.



Hancock avait constaté que la Wehrmacht, occupant les châteaux, avait un peu partout utilisé le mobilier comme bois de chauffage. Il avait décrit ces procédés comme des signes désolants de la « barbarie ». Il est vrai que, dans la défense du patrimoine, le patrimoine monumental – et en général le patrimoine bâti – tend à monopoliser l’attention. Mais si protéger les monuments est évidemment légitime, il faudrait se garder d’en faire une exclusivité. De même, si le sauvetage d’une sculpture de Houdon ou d’un tableau de Rembrandt peuvent constituer une priorité, il est temps d’abandonner l’idée qu’il existerait une hiérarchie dans les arts qui se répartiraient en majeurs et mineurs.


Les arts décoratifs, dont l’appellation est insatisfaisante à plus d’un titre, ne doivent pas être jugés en fonction d’une différence de degré, mais de nature. Il est entendu que les beaux-arts produisent des chefs-œuvres qui peuvent – et même doivent – être considérés isolément, comme intemporels, et pour leur valeur d’échange. Les arts décoratifs, au contraire, n’existent qu’en interaction, pour leur valeur d’usage – meubler, décorer, agencer –, et comme expression caractéristique de l’état de la société à une époque donnée. Mais c’est justement ce qui fait d’eux un témoignage irremplaçable. Enfin, peut-on l’ignorer depuis Le Brun? - les arts décoratifs ne sont pas dissociables des beaux-arts. Derrière le Régence, il y a Watteau.



Le beau mobilier du siècle des Lumières a atteint un raffinement tel, qu’on ne peut lui refuser le nom d’art. Mais il est excessivement remarquable surtout en ceci, qu’il donne une idée de cette qualité que, dans le monde, on s’accorde à déférer aux Français : le goût. Ce goût traduit l’interaction de l’élite et du peuple concourant en même temps à obtenir une harmonie intime qui coïncide, avec une intuition toute personnelle, idiosyncrasique, du beau. L’architecture intérieure, les arts décoratifs donnent en quelque sorte un sens à l’espace vécu, en lui restituant sa dimension humaine, d’usage, qui augmente l’intérêt esthétique par l’émotion. Quand on meuble la maison de Corneille à Rouen ou le pavillon de Balzac à Passy, le mobilier, tout modeste qu’il soit, suscite chez les visiteurs une nostalgie, le sentiment intense d’une « présence du lointain » qu’ils n’éprouvent pas facilement face à des ruines, seraient-elles celles du Parthénon, ou des murs dénudés. La raison est simple : les arts décoratifs recentrent l’art, l’architecture, l’histoire, par définition centrifuges, sur l’homme. Et ce goût, dont nous avons parlé, est précisément l’articulation du corps vivant, dans sa singularité, avec toutes les structures symboliques, mais aussi sociales et historiques du patrimoine.



Or le mobilier du XVIIIe siècle est aujourd’hui en péril. D’abord en péril d’oubli, ce qui est la condition d’un péril plus grand : la destruction, pure et simple. Ainsi, il y a en proportion, très peu de recherches effectuées sur les arts et techniques mobiliers du XVIIIe siècle. Peu d’études aussi sur les échanges artisanaux à l’échelle du continent.



Pourtant, la France fut le creuset fantastique où se fondirent après Colbert, les talents des verriers vénitiens, des ciseleurs florentins et des ébénistes allemands, pour porter à son plus haut degré le goût français à travers les arts décoratifs. L’étude du mobilier des Lumières souffre aussi d’une indifférence plus générale, et qui ne touche pas qu’elle. Cette indifférence est celle d’une époque, qu’il faut espérer passagère, et que Jean Dutourd qualifiait de « siècle des Lumières éteintes ». Selon Dutourd, « l’humanité infantile du IIIe millénaire », entièrement préoccupée de technologie pour la technologie, de jouets absurdes et de satisfaction sans limite de ses besoins immédiats, « montrerait toutes les insuffisances et les vices des enfants » et se désintéresserait complètement de l’héritage du passé, quand elle ne s’arme pas de prétextes fallacieux pour carrément le détruire. Peut-être ce jugement était-il exagéré. Il n’en comporte pas moins une part de vérité. Et le patrimoine s’en trouve d’autant plus menacé qu’il est institutionnellement peu protégé, et matériellement délicat et fragile comme le mobilier.



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Association Sièges Français


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