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Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Deux-Sèvres : peinture médiévale contre projet de démolition. Qui sera le gagnant?

Allons nous assister à un nouveau patrimonicide, ou le bon sens l’emportera-t-il? C’est la question qui nous anime depuis quelques jours, suite à la découverte d’une peinture murale médiévale dans l’ancienne boucherie de Saint-Maixent-l’École.



Nous avions, il y a quelques semaines, évoqué l’avenir incertain du bâtiment, menacé de démolition au profit d’un projet immobilier. C’était sans compter sur l’acharnement de l’Association pour le Développement de l’Archéologie sur Niort et les Environs (ADANE), dont la présidente, Marie-Claude Bakkal-Lagarde, est également déléguée départementale d’Urgences Patrimoine.



Depuis 2019, cette dernière surveille le projet de démolition de très près, car elle trouve inconcevable la démolition de cette boucherie, qui arbore encore fièrement son enseigne datant du XIXe.



Cet acharnement a été heureux, car l’édifice avait bien des secrets à livrer. En effet, très discrètement, à l’abri des regards, une peinture murale du XVe siècle attendait sans doute l’âme bienveillante qui viendrait la sauver. Enfin… la sauver reste une hypothèse, puisque la municipalité minimise la découverte et s’obstine à vouloir démolir l’édifice pour créer des logements sociaux.



D’ailleurs, malgré l’autorisation donnée par l’actuel propriétaire à l’ADANE pour aller sécuriser les lieux, les adhérents se sont fait « sortir » par la police municipale.




Pourtant, il n’y avait pas effraction, puisqu’il y avait autorisation, mais visiblement, à Saint-Maixent-l’École, la municipalité préfère le béton aux édifices médiévaux, même quand ces derniers possèdent un intérêt artistique et historique majeur. Intérêt qui pourrait-être un vecteur de développement économique et touristique pour la commune. Mais il est vrai que les touristes adorent visiter des logements sociaux et des parkings, c’est bien connu !



En attendant de savoir qui aura le dernier mot, voici un résumé de « l’affaire de la boucherie ».



Découverte exceptionnelle d’une peinture murale du XV e siècle à Saint-Maixent-l’École.



Depuis 2019, des grilles sécurisent les passants. Sa devanture en bois interpelle. L’enseigne ne fait aucun doute, on peut lire « boucherie Griffier ». Fondée vers 1876, ses caves voutées, d’époque médiévale, servirent d’abri à 50 personnes contre les bombardements aériens lors de la seconde guerre mondiale. Dans sa cour, entourée de hauts murs de 7 à 8 m, se trouve un bâtiment ruiné, éventré, sans toiture.



Précisons que « notre boucherie » est plus ancienne que la boucherie Pinson de Chartres, construite en 1892 et inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques depuis le 4 octobre 2006.




S’inquiétant du sort de cet établissement, en mars 2020, l’Association pour le Développement de l’Archéologie sur Niort et les Environs (ADANE) se fait communiquer l’arrêté de péril ordinaire et contacte le propriétaire résidant à l’étranger. C’est la période de confinement, il ne donne pas suite.



Mais la présidente Marie-Claude Bakkal-Lagarde et des adhérents entament alors des recherches historiques et envisage son acquisition. Récemment, le risque n’étant pas totalement levé, l’affaire devient urgente. Consulté, le 15 septembre, le nouveau maire M. Stéphane Baudry indique à l’ADANE porter un projet immobilier de 3 logements sociaux, consistant en la démolition totale du bâti existant, dont les éléments médiévaux conservés en retrait de la façade sur la rue, avec construction d’un ensemble neuf. Il a confié ce dossier à l’Immobilière Atlantic Aménagement (IAA) pour acheter le lieu et demandé l’avis de l’architecte des bâtiments de France (ABF) sur l’opportunité de conserver les façades situées dans le périmètre protégé de l’abbatiale.



Mais la découverte exceptionnelle pour notre territoire n’a pas pignon sur rue ! Une photographie faite à partir d’un mur mitoyen fit sa révélation. Retravaillée avec un logiciel photographique, la peinture murale polychrome laisse apparaitre deux personnages partiellement visibles sous un badigeon de chaux blanche, lessivé par la pluie depuis plusieurs années. En haut, portant son nimbe crucifère et tenant dans sa main gauche le globe terrestre, on reconnait aisément le Christ sauveur du monde.



L’ADANE informe la DRAC de Nouvelle Aquitaine le 27 septembre, l’annonce au propriétaire actuel, le 2 octobre 2021. Simultanément, elle sollicite Mme Alexandra Sobczak-Romanski présidente d’Urgences patrimoine, qui transmet le cliché à Mme Sabine de Freitas, spécialiste et restauratrice de peinture murales médiévales (Conservatoire Muro dell’Arte) .



Mme de Freitas confirme la datation du XV e siècle. Elle souligne le caractère exceptionnel du fragment et précise la scène. Elle représente Saint Christophe tenant son bâton pour faire franchir le fleuve au Christ sauveur du monde. La peinture s’étend à gauche où l’œuvre est encore recouverte de chaux. À l’écart de la scène un visage apparait. Ce pourrait être celui de l’ermite. La spécialiste transmet sa note technique à la DRAC qui diligente une visite des lieux en présence du maire.




Sensible au patrimoine, le propriétaire des lieux, qui vit en Angleterre, mandate l’ADANE pour sécuriser les lieux et faire le nécessaire en vue de la restauration-reconstruction. Cette autorisation d’accès de l’ADANE est déposée en mairie le mercredi 13 octobre et confirmée par le propriétaire par mail adressé au maire le dimanche soir, en réponse au sien.



Le maire continue pourtant ses démarches en faveur de « son » projet immobilier et somme le propriétaire de vendre à IAA sous menace de pénalités. Malgré l’intérêt que porte alors la DRAC à l’ensemble de l’îlot face au portail occidental de l’abbatiale, il semble s’obstiner à vouloir minimiser l’importance de cette découverte.



Lundi après-midi, alors que les adhérents de l’ADANE sécurisent l’intérieur menant à la peinture, leur activité est interrompue et ils sont extraits de la propriété manu militari par la police municipale.



Suite à cet épisode, la venue de la spécialiste des peintures murales prévue le lendemain a été annulée. Madame de Freitas devait venir faire les préconisations en vue de protéger l’œuvre des intempéries après retour et conclusions de la DRAC. Annulation judicieuse, puisqu’un policier municipal gardait la porte interdisant tout accès.



Au-delà de ces péripéties, on serait tenté de dire que des peintures murales du XVe siècle ne sont pas rares dans les églises. Certes, mais ici, il ne s’agit pas d’un édifice religieux mais d’une résidence privée ou une halte pour les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, avec un petit oratoire.



Nous sommes donc devant une découverte rare d’une grande valeur historique et patrimoniale. Qui plus est, la ville ayant subit les ravages des guerres de religion, l’abbaye presque entièrement détruite, fut reconstruite, cette peinture reste alors le seul témoin connu de l’époque précédent ces événements.



Quel avenir pour ce lieu ? Comment préserver ce patrimoine ? Les questions fusent et restent en suspend. L’hiver arrive, la tempête Aurore des jours passés et les suivantes, ou bien de malencontreuses décisions, ruineront irrémédiablement peut-être cette découverte exceptionnelle.



Informations complémentaires :


Mme Marie-Claude Bakkal-Lagarde Présidente fondatrice de l’ADANE


(Association pour le Développement de l’Archéologie sur Niort et les Environs)


11 rue de l’Aumônerie 79260 La Crèche



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