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  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Les Jeunes s’engagent : Aurélie Benedetto s’engage pour le patrimoine de Tende

Alors que l’arrière-pays Niçois est encore en partie coupé du monde, une jeune fille originaire de Tende a décidé d’agir pour le patrimoine de son village en pensant « au monde d’après ». Certains verront là une démarche prématurée, alors que les défenseurs du patrimoine y verront un geste symbolique et plein d’avenir. D’autant plus symbolique qu’il est initié par une très jeune personne.



Ce sera donc un plaisir et un honneur pour Urgences Patrimoine d’accompagner Aurélie Bénedetto dans ses projets de restaurations et de réhabilitations du patrimoine de Tende, notamment à travers notre opération Solidarité Patrimoine.



Aurélie Bénedetto est une jeune étudiante en master d’Histoire originaire de Tende et souhaitant aujourd’hui mettre sur pied un projet visant à sauver son village victime de la tempête Alex du 2 octobre 2020. En sauvant le patrimoine de Tende, elle espère insuffler un nouvel élan touristique susceptible d’attirer les visiteurs dans son village et ainsi faire reprendre l’économie particulièrement mise à mal depuis quelques années dans la haute Roya. Aurélie nous présente son action :


Alors que les discussions concernant l’avenir de la vallée de la Roya s’accélèrent un peu plus chaque jour, cinq mois après la catastrophe du 2 octobre 2020, la situation sur place n’a pas évolué de la même façon pour tous les villages de cette vallée « encaissée ».



Alors que le village de Breil-sur-Roya trouve une échappatoire vers la méditerranée par le Col de Brouis, le reste des villages de la vallée reste soumis à des convois ayant lieu trois fois par jour, pour aller se ravitailler autant que faire se peut sur le littoral.



Malgré ces convois, la situation est loin d’être revenue à la normale pour tous les villages de la vallée, le hameau de Casterino étant encore à ce jour pratiquement coupé du monde. Alors que la ligne de chemin de fer Cuneo-Nice (initialement vouée à disparaître car jugée trop peu rentable aux yeux de ses exploitants) semblait être devenue la meilleure voie d’accès vers cette vallée sinistrée, voilà qu’un glissement de terrain, lié aux fortes intempéries d’octobre, menace d’emporter le pont de Fontan, crucial pour le passage du train dans la vallée.


Le tunnel du col de Tende, vieux de 138 ans, est l’autre grande victime de cette catastrophe et renforce d’autant plus la condition d’enclavement des villages de Vievola et Tende. Cet important axe routier, où passait il y a seulement quelques mois des milliers d’automobilistes italiens descendant sur la Côte d’Azur, ne se résume aujourd’hui qu’à une gigantesque gravière ayant d’ailleurs avalée une majeure partie du hameau de Vievola.



Si cette catastrophe semble poser énormément de questionnements quant à la remise en place d’un accès terrestre jusqu’à ces villages de la haute Roya, la grande interrogation de la continuité et de la relance économique de ces villages sera primordiale dans les mois et années à venir.

Étant une enfant du pays, j’ai passé l’intégralité de mon enfance à Tende, village dans lequel ma famille y était établie depuis 1919, date à laquelle mon arrière-grand-père décida d’ouvrir sa propre boulangerie. Comme beaucoup de personnes du village, j’ai grandi entourée de ce patrimoine, de ces traditions et de ce folklore dont je n’ai compris la singularité qu’en grandissant. Mes études d’Histoire m’ont également poussé dans cette direction et m’ont amené à m’interroger sur le potentiel touristique de ce village si particulier.



L'histoire de Tende prend racine au dernier quart du 1er siècle avant J.C, lors de la conquête de la Gaule Cisalpine par Auguste. Le nom de « Tende » provient d'ailleurs très probablement du terme italien « Tenda » signifiant « tente », faisant donc allusion au campement établi par les troupes romaines à cette époque-là. Alors que le village appartient au comté de Vintimille depuis le XIe siècle, en 1261 Guillaume-Pierre I de Vintimille épouse Eudoxie Lascaris, sœur de l'empereur grec d'Orient, Jean IV Lascaris, donnant ainsi les Lascaris de Vintimille. Cette alliance laisse des traces encore visibles aujourd'hui puisque c'est grâce à elle que le village arbore sur son étendard l'aigle à deux têtes du grand Empire Byzantin. De ce mariage naît Béatrice Lascaris (1370-1418), héroïne éponyme de l'opéra de Bellini Béatrice de Tende retraçant sa vie. En 1574, la maison de Savoie acquiert le village et le garde jusqu'en 1861 où Victor-Emmanuel de Savoie devient Roi d'Italie. Tende devient donc une bourgade italienne à ce moment-là. Finalement, le village ne sera rattaché à la France qu'en 1947 par le traité de Paris avec les communes de la Brigue et de Saint-Dalmas, faisant de cet espace le dernier à intégrer la République Française. De tout temps, Tende a été un lieu de passage important puisque la vallée de la Roya relie le Piémont italien à la Ligurie. Ancienne Route du Sel, aujourd'hui la vallée de la Roya représente un axe européen majeur reliant l'Italie du Nord au Sud de la France. 



Par ce bref résumé historique, il est facile de comprendre toute la portée et l’importance que doit avoir le tourisme dans un lieu aussi chargé d’histoire. Il serait d’ailleurs compliqué de faire une liste des monuments s’y trouvant tant elle serait longue entre le réseau des fontaines et lavoirs, la Collégiale, les chapelles des pénitents ou encore les ruines de l’ancien château.

Bien que pour certains mon projet de relance économique par le biais du tourisme puisse paraitre prématuré, je pense au contraire qu’il tombe à point nommé. Et pour cause : pour la première fois depuis des décennies, la France redécouvre que sur son territoire se trouve un petit espace transalpin nommé Tende, français que depuis 73 ans ! Quelle stupeur ! C’est aussi la première fois en 73 ans que mon village est autant médiatisé, certes pour de mauvaises raisons. Mais pour la première fois depuis si longtemps, nous nous sentons enfin entendus et vus. Pour la première fois aussi, nous découvrons toute l’ampleur du mot « solidarité » et le sentiment d’appartenir à une nation unie qui du fin fond de la Bretagne ou de l’Alsace fait parvenir jusqu’à nous une aide spontanée et désintéressée.



Même si la priorité absolue reste l’urgence humaine, je crois profondément en l’idée que penser l’avenir est un moyen important de garder espoir et de continuer à se battre. Les Tendasques se battent d’ailleurs au quotidien pour rester à Tende malgré les difficultés actuelles, le difficile accès à la côte ou encore la désertion des commerces dans le village. Malgré tout, ils restent parce qu’ils aiment pleinement Tende, parce que c’est chez eux. À mon tour, je veux apporter ma pierre à l’édifice et participer au « Tende de demain ».

Tende est déjà un village qui vit du tourisme, notamment celui de la vallée des Merveilles et du parc du Mercantour dans lequel nous nous situons. Cependant, je crois au potentiel du centre historique et médiéval du village. Si nous favorisons un tourisme au cœur même de Tende, c’est toute l’économie du village qui pourrait en bénéficier. En outre, aux vues de la conjoncture actuelle, la commune n’est plus en mesure d’assurer la reconstruction de ses infrastructures et encore moins de pourvoir à la rénovation de son patrimoine. C’est pourquoi, j’ai lancé dès le mois de novembre une cagnotte dans l’espoir de sauver mon village natal, cagnotte ayant récolté 1920 euros au total. Même si cette somme nous permettra de rénover quelques petits édifices, notamment la fontaine du Bourg Neuf ayant échappé de peu au torrent de la Roya, il tombe sous le sens que nous avons encore besoin d’aide pour remettre en état l’ensemble du patrimoine du village.


Souvent, j’entends les Tendasques dire que le patrimoine du village n’est pas mis en valeur et reconnu comme il devrait l’être. Par cette action, j’espère enfin pouvoir les voir fiers et heureux d’un village ayant retrouvé sa splendeur d’antan.

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