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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

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Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Montagnac (34) : assigné en justice pour avoir sauvé la chapelle des Augustins

Le 16 mai, Olivier Fury est convoqué devant le Tribunal Correctionnel pour avoir sauvé de la ruine totale la chapelle du domaine qu’il a acquise en 2011.


 


Cet amoureux des vieilles pierres, qui souhaitait acquérir un bien immobilier à Montagnac, charmante petite commune de l’Hérault, s’est vu, à l’époque, presque dans l’obligation d’acquérir en plus du bâtiment principal, cette chapelle du monastère des Augustins, alors à l’état de ruine.


Comme il est passionné, il a accepté de relever le défi et depuis qu’il en est propriétaire, il a consacré son temps et son argent à offrir une nouvelle vie à un édifice qui était condamné.




Condamné, c’est peut-être ce que sera Olivier Fury demain, car la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles ) a déposé une plainte pour absence de demande d’accord préalable pour les travaux.


 


La chapelle étant inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 2009, le propriétaire avait obligation de demander toutes les autorisations nécessaires aux services concernés pour entreprendre le chantier de restauration, mais il ne l’a pas fait.


 


Certes, nul n’est censé ignorer la loi, et effectivement, sur la forme, cette assignation est justifiée, mais sur le fond ?


 


En effet, s’il ne l’a pas fait, c’est en partie parce que nous savons tous que les délais d’instruction de ce genre de dossier sont interminables, non pas par manque de compétences des services, mais sans doute par manque de moyens humains. De plus, les cahiers des charges sont extrêmement stricts et ce qui est parfois imposé aux propriétaires en termes de travaux est difficilement réalisable lorsqu’il s’agit d’un édifice qui ne tient presque plus debout, ce qui était le cas de la chapelle d’Olivier.


 


Ce que la DRAC lui reproche également, c’est d’avoir réalisé un magnifique sol en béton ciré, alors qu’en lieu et place, il n’y avait qu’un sol en ciment très dégradé.



Pourtant, tous les ans, l’Architecte des Bâtiments de France s’est rendu sur le chantier, comme nous le précise Olivier Fury : « il faut souligner que les ABF sont venus chaque année pendant la rénovation et n'ont jamais fait une seule remarque sur le travail effectué.  Notre seule obligation était de protéger les peintures des chapelles et les sculptures sur plâtre, qui d'après eux avaient un grand intérêt. D'ailleurs, lors de l'inscription, Monsieur Dreyffus, ABF, a écrit que : seules les chapelles ont un intérêt remarquable ... le reste de l'église ne mérite pas une inscription, comme l’atteste l’extrait du document ci-dessous ».


 


 Alors, certes, le béton ciré n’existait pas au XVIIe siècle époque de construction de l’édifice (datation d’après la DRAC, l’édifice étant sans doute un peu plus ancien ), mais le béton non plus. Il faut dire que la chapelle avait été en grande partie détruite par deux fois, et qu’elle avait été restaurée (sans doute avec les moyens du bord) à la fin du XIXe siècle, avant d’être laissée à l’abandon dans les années 1970.


 


Les travaux ont été titanesques, et du sol au plafond Olivier Fury a fait ce qui lui a semblé bon de faire pour redonner vie « à la vieille Dame », en la sauvant d’une mort certaine.


La question que nous nous posons aujourd’hui est la suivante : faut-il traiter un dossier de restauration d’une ruine, comme on traite un dossier de restauration d’un édifice qui n’est pas menacé de disparition ?


 


Nous voyons, de plus en plus dans nos combats, que des avis favorables à la démolition de certains Architectes des Bâtiments de France sont émis au prétexte que l’édifice concerné est en trop mauvais état (le plus bel exemple étant « Notre » chapelle Saint-Joseph à Lille).


 


Nous comprendrions la démarche contestataire des services de l’État si Olivier Fury avait demandé des subventions publiques, mais ce n’est pas le cas.


 


360.000 euros, c’est ce qu’il a investi dans cette restauration, sans bénéficier d’un centime d’argent public.


 


Roselyne Bachelot, à l’occasion de ses « délires » contre le patrimoine religieux en début d’année, avait souligné qu’il faudrait que les citoyens sensibles à ce patrimoine se retroussent les manches et agissent, car l’État ne pouvait pas payer pour la restauration de tous les édifices en danger. Olivier Fury a donc « devancé l’appel » et a fait son devoir de citoyen engagé pour sauver cette chapelle, qui est désormais une des plus belles du département.


 


Il est également important de souligner que la démarche d’Olivier n’était pas une démarche égoïste, puisque son but est avant tout de l’ouvrir au public, aussi bien dans le cadre de manifestations culturelles, que pour y prier, puisqu’il semblerait que la chapelle n’ait jamais été désacralisée.


 


Le comble de l’ironie, c’est que Madame Brigitte Macron, elle-même, avait envoyé ses félicitations pour cette sauvegarde exemplaire, sans parler des honneurs qu’il a reçus du maire ou de la députée de sa circonscription, tous heureux de voir revivre ce marqueur fort de l’identité du territoire permettant d’en développer l’attractivité.  



Nous verrons donc demain ce que le tribunal décidera, mais une chose est certaine, si Olivier Fury est condamné par la justice, il condamnera les ouvertures de la chapelle, et ne fera jamais partager ce lieu chargé d’histoire avec quiconque.


 


Restons optimistes : avec un dossier « béton », la justice devrait être clémente avec ce fervent défenseur du patrimoine.


 


Nous ne manquerons pas de vous tenir informés du verdict de l’audience.

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