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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

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  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Le Musée de la Typographie de Tours : trésor en péril


Installé dans 70 m², 15 rue Albert Thomas, à Tours, tout à côté de la Cathédrale, le Musée de la Typographie est l’œuvre d’un ancien typographe de 80 ans. « Attrape-science » dès ses 14 ans, il deviendra compositeur typographique, enseignera dix ans ce métier et accumulera une prodigieuse collection qu’il entretient, restaure et fait fonctionner, pour le plus grand bonheur des nombreux touristes en route pour les Châteaux de la Loire ainsi que les classes de tous niveaux dont les maîtres ont pu exploiter tous ses trésors d’écriture manuelle ou mécanique.

Tours et la typographie


Muriel Méchin, tel est son nom, rappelle à tous ses visiteurs le passé prestigieux de la Touraine dans le domaine de la typographie : Nicolas Jenson, maître graveur de monnaie à Tours passera 4 ans à apprendre la typographie à Mayence, aux côtés de Johann Fust et Peter Schoeffer, avant de s’installer à Venise, probablement par méfiance envers Louis XI qui a installé au Château du Plessis, à côté de Tours, sa capitale.


Au siècle suivant, Christophe Plantin, né à Saint-Avertin, fera fortune à La Haye où il imprimera la première Bible en 4 ou 5 langues et où son imprimerie est devenue un superbe musée.

Abraham Bosse, né à Tours, sera l’un des meilleurs graveurs du XVIIe siècle. La Musée possède d’ailleurs plusieurs éléments d’une presse taille-douce contemporaine.



Balzac, né à Tours, sera d’abord fondeur de caractères, avant de faire faillite et de voir ses actifs rachetés par la Duchesse de Berny, qui la laissera administrer par son fils, celui-ci en fera la dernière fonderie de caractères française, Deberny-Peignot qui fermera dans les années 80.



Et à la fin du XIXe siècle, l’Imprimerie Mame de Tours sera la plus grande imprimerie d’Europe avant de disparaître à cause de mauvaise gestion et du Concile Vatican II. Elle avait l’exclusivité de l’imprimerie en latin…

Enfin, pour l’anecdote, M.Méchin racontera qu’Augustin Mouchot recevra en 1871 du Conseil général de Tours une subvention, grâce à laquelle il réalisera quelques années plus tard  un récepteur solaire pour actionner une machine à vapeur lui permettant d'imprimer un journal. 



Les trésors du Musée


Le Musée garde des souvenirs de ces années prestigieuses, et pas seulement dans les discours de M. Méchin. Celui-ci fait fonctionner une presse à épreuve, deux « Hirondelles », des presses à pédale de 1880, une presse à bras « Reliance » de Chicago, celle qui figure en couverture de l’album de Lucky Luke Le Daily Star, car elle raconte le développement des journaux dans l’Ouest américain. Il dispose aussi de nombreuses presses « Coup de Poing », une Boildieu de table, une presse à Braille, de rares moules à arçons pour fondre les caractères, toute une collection de petites presses de table permettant d’imprimer soi-même ses cartes postales, sans compter des machines plus rares encore, telles deux machines à imprimer les fils électriques et un superbe pantographe, permettant de réaliser des gravures. On peut voir aussi au musée une monotype en parfait état.



Et pour composer avec tout cela, il dispose de nombreuses polices de caractère, une superbe collection de lettrines, d’initiales entrelacées, et de plusieurs casses de caractères à combinaisons, Super Veloz, particulièrement rares et qui permettent d’inventer des caractères grâce à l’association de différentes formes. Le Musée est riche aussi de nombreux bois gravés, dont une belle collection des personnages de la Comédie Humaine de Balzac, des bois originaux, ainsi que des bois de l’édition de l’ « Histoire de Napoléon » de Norvins. Notons aussi un bois de Gustave Doré, un superbe « Tzar Nicolas II », un célèbre « Marcel Proust » très connus eux aussi. Enfin, on peut noter un bois remarquable représentant une musicienne dessinée par Uttagawa Kuniyoshi, l’un des trois grands maîtres japonais de l’estampe sur un bois, qui a été ramené à la hauteur typographique, et de ce fait, on peut supposer qu’il soit daté d’avant l’ouverture du Japon à l’Occident et à ses normes en 1853.



Le Musée est même devenu trop petit pour exposer l’impressionnante collection d’ouvrages sur la typographie, la gravure, la lithographie, l’écriture, que M. Méchin continue d’ailleurs régulièrement d’enrichir.



Le devenir du Musée


Trois mois de fermeture ont compromis le devenir du Musée. Ce sont les dons recueillis auprès des visiteurs et accompagnant les différents produits réalisés par M.Méchin qui lui permettent d’honorer son loyer ainsi que l’assurance du local, ainsi que ses participations à différents salons comme l’Art au Quotidien. Depuis trois mois, M. Méchin n’a que sa retraite de typographe pour y pourvoir. Par son côté « atypique », il ne peut prétendre aux aides gouvernementales ou locales destinées à ces fins.

C’est pour cette raison qu’une « Cagnotte » Leetchi a été lancée ICI.



Vous pouvez aussi adresser vos dons par chèque directement à :



La Typographie d’Antan


28 rue du 11-Novembre


37520 La Riche.



Il est possible enfin d’acquérir l’un ou l’autre de ces ouvrages réalisés en typographie par M.Méchin à cette même adresse au prix de 20 € l’unité.

A très court terme aussi se pose la question du devenir du Musée. M. Méchin a 80 ans. Il a proposé son fonds pour 50.000 € à la Ville de Tours, s’engageant à former le personnel municipal qui s’occuperait du Musée. Faute de solution, ce trésor sera dispersé sous le marteau de commissaires-priseurs qui ont déjà manifesté leur intérêt pour ces richesses patrimoniales.

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