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  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Non au mur de la Paix avenue de Breteuil : un collectif de riverains s’oppose à son implantation

La Ville de Paris a décidé de construire un nouveau Mur pour la Paix sur la pelouse de l'avenue de Breteuil (partie 15ème arrondissement).



Un premier Mur pour la Paix, censé être provisoire, avait été installé devant l'École Militaire (Monument Historique classé) en 2000. Il a occupé illégalement le Champ-de-Mars pendant 20 ans. Menaçant de s'effondrer sur le public, du fait du manque d’entretien, des dégradations et d’actes de vandalisme, il a été détruit en juin dernier, à la suite d’une décision de la Cour administrative et d’un arrêté de péril du Préfet.



La Ville de Paris, quant à elle, préfère parler d’un « déplacement » qui serait un simple effet secondaire du projet du Grand Palais éphémère... Or, dans ce dossier très épineux, la Ville de Paris n’est pas transparente en matière de propriété, de transfert de propriété, a fortiori d’acquisition, de destruction, de reconstruction, voire de nouvelle commande publique…



Les habitants du quartier ont découvert fortuitement qu’un nouveau projet de Mur pour la Paix était prévu et devrait prendre place, définitivement cette fois-ci, avenue de Breteuil, dans la perspective historique des Invalides. Le permis de construire a été délivré.



L’emplacement choisi pour ce Mur, à savoir les pelouses de l’avenue de Breteuil, alerte, a minima, à trois niveaux : patrimonial, environnemental et social.



Patrimonial


L’avenue de Breteuil a été percée en 1680, au moment de la construction de l’hôtel des Invalides, et prolongée jusqu’à la rue de Sèvres au XIXe siècle. Depuis le XVIII e s, les urbanistes et les architectes ont respecté cette percée majestueuse dans son intégralité, allant des Invalides jusqu’à la porte de Sèvres du mur des Fermiers généraux. Encadrée d’une double rangée d’arbres dès l’origine, elle n’a donc jamais été obstruée durant toute son histoire. La place de Breteuil, qui a été tracée en 1782, lors du percement de l’avenue de Saxe, est ornée depuis 1904 d’un monument en l’honneur de Louis Pasteur, conçu par Alexandre Falguière.



La construction de ce mur détruirait cette parfaite harmonie architecturale et paysagère. En effet, la façade de la cathédrale Saint-Louis, le dôme des Invalides (abritant le tombeau de Napoléon) et la statue de Louis Pasteur seraient masqués par une structure monumentale de verre et de métal de près de 10m de haut. L'avenue de Breteuil, qui est également classée au titre des sites naturels présentant un intérêt historique, pittoresque et artistique, serait altérée dans sa lecture depuis la rue de Sèvres. Illuminé, ce monument rendrait encore moins visible la perspective de nuit. Pour mémoire, la perspective de l’avenue donnant sur les Invalides est protégée.



Très régulièrement, de nombreux films sont réalisés dans le quartier et la perspective de l’avenue de Breteuil sert alors de décor aux tournages.



Environnemental


La promenade plantée de platanes de l’avenue de Breteuil est agrémentée, en son centre, de larges pelouses, qui font le bonheur des Parisiens et des touristes. C’est un îlot de fraîcheur en période de canicule. Dans sa partie méridionale, le programme « Végétalisons Paris », mis en place par la Ville de Paris, a permis aux habitants d’aménager des jardinets pour y pratiquer l’agriculture urbaine.



En matière de préservation de l’environnement, ce projet monumental éliminerait plusieurs centaines de m² de pelouse, dont 200m² au moins disparaîtraient sous une chape de béton. Cela impliquerait l’imperméabilisation du sol, donc la disparition de pleine terre, refuge de la biodiversité en ville, essentiel à la captation des poussières et des gaz polluants et au ralentissement de l’érosion. C’est la disparition d’un îlot de fraîcheur, indispensable au micro-climat urbain. De grandes parois de verre, exposées plein Sud, réverbèrent fortement les rayons solaires en période d’ensoleillement élevé. Les platanes bordant les pelouses, qui souffrent chaque été de manque d’irrigation et perdent leurs feuilles dès le mois de juillet, seraient alors exposés à une intense réverbération. Tous ces éléments contribueraient à créer un nouvel îlot de chaleur dans Paris…



Social


En matière sociale, de nombreux habitants de ce quartier et des quartiers alentours, densément peuplés, se pressent ici pour se détendre et pratiquer des sports collectifs et des jeux de plein air nécessitant de l’espace. Les écoles du quartier et les centres de loisirs utilisent les pelouses comme aires de récréation. Deux aires de jeux pour enfants sont situées à proximité immédiate du mur, qui est envisagé en plein milieu de cette partie de l’esplanade. Menacées par l’emprise au sol du monument (plusieurs centaines de m²), les aires de jeux seraient repoussées, ce qui réduirait de facto les pelouses avoisinantes, si le projet ne les supprimait pas purement et simplement...



Aucune étude d’impact (patrimoniale, architecturale, urbanistique, environnementale, sociale) n’a été produite, alors que le quartier est densément peuplé. Pour mémoire, le PLU de Paris est en cours de révision.



Aucune concertation n’a été faite, alors que la Ville de Paris prône sans cesse la démocratie participative.



La disparition d’une pelouse, îlot de fraîcheur urbain, est contraire à toutes les déclarations de la Ville de Paris, qui a pourtant fait de la préservation et du développement des espaces verts sa priorité absolue. Pour mémoire, un plan biodiversité (2018-2024) a été adopté par le Conseil de Paris en mars 2018.


En dépit de ces constats, un permis de construire a d’ores-et-déjà été délivré par la Ville de Paris.



Un collectif de riverains s’est constitué : le collectif SOS Breteuil. Il réunit les riverains opposés au projet d’implantation définitif de ce monument sur le site de l’avenue de Breteuil. Le collectif SOS Breteuil n’est ni contre la reconstruction du monument, ni sa symbolique, mais interpelle les élus afin qu’ils optent pour une réinstallation du monument dans un autre lieu, sur un site plus approprié et moins préjudiciable pour les usagers, la protection du patrimoine et les espaces verts.



Des élus se sont rapprochés du collectif pour lui apporter leur soutien.


En 30 jours, le collectif de Breteuil a recueilli près de 4000 signatures en ligne sur le site.




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