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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

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Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Abbaye Saint-Michel de Frigolet, la miraculée

Les incendies qui ravagent notre pays ont dévasté des milliers d’hectares de forêt, des dizaines d’habitations ainsi que de nombreuses structures touristiques. Parmi les miraculées des flammes, se trouvent l’Abbaye Saint-Michel de Frigolet, dont les parties les plus anciennes datent du XIIe siècle.



Située juste à côté de la commune de Tarascon, ce joyau du patrimoine n’est pas forcément le plus connu, mais sa perte aurait été dramatique pour le patrimoine national. Une perte également pour les chanoines prémontés qui la font vivre.




Un peu d’histoire 



Au coeur de la Montagnette, pas loin de Boulbon et de Barbentane, se dresse l'Abbaye Saint Michel de Frigolet, qui tire son nom du mot thym, le “férigoule” en provençal, qui pousse partout sur les collines.



D'abord simple prieuré qui aurait été fondé par les moines de Montmajour, elle a grandi avec l'implantation d'un chapitre de Saint Augustin et a connu son apogée au XIIème siècle. De cette période subsiste le cœur du monastère, le cloitre, l'église Saint-Michel et la chapelle romane Notre-Dame du Bon Remède bâtie antérieurement au XIème siècle.



A partir du XVe siècle, l'abbaye fut petit à petit abandonnée. Mais en 1635 des Hiéronymites s'installent et embellissent le prieuré délaissé. Ils ajoutent une salle du Chapitre et les salles attenantes dotées de leurs magnifiques voûtes de pierre. La chapelle Notre-Dame-du-Bon-Remède est ornée de son magnifique décor baroque.



Mais la Révolution a mis fin à tout ça et les lieux deviennent des biens nationaux.



Transformée en pensionnat en 1839, l'abbaye a accueilli le jeune élève Frédéric Mistral, lui-même recevant parfois son ami Alphonse Daudet.





Fermé deux ans plus tard, l'ancien prieuré est racheté par le Révérend Père Edmond et investi par des Prémontrés. Des pèlerins y viennent en masse et une église néogothique hautement décorée est édifiée, englobant la chapelle de Notre-Dame du Bon Remède. Une enceinte néo-médiévale est également construite – carrément fortifiée avec des tours, créneaux, courtines et mâchicoulis !



Le 6 juin 1869, le Pape Pie IX élève le prieuré de Frigolet au rang d’Abbaye. Malgré quelques aléas de la fortune qui les ont vu partir plusieurs fois, les Prémontrés ont réussi à regagner l'abbaye au XXe siècle et y résident depuis.



Aujourd'hui, en outre des visites, l'abbaye accueille pour des séjours de 8 jours maximum les gens désireux de retrouver le silence et la paix lors d'une retraite.



On ne peut pas parler de l'Abbaye de Frigolet sans parler de « l'élixir du révérend Père Gaucher » ou la liqueur Frigolet d'un beau vert doré, fabriquée avec les fines herbes de la montagnette.



Daudet, dans ses Lettres de mon moulin, s'est inspiré d'un moine de l'abbaye, un génie de l'alambic, le frère Calixte Gastinel.





La véritable histoire de cette liqueur diffère un peu de celle de Daudet. Oui, le Frère Gastinel distillait dans l'abbaye la liqueur, commercialisée sous le nom de Norbertine, du nom du fondateur de l'ordre, Père Norbert. Mais ce n'est que vers la fin du 19e siècle qu'une distillerie à Châteaurenard acquit la licence pour la fabriquer et adopte le nom donné par Daudet. Aujourd'hui, cette distillerie existe toujours. (cf : Site internet Avignon et Provence )




À noter qu’en 1632 Anne d’Autriche est venue ici afin de « demander un fils » et qu’en remerciement pour avoir été exaucée elle a doté l’édifice de riches boiseries.




Au-delà de la valeur cultuelle et spirituelle, c’est une page de l’histoire de France qui aurait pu disparaître dans les flammes.



Mais grâce au courage et même à l’héroïsme des pompiers, Frigolet a été sauvée et l’on peut, quand on voit la photo après que le feu ait été maitrisé, réellement parler de miracle.




Sans vouloir « casser l’ambiance », après cette sauvegarde miraculeuse, quelque chose nous interpelle.



En effet, une grande campagne de restauration est en cours et un appel aux dons a été lancé en 2021. Il ne fait nul doute que si l’Abbaye avait été fortement endommagée par l’incendie, alors les dons auraient afflué du monde entier. Faut-il à chaque fois attendre qu’un édifice brûle pour faire acte de générosité ?



Nous espérons sincèrement que cette sauvegarde miraculeuse éveillera certaines consciences, ne serait-ce que celle du Ministère de la Culture qui grâce à la réactivité de nos soldats du feu, n’aura pas gérer un nouveau dossier « Notre Dame » et saura faire preuve de générosité pour cette restauration, tout comme nos grandes fortunes françaises qui ont su se montrer généreux après le drame du 15 avril 2019.




Hélas, Saint-Michel n'est pas à Paris, et donc elle n’intéresse personne…



Même si Urgences Patrimoine est totalement étrangère à cette campagne de financement, nous avons avec cette Abbaye des liens très forts.


Alors pour ceux qui se réjouiraient de ce miracle, voici le lien pour faire un don.



En attendant, nous n’aurons jamais de mots assez forts pour exprimer notre reconnaissance à ceux qui, au péril de leurs vies, on sauvé cette abbaye.

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