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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

Cette publication relaie les combats de notre association.

Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Calais : la messe est dite pour « la chapelle »



Elle aura fait couler beaucoup d’encre depuis l’annonce de sa future démolition dans la presse. Mais après l’encre, ce seront les larmes des défenseurs du patrimoine Art Déco et, en particulier ceux qui défendent l’œuvre de Roger Poyé, architecte bien connu des Calaisiens, puisqu’il est l’auteur de plusieurs monuments classés —notamment la célèbre bourse du travail.



Une pétition a été lancée par deux enseignantes, les nièces de l’architecte ont écrit à Madame le Maire de la ville afin de demander que soit revu le projet de démolition (lire l’article) et même Stéphane Bern a contesté cette démolition. Mais cela n’a visiblement pas suffi.



Nous ne pouvons pas, hélas, mener tous les combats, mais si les défenseurs du patrimoine local nous avaient contacté, peut-être aurions-nous pu tenter une ultime action. D’autant plus que lorsque nous avons eu connaissance de l’affaire, un recours était encore possible.



On ne peut pas réécrire l’histoire.



En revanche, nous nous permettons de revenir sur les propos tenus par les élus pour défendre leur projet de démolition dans un article du journal La Voix du Nord du 9 juin.



Dans une question orale posée à la fin du conseil municipal, l’élu d’opposition Jean-Philippe Lannoy (Insoumis, liste « Respirer Calais ») a interpellé la maire au sujet du bâtiment de la rue des Soupirants, la chapelle, construit par l’architecte Roger Poyé. Ce site, qui fait l’objet d’un permis de démolir déposé par son propriétaire, le bailleur social Terre d’Opale habitat (TOH), a entraîné une pétition et une demande de maintien par différentes personnes, dont des membres de la famille de Roger Poyé (également architecte de l’ancienne maternité, la Bourse du travail, l’école maternelle Bossuet…).



« Il y a une mobilisation pour sauver ce patrimoine. Vous vous réfugiez derrière la décision de l’architecte des Bâtiments de France. Quelles sont les raisons précises de cette démolition ? Peut-on y surseoir ? », interroge Jean-Philippe Lannoy. C’est le premier adjoint Emmanuel Agius qui a apporté une longue réponse, refaisant un peu d’histoire…



« Le bâtiment est insalubre, non conforme à une habitation. »



Cette bâtisse a été érigée dans les années 30 et est devenue propriété de Terre d’Opale habitat en décembre 1977 (cession par la ville). Une résidence régulièrement squattée. « Le bâtiment est insalubre, non conforme à une habitation. Le taux d’humidité est épouvantable, il n’y a pas de chauffage, il n’est pas raccordé au tout-à-l’égout et il existe des trous béants dans le plancher, qui ne permettent plus à la chapelle d’être stable », explique l’élu de la majorité.



Selon le bailleur social, le bâtiment a été évalué à 50 000 € (y compris le prix de sa sécurisation). Sa remise en état serait « quatre à cinq fois supérieure à la construction d’un neuf », ajoute Emmanuel Agius. TOH veut y construire à la place, et selon les normes définies par les Bâtiments de France, une résidence de 15 à 20 logements sociaux. « La sous-préfecture, qui s’est manifestée, a aussi donné son accord pour la démolition », appuie le premier adjoint. L’immeuble doit être détruit cette année.



En résumé :



Toujours les mêmes arguments de la part des élus « démolisseurs » :bâtiment insalubre, restauration trop couteuse et nous avons besoin de construire des logements sociaux !



Sauf que là on pousse quand même le bouchon un peu loin en essayant de nous faire croire que la réhabilitation coûterait 4 fois plus cher que la démolition et la construction des logements sociaux.



D’ailleurs, à quand une grande campagne en faveur de la réhabilitation du bâti ancien pour en faire des logements sociaux ? Mais c’est un autre sujet.



Nous avons demandé l’avis d’un architecte concernant l’état de l’édifice, et il nous confirme qu’il n’y a pas d’importants désordres structurels. Certes il y a quelques fissurent, mais rien ne pouvant justifier la démolition.



Est-ce qu’une étude en faveur d’une réhabilitation a été faite ? Nous parions que non.



Mais on « invente » des chiffres, afin que le projet ne soit pas contestable.



Nous nous posons quand même certaines questions :



La ville a signé le permis de démolir avec la bénédiction (une fois de plus) de l’Architecte des Bâtiments de France. Mais si le bailleur social est propriétaire depuis 1977, pourquoi n’y a-t-il jamais eu de procédure de péril ou de constat d’abandon manifeste, puisque le bien se dégrade depuis de nombreuses années et qu’il provoque de nombreuses nuisances dans le quartier. Le rôle d’un maire n’est-il pas d’assurer la sécurité des biens et des personnes ?



Et pourquoi le bailleur social n’a-t-il pas entretenu son bien et n’a surtout jamais été rappelé à l’ordre ?



C’est facile de dire qu’un bien est insalubre quand on ne l’a jamais entretenu.



Ce genre de situation est devenue tellement banale, que plus personne ne s’émeut du sort de centaines de petits patrimoines de ce genre, que l’on acquiert pour en faire une « réserve foncière » et qu’on laisse pourrir jusqu’à ce que démolition s’en suive…



À l’heure où tout le monde semble découvrir l’intérêt pour le « petit patrimoine » pour nos territoires, il serait peut-être bien de se pencher sur le sujet sérieusement et pas uniquement en faisant des « effets d’annonce ».



En tout cas, « carton rouge » pour Calais, qui vient tout juste de recevoir le label « Ville d’Art et d’Histoire ».



Pour une première année de labellisation, cette démolition va faire joli dans le décor.

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