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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

Cette publication relaie les combats de notre association.

Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Cambrai : un bailleur social s’apprête à mutiler un patrimoine privé en toute impunité !

Nous avons pourtant vu des centaines de cas ubuesques — car la sauvegarde du patrimoine nous offre souvent un festival de « grand n’importe quoi », mais un cas comme celui-ci nous semble atteindre des sommets. Nous avons reçu un mail désespéré d’un propriétaire privé, amoureux du patrimoine, soucieux de sa sauvegarde et de sa valorisation, et qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la défiguration de son bien. Ce bien est pourtant le dernier vestige d’un passé industriel glorieux qui a fait connaître la ville bien au-delà de nos frontières.


Avec son accord, nous publions en premier lieu le courrier qu’il nous a adressé et qui « plante » bien le décor :



« Je suis le propriétaire du porche et de la porte cochère au 17bis rue Ernest Lepot à CAMBRAI.59400 Cette porte et ce porche étaient l'entrée des bureaux et magasin de la société « A la ville de Cambrai », fabrique de toile de batiste dont les produits ont été reconnus pour leur qualité en France et en Europe.




La famille Capliez a organisé à partir de 1850 une entreprise de commerce de lin, de la production à la vente par correspondance de produits de luxe. Nous sommes en possession de documents historiques attestant de l'importance de cette fabrique et de l'organisation de la vente par correspondance que les dirigeants avaient mis en place dès 1850. (carte postales, catalogues, contrat avec des représentants, correspondance avec grossistes, et autres techniques commerciales novatrices pour l'époque.)




Je me bats depuis 5 ans pour préserver ce patrimoine.



J’ai interpelé la presse locale en janvier 2020, ce qui avait fait tout d’abord réagir le Maire, mais la société Clésence travaillant régulièrement avec la mairie a fait valider par cette dernière en mon absence et sans que j’en ai connaissance ce projet de destruction du patrimoine dont je suis le propriétaire. Aujourd'hui la société Clésence, bailleur social, condamnée à réparer en première instance, s’apprête à détruire les moulures du XVIII et à saccager la porte cochère remarquable située dans le secteur classé de la cathédrale.



Je ne sais plus comment agir ? « Petit propriétaire » face à cette société et la mairie.



J’ ai fait appel des décisions du tribunal judiciaire de Cambrai, mais Clésence tente de profiter du temps judiciaire pour accomplir son œuvre de destruction alors qu’elle en a l’entretien à ses frais exclusifs (acte notarié).



Désespéré, j’espère que votre association pourra m’aider à la préservation de ce patrimoine cambrésien et régional et à empêcher la disparition des ultimes traces de la prospérité de la filière du  lin cambrésien.



Je peux vous faire parvenir des documents historiques, le livre retraçant l’histoire de cette fabrique et le projet de mon architecte.



Je reste à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire.



Je vous remercie d’avance de votre retour. »



Nous avons pu consulter les projets de réhabilitation. Voici celui réalisé par l’architecte du propriétaire qui respecte bien l’esprit du lieu. Et celui de la société Clésence qui, d’après nous, ne mérite même pas un commentaire.



Si la société Clésence (filiale du groupe « Action Logement ») intervient sur ce bien privé, c’est qu’en échange d’un droit de passage elle est en charge de l’entretien de la façade et du porche d’entrée. Sauf qu’elle doit confondre entretien et destruction. Elle s’apprête donc, en tout impunité, à détruire le porche et en lieu et place de la porte d’origine, elle compte installer une grille.



Déjà en temps normal ce genre d’action serait contestable sans l’accord du propriétaire, mais s’agissant d’un patrimoine emblématique, témoin de la mémoire collective locale et, qui plus est, situé à 200 mètres de la Cathédrale classée Monument Historique, notre étonnement est encore plus grand.



Nous savons tous à quel point les Architectes des Bâtiments de France sont pointilleux, lors que l’on souhaite repeindre ses volets dans un secteur protégé, alors détruire un élément architectural remarquable, avec l’accord du maire et du Tribunal judiciaire, ne peut que laisse perplexe. Pourquoi, dans ce cas précis, aucun avis conforme n’a été demandé à l’Architecte des Bâtiments de France ? Pourquoi aucune demande d’autorisation de travaux n’a été déposée ?



Toujours est-t-il que, lors de l’audience en appel au Tribunal Judiciaire qui aura lieu très prochainement, il se pourrait bien que le propriétaire se voit toujours privé de son droit, au prétexte qu’il ne s’est pas rendu à une réunion en mairie lors de la présentation du projet de la société Clésence. Nous précisons que cette convocation n’était pas d’ordre judiciaire et que si le propriétaire était absent, c’est juste parce qu’il travaille, et que la municipalité n’a pas jugé bon d’organiser la réunion à une date ultérieure.



Afin d’avoir une vision plus juridique de la question, nous avons demandé à Maître Théodore Catry, notre avocat, de nous donner son avis. Le voici :



« Le fait que les travaux aient été validés par un juge judiciaire ne suppose pas pour autant leur validation sur le plan administratif. Ce d’autant que le projet se situe en périmètre des abords de plusieurs Monuments Historiques et que toute demande d’autorisation suppose à priori, l’avis conforme de l’Architecte des Bâtiments de France. »




Bien évidemment, nous avons répondu présents à l’appel de ce Monsieur, dont nous saluons le courage et l’engagement. Nous allons saisir la Direction Régionale des Affaires Culturelles, en espérant qu’elle sera réactive et qu’elle rappellera aux contrevenants que le patrimoine doit être respecté.



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