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La Gazette du Patrimoine est le média en ligne d'Urgences Patrimoine. 

Cette publication relaie les combats de notre association.

Elle permet la diffusion des informations relatives aux patrimoines et à ses acteurs. 

  • Photo du rédacteurAlexandra Sobczak

Les statues de la honte ?



Nous assistons depuis quelques jours à un mouvement sans précédent, dont les revendications sont pour certaines sans doute légitimes. Toutefois, s’en prendre à des statues, souvent présentes depuis plusieurs siècles, est un acte condamnable, fait pour diviser — et en aucun cas rassembler — autour d’une cause somme toute tragique.« La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un immeuble ou d'un objet mobilier classé ou inscrit au titre des monuments historiques constitue un délit sanctionné par l'article 322-3-1 du Code pénal. »


À partir de cet article de loi nous pouvons nous interroger sur les actes de vandalisme perpétrés ces derniers jours sur des œuvres au quatre coins du monde. Effacer les représentations de ceux qui ont fait l’histoire heureuse ou controversée d’un pays, est-ce la bonne idée en ce début du XXIe siècle tourmenté ? S’attaquer à l’art et à la culture d’une nation, est-ce le meilleur moyen « d’oublier » ? Et s'agit-il d'oublier ?Les revendications d’une minorité d’ultras anti-esclavagistes sont-elles légitimes ?Personne ne doit oublier la souffrance que l’histoire a infligé aux hommes, à tous les hommes. Il faut se souvenir, il faut transmettre, il faut expliquer…


Le « devoir de mémoire » consiste avant tout à honorer ceux qui sont victimes de l’histoire de l’humanité. Mais est-ce leur faire honneur que de s’en prendre des siècles plus tard à la culture de leur pays ? N’oublions pas « qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». (Aimé Césaire)La plus emblématique statue qui a été dégradée ces derniers jours est celle de Christophe Colomb. Ce qui signifie que certains souhaitent voir disparaître l’histoire depuis 1492 ? Mais alors dans ce cas, il faut détruire tous nos châteaux, puisque, si nous poussons la réflexion jusque-là, ils sont les témoins de l’oppression du peuple. Car les serfs et les vilains appartenaient bien aux seigneurs.


Durant des siècles, la misère était partout et la vie des « petits » n’avait aucune valeur.Doit-on pour autant s’en prendre aux représentations de Rois de France, parce que le peuple était méprisé et affamé ? Doit-on brûler Versailles parce que pendant que la Cour s’amusait le peuple agonisait ? Et même, en poussant la réflexion à l’extrême, devons-nous détruire les arènes romaines, parce que des gladiateurs y perdaient la vie ?Il faut attendre 1789 pour que l’homme soit considéré en tant que tel, sans considération de condition.Mais souvenons-nous de de l’article 10 des Droits de l'homme et du citoyen qui nous rappelle que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ».


Or, aujourd’hui, au nom de certaines tragédies qui ont émaillé l’histoire, cet ordre n’est plus respecté. S’en prendre à la culture d’un pays, c’est attaquer le pays lui-même.Retirer ou détruire une statue peut-il suffire à faire oublier ce qui ne peut pas l’être ? Certainement pas. Le bon sens consiste justement à expliquer et éduquer.D’ailleurs, citons le bel exemple de la ville de Bordeaux, dont certains personnages historiques de la ville ont fait leur fortune grâce aux esclaves.




Afficher l’histoire, heureuse ou malheureuse, ce n’est pas de la provocation et encore moins de l’amnésie, c’est de l’éducation. Et l’éducation, est le principal vecteur de la culture, dont certains hélas semblent dépourvu aujourd’hui.N’oublions pas les ravages des guerres sur bon nombre de statues, dont certaines pouvaient être considérées comme étant de grandes œuvres. Au total, 17.000 statues ont été détruites sur l’ensemble de notre territoire pendant la seconde guerre mondiale. Et n’oublions pas que dans certains pays, la destruction des statues et du patrimoine est considéré comme un crime contre l’humanité.La guerre peut nous priver d’art, mais nous ne sommes pas en guerre, du moins, pas encore…



« Entre le passé où sont nos souvenirs et l'avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs. »Henri-Dominique Lacordaire

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