top of page

Dernière mise à jour : 29 nov. 2023


demolition-alencon-2020-urgences-patrimoine.jpeg

Cela pourrait-être le nom d’une saga à l’eau de rose, mais il s’agit plutôt d’un triste épisode du quotidien de bien des édifices menacés de démolition sur l’ensemble du territoire. Cependant, les principaux épisodes se déroulent actuellement à Alençon, dans le département de l’Orne, où le confinement n’a pas l’air d’être un problème pour la municipalité qui profite du « calme » pour déclencher la tempête chez les défenseurs du patrimoine. Après avoir fait grand bruit, le collectif « les Amis du Vieil Alençon », conduit vaillamment par Jean-David Desforges, s’était vu rassuré par le Maire qui, lors d’un « live » Facebook, avait juré ses grands dieux que les maisons à pans de bois, menacées de démolition, allaient pour le moment être consolidées pour des raisons évidentes de sécurité publique et, qu’en aucun cas, il n’était question de les démolir. Dans un article du journal Ouest France, le 16 avril, les propos du maire avaient étés étayés par l’adjoint à l’urbanisme. En voici le contenu : "Alençon. Un sursis pour les maisons du Moyen Âge Début avril 2020, l’association du Vieil Alençon s’est émue de l’éventuelle démolition de plusieurs maisons médiévales, en déshérence depuis longtemps, rue du Château. Il n’en est rien, rassure la municipalité, précisant que de travaux de sécurisation des lieux débuteront lundi 20 avril.

Que se passe-t-il rue du Château ? Plusieurs maisons situées aux n° 11 et 15 sont en déshérence depuis une vingtaine d’années. Cet abandon est le résultat d’une succession qui n’est jamais allée à son terme. « Ce sont des maisons médiévales, construites sur de petites parcelles caractéristiques du tissu urbain de cette période », indique l’archéologue Jean-Denis Desforges sur son blog « Les amis du vieil Alençon ». Le 22 janvier 2020, « après des demandes de riverains inquiets du risque d’effondrement », indique Pierre-Marie Lecire, adjoint au maire en charge de l’urbanisme, la ville a fait apposer sur la façade de l’immeuble un arrêté de péril imminent, à l’égard des propriétaires. L’arrêté précise que le maire peut ainsi prescrire « la réparation ou la démolition » de l’édifice compte tenu de son état. D’où la saisine du tribunal administratif de Caen afin qu’un expert puisse proposer « des mesures de nature à mettre fin à l’imminence du péril ». Pourquoi une pétition en ligne ? Outre la presse locale, Jean-David Desforges a alerté les sites spécialisés La Tribune de l’art et La Gazette du patrimoine. Et, parallèlement, il a lancé une pétition en ligne qui, du 7 au 15 avril, a recueilli plus de 1 100 signatures et près de 300 commentaires, où il explique que ces maisons à pans de bois « ont une place, une histoire, un rôle à jouer dans notre environnement. Donc ne les démolissons pas ! » Certains s’inquiétaient d’un début de chantier mardi 14 avril, date d’interdiction de circulation dans cette rue. « Mais il n’a jamais été question de démolition ! » rétorque Pierre-Marie expliquant que la Ville « travaille en étroite coopération » avec l’Architecte des bâtiments de France (ABF). Fin mars début avril, la collectivité a ainsi mené de nouvelles investigations (constat en nacelle) et des visites des immeubles avoisinants. Ces études ont montré une complexité forte : bâtiments imbriqués avec dégradations menaçant l’ensemble des immeubles mitoyens en état d’abandon. « L’ABF préconise un renforcement de la structure, pas sa démolition » insiste l’adjoint à l’urbanisme. Que va-t-il se passer ? En attendant une solution globale de rénovation des immeubles abandonnés, qui sera élaborée avec tous les partenaires et propriétaires concernés, la Ville va sécuriser les lieux en installant une couverture provisoire en bac acier remplaçant celle sur les avancées du 13-15, côté rue, et en obturant les fenêtres pour conforter la structure. Ce chantier de 30 000 € (payé par la Ville) sera effectué par l’entreprise de charpente Linea Bois, basée à Écouves, à partir du lundi 20 avril. D’où une déviation mise en place par la rue Bonette. Dès le mois de mai, la Ville engagera la réflexion sur le devenir de cet îlot « qui n’est pour l’heure concerné par aucune démolition », conclut Pierre-Marie Lecire." Comme les nouvelles se voulaient rassurantes, nous n’avions pas jugé bon de poursuivre notre communication concernant Alençon, mais hélas l’arrêté affiché sur un des immeubles nous oblige à nous engager à nouveau auprès du collectif des « Amis du Vieil Alençon » car, tout comme eux, nous savons lire et il est clairement affiché sur cet arrêté qu’il s’agit bien d’une démolition et en aucun cas d’une simple consolidation.

demolition-alencon-2020-urgences-patrimoine.jpeg


La DRAC aurait pu être précieuse dans ce combat en interdisant de démolir ces témoins du passé du Moyen Âge de la ville, mais l’Architecte des Bâtiments de France ne semble pas s’émouvoir de la disparition de ces maisons à pans de bois, au prétexte qu’elles n’ont pas entièrement conservé leur état d’origine. Nous osons demander s’il existe aujourdhui beaucoup de maisons de cette époque, qui sont arrivées jusqu’à nous sans aucune modification. Soyons sérieux. L'argumentaire est pour le moins spécieux.

demolition-alencon-2020-urgences-patrimoine.jpeg


La Tribune de l’Art a interrogé la DRAC sur cet épineux sujet et, visiblement, aucune demande n’a été faite auprès de leurs services concernant la démolition. Lire l’article ici. ` Cela fait donc 5 ans que l'on suit le dossier, mais aucune directive n’a été prise en faveur de ces maisons à pans de bois. Nous nous interrogeons alors quant au rôle de cette administration s’agissant de la protection des édifices dans des secteurs protégés. Mais peut-être D.R.A.C ne signifie plus : Direction Générale des Affaires Culturelles, mais « Démolitions Régionales Administrativement Concertées ? » Bien entendu, cette semaine risque d’être celle de la fin de cette « saga » et les pelleteuses y joueront sans doute le premier rôle.


demolition-alencon-urgences-patrimoine.jpeg

Nous avions évoqué cette bien jolie maison et son avenir incertain dans un de nos précédents articles, au mois de février.


demolition-alencon-urgences-patrimoine.jpeg


demolition-alencon-urgences-patrimoine.jpeg





Profitant de la période de confinement, qui nous éloigne tous des préoccupations patrimoniales, M. Emmanuel Darcissac, le maire d’Alençon, a fait procéder ce jour à la démolition de l’édifice, sans doute pour que celle-ci passe inaperçue.



Soyons clairs. Alors que l’on nous ordonne de rester confiné pour des besoins de santé publique, nous ne pensions pas qu’une démolition était un acte prioritaire. D’autant que la maison n’était pas une menace pour la sécurité des biens et des personnes et que, s’agissant des personnes justement, elles sont chez elles, donc aucune urgence particulière, à part sans doute pour Monsieur le Maire. Car c’est bien l’incompréhension qui règne aujourd’hui chez tous les défenseurs du patrimoine de la commune.



Incompréhension doublée d’une profonde inquiétude concernant les maisons à pans de bois frappées d’un arrêté de péril et qui risquent de subir le même sort dans les jours à venir. Lire notre article du 08/04/20. La prolongation de la durée du confinement va sans conteste être une aubaine pour les élus de la commune, qui vont pouvoir sans doute se délecter du réjouissant spectacle des pierres chargées d’histoire broyées comme de vulgaires parpaings.

demolition-alencon-urgences-patrimoine.jpeg



Cela nous amène à nous inquiéter d'un autre dossier. Celui du presbytère de Mamers, puisque M. Darcissac, membre du conseil de surveillance du Centre hospitalier Intercommunal Alençon Mamers, lors d’un échange téléphonique avec Urgences Patrimoine, nous avait assuré de son intérêt pour ce dossier. Quand on voit, aujourd’hui, le sort réservé au patrimoine d’Alençon, on ne peut qu’être inquiet. (Lire l’article ici ) Si aujourd’hui nous ne pouvons plus rien faire pour la maison démolie, nous devons absolument nous mobiliser pour les maisons à pans de bois menacées du même sort, à travers, entre autres, la pétition mise en ligne par Les Amis du Vieil Alençon. Pour signer cliquez ici.

  • Photo du rédacteur: Alexandra Sobczak
    Alexandra Sobczak
  • 7 avr. 2020

Il ne s’agit ni de châteaux spectaculaires, ni d’églises remarquables, juste de « modestes » maisons à pans de bois, comme il en existait beaucoup, mais comme il en existe de moins en moins. La défiguration des centres anciens est très à la mode. On se réfugie derrière une vétusté ignorée pendant des années et sans crier gare, à grands coups « d’état de péril », on démolit sans la moindre compassion et sans le moindre état d’âme ces petits témoins de l’histoire locale et, souvent, sans le moindre projet derrière, laissant un trou béant en lieu et place, comme pour gommer la trace d’un passé pourtant glorifié à quelques pas de là. La ville d’Alençon montre le mauvais exemple en projetant de façon imminente la destruction de plusieurs de ses maisons « historiques », alors qu’à quelques mètres de là, une maison identique est protégée au titre des Monuments Historiques. Entre incohérences et précipitation, voici le constat que dresse Jean-David Desforges, historien du patrimoine : Au cœur de la ville d’Alençon, quelques terrains vagues coexistent au-côté de maisons en déshérence, comme rue du Château et rue Bonette. En janvier 2020, M. Darcissac, maire d’Alençon, a signé un arrêté de péril imminent pour un ensemble de bâtiments. On pourrait souscrire à l’idée qu’il y ait danger si… si cela ne faisait pas 12 ans que personne ne se préoccupe de ces maisons vides. Les propriétaires sont des octogénaires, le principal vivant à Nantes. A Noël, des squatters ont fait voler en éclats les vieilles vitres. Des tessons de verre jonchent le trottoir. Un premier expert a conclu à des chutes de matériaux, justifiant la sécurisation par la destruction. Un deuxième a vu un trou dans le toit. Le troisième a entériné l’avis des deux autres. C’est implacable sur le plan administratif.

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020). Le quartier où se situent ces bâtiments a déjà été bien malmené dans les années 1960-1970. Un mouvement de citoyens avait fini par avoir gain de cause sur le massacre urbain. Cinquante ans après, on recommence. Ces maisons à pans de bois sont édifiées sur de petites parcelles caractéristiques du tissu urbain médiéval intra-muros. Les éléments que j’ai pu observer en façade pour l’une d’elle sont assez comparables à ceux de la maison des Sept Colonnes, en face d’elle dans la rue, inscrite ISMH, et en cours de restauration. Cette maison de la fin du XIVe siècle est un dossier privé qui intéresse beaucoup la ville, du fait de son état et de sa forte valeur symbolique pour l’histoire locale. Ce n’est pas le cas pour ses voisines, en revanche.

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


La maison des Sept Colonnes, angle de la rue du Château et de la Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, janvier 2020). Si les pièces de bois de ces maisons sont taillées et marquées comme celles de leur prestigieuse voisine, elles sont cependant en position secondaire. En effet, les façades sur rue ont été frappées d’alignement vers 1760. Nous sommes donc en présence de maisons de la fin du Moyen Âge, partiellement remaniées au XVIIIe siècle. Cela enlève-t-il de l’intérêt à ces constructions ? Non, aucun, du fait qu’Alençon ne possède presque plus de maisons à pan de bois. Elles sont devenues rares. Si l’on regarde les maisons médiévales à façade pans de bois remontées au XVIIIe siècle, nous en faisons vite le tour.


Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Les n° 9 et 11, rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).


Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Le n° 13, rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Carte de répartition de l’architecture à pans de bois à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020). Ainsi, Grande rue, près de Notre-Dame, le remplissage est en briques. On voit bien une poutre maîtresse sciée apparaître en façade : c'est un indice de transformation entre 1755 et 1770. Les encorbellements ont disparu au profit d’une façade plane, alignée avec ses voisines.

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Le n° 57, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020). Un peu plus loin Grande rue, nous avons une construction contemporaine de la maison des Sept Colonnes. Des éléments en bois conservés à l'intérieur jusqu'à il y a peu, vont d'ailleurs servir de modèles pour reconstituer ce qui y a disparu : les fenêtres à croisées. Là aussi, la façade est remontée avec des pièces de bois médiévales.

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg


Le n° 79, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020). Toujours Grande rue, regardons à présent ce Monument Historique, qui ferme la Cour Cochon, daté du milieu du XVe siècle. L'étage a été remanié vers 1755-70. La structure est un mélange de pièces en place et d'assemblages du XVIIIe siècle.

Alençon-demolition-maison-pans-bois-gazette-patrimoine.jpeg



Le n° 137, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020). Mais comment argumenter que ce sont des maisons transformées à la même période ? Avec cet assemblage formant le panneau sous les fenêtres, qui se retrouve dans trois des exemples connus, rue du Château puis Grande rue, est-il nécessaire d'en écrire davantage ? Mêmes charpentiers, même époque, même problématique. Pour la maison couverte d'un enduit rue du Château, et dont on devine les pans de bois, regardons les baies, avec un linteau un peu cintré. Là aussi, nous sommes dans les années 1755-1770. Ce serait dommage de découvrir un pan de bois intéressant le jour de la destruction, n'est-ce pas ?

A gauche, le 157, Grande rue (MH) et à droite, le 13, rue du Château (J.-D. Desforges, mars 2020). Sur l’arrière, en second rideau, une grande bâtisse des années 1770-1780 se dresse encore. Nous n’avons pas eu confirmation du fait qu’elle serait aussi touchée par l’arrêté de péril imminent. Alors que faire ? Puisque des fonds publics sont engagés pour ces maisons, pourquoi ne pas les sécuriser ? Un architecte y verrait-il un chantier insurmontable ? Pourquoi détruire et créer une friche pour les 50 ans qui viennent alors que la maison des Sept Colonnes en face, va retrouver son lustre ? Nous sommes face à une stratégie urbaine déséquilibrée dans la même rue, en face à face. Une maison est restaurée, deux autres sont détruites. La maison visée par toutes les attentions va se retrouver dans une semaine face à un terrain vague, un véritable « coin à pisse » et décharge sauvage comme on en voit d’autres à moins de 100 m, perdurant depuis des décennies. Ces maisons ont une place, une histoire, un rôle à jouer dans notre environnement. Donc non, ne les démolissons pas. Bien que les jours soient comptés avant le début du chantier de démolition, une pétition a été lancée par « Les amis du vieil Alençon », afin d’interpeler les services de la culture et bien entendu, la municipalité. Merci de signer et de partager le plus possible ici.

Subscribe
bottom of page