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  • Photo du rédacteur: Alexandra Sobczak-Romanski
    Alexandra Sobczak-Romanski
  • 11 févr. 2020


Si jusqu’alors le patrimoine était le grand oublié des débats électoraux, cette campagne pour les municipales le fait rentrer dans « la course ». Sans doute sous l’impulsion de quelques élus visionnaires qui ont compris que pour redynamiser les centre-bourgs, rien ne valait un patrimoine entretenu et des réhabilitations intelligentes. En conséquence, ici et là, dans certaines communes du territoire on ressort des dossiers oubliés et on les remet sur la table. C’est le cas à Alençon, où deux établissements emblématiques de la ville, fermés depuis douze ans, reviennent sur le devant de la scène. Il s’agit de l’Hôtel du Grand-Cerf et de la brasserie La Renaissance.


Nous ne pouvons que nous réjouir de cet intérêt soudain pour le patrimoine, mais restons prudents quant à la suite. Les candidats sont d’accord sur ce sujet : il faut faire revivre ces lieux. Le terme de « verrue », employé par l'un des candidats, nous déplaît, car une verrue en théorie est vouée à disparaître. Il serait fort dommage de démolir ces deux édifices, en précisant tout de même que les décors de La Renaissance sont protégés au titre des monuments historiques par une inscription. Douze ans pour se rendre compte que ces lieux fermés se dégradent, c’est un peu long. Mais le principal, c’est de ne pas oublier. Ne pas oublier, non plus, la vague de démolitions que produit la période pré-électorale, que ce soit ici ou ailleurs.




Les arrêtés de péril et les permis de démolir fleurissent partout, mais c’est normal sans doute car le printemps arrive. Un bel exemple de patrimoine voué à disparaître pour laisser place à … rien, comme on peut le constater sur le permis.


Souhaitons que tous les Maires qui auront les faveurs des électeurs sauront donner un peu d’éclat au patrimoine de leur commune, en choisissant l’option réhabilitation, plutôt que celle de la démolition. Pardon, en politique, on ne dit plus démolition, on dit déconstruction. Le résultat est le même, mais c’est moins choquant pour la population. Lire l'article de l'Orne hebdo ici.

  • Photo du rédacteur: Alexandra Sobczak-Romanski
    Alexandra Sobczak-Romanski
  • 7 févr. 2020

Cette ravissante commune des environs de Bordeaux dispose d’un riche patrimoine bâti. Parmi ce patrimoine, un édifice datant du XVIIIe siècle portant le doux nom de « La Grâce » ou château de la Grâce. Or ce gracieux petit édifice a été préempté par l’Établissement Public Foncier, ce qui ne laisse rien présager de bon.


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Voici les dernières informations qui nous sont parvenues. Jusque récemment, la propriété appartenait à Madame Rode. Au moment de la vente, l'EPF (Établissement Public Foncier) a préempté au profit d'un projet communal à établir. La Mairie a mis le bâtiment à la disposition de l'école de musique communale, pour une durée de 1 ans. Renouvelable ? La Mairie a 4 ans pour accepter un projet présenté par un promoteur, dans les règles du PLU. Elle a rejeté un premier projet, au motif qu'il y avait une trop grosse densité de logements ( 80 logements prévus). Elle en aurait accepté un second, aussi dense, le problème est que seul le maire et son adjoint à l'urbanisme ont vu le projet et personne ne sait si la démolition du château y figure. Cependant, vu l'emprise, il semble improbable de construire 80 logements sans détruire.



Tout ceci ne laisse rien présager de bon, mais attendons un peu d’en savoir plus sur ce projet. Il est vrai que créer quatre-vingt logements entre ces murs, nous semble mission impossible sans détruire l’édifice. Nous allons essayez d’en savoir plus dans les prochaines semaines, car comme on pourrait dire chez nous « tant qu’il n’y a pas de pelleteuse, il y a de l’espoir ».

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La Grâce D’après la carte de Belleyme, la Grâce existait à la fin du XVIIIème siècle. Le cadastre de 1810 atteste déjà des plans actuels. Si les communs ont été agrandis, l’architecture du logis et des façades a été respectée. Les deux ailes des communs sont de longueur identique mais de largeur différente. On accède à la grande cour rectangulaire largement ouverte à l’Ouest par un magnifique portail en fer forgé. Les ardoises couvrent le toit du logis alors que la toiture des ailes est constituée de tuiles. Les pierres de taille d’origine ont été enduites d’un crépi de ciment peint en blanc. Le corps du logis présente une élévation centrale d’un étage formant un pavillon. Six fenêtres en plein cintre symétriquement réparties s’ouvrent sur la cour intérieure. Une frise de pierre, surmontée d’une corniche fortement accentuée, parcourt l’ensemble de la façade soulignant la séparation entre le rez-de-chaussée et le premier étage du pavillon. L’entrée dans le bâtiment s’effectue par la porte centrale du pavillon ; celle-ci a été construite sur le modèle des fenêtres latérales. De part et d’autre de la porte se situent deux fenêtres couronnées d’un fronton triangulaire reposant sur une console. Sur la façade Est s’ouvrent six baies sur la partie basse, réparties de part et d’autre du pavillon symétrique à la façade Ouest. La Grâce a été bien entretenue par ses propriétaires successifs. Après la révolution, elle appartient à un riche américain qui achète également le château des Faugères. En 1937, le château est loué au patronage « Etoile Saint Louis ». Jusqu’en 1946, réunions, séances de cinéma, cours d’enseignement ménager s’y succèdent. Cette même année y est organisée la première kermesse paroissiale. En 1948, les murs de la Grâce abritent « la Coopérative d’Amélioration de l’élevage de la Gironde ». Il s’agit d’un centre d’insémination artificielle ayant pour but d’améliorer la race bovine en Gironde. Très vite l’entreprise étend ses services aux départements voisins et prend alors le nom de « Coopérative interdépartementale girondine et d’insémination artificielle ». Dans les années 60, elle possède une quarantaine de taureaux de cinq races différentes. Elle deviendra en suite une résidence privée. Sources : Cadaujac et ses châteaux. Tome 1 publié dans le Journal de la Promenade ( ISSN 1959-4259) le 6 septembre 2009 par Frédéric Durand, Jean Claude et Jeanie Grenier.



C’est officiel, le château de Pontchartrain dans les Yvelines a été racheté par un promoteur qui a pour ambition de transformer l’édifice en résidence de standing. Si ce projet fait bondir les défenseurs du patrimoine, il permet tout de même d’espérer un avenir pour cet édifice qui a subi les affres du temps et qui, sans projet concret, risquait de se dégrader chaque jour un peu plus. L’avis du Président de l’association Sites et Monuments se défend. Ce dernier, en effet, souligne qu’un tel projet implique malheureusement la construction de 86 cuisines et de 86 salles de bain dans un monument classé MH. Toutefois, ne vaut-il pas mieux un réaménagement intérieur discutable que la disparition pure et simple de ce patrimoine remarquable ? Notre seule inquiétude aujourd’hui, c’est l’aboutissement du projet, car combien de promoteurs ont voulu réaliser des opérations immobilières de cette envergure et ont connu entre-temps des revers de fortune, stoppant net la réhabilitation. Nous avons tous en tête le projet immobilier avorté du Château du duc d’Épernon en Seine-et-Marne, ou celui du château de Boisseron dans l’Hérault dont l’état est aujourd’hui plus que préoccupant. La société fraîchement propriétaire des lieux semble être fiable. Nous n’avons plus qu’à lui souhaiter bon succès. Malgré la « défiguration » intérieure, réjouissons-nous de la seconde vie du château de Pontchartrain. Même si c’est un projet de vente « à la découpe », il est moins dangereux pour le patrimoine qu’un abandon — qui conduirait sans aucun doute à une perte définitive. Le Maire de la commune a pour sa part le sourire, car lorsqu’on a un minimum d’intérêt pour le patrimoine, il est toujours douloureux de le voir disparaître. D’autres élus se seraient peut-être réjouis d’une démolition, mais à Pontchartrain ce n’est pas le cas.



Crédits photographiques : photo 1, Arnaud Neuveu ; photo 2, archives des Yvelines

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