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Le jeudi 15 juin 2023 à 10h40, nous serons au Tribunal Administratif de Lille pour tenter de sauver l’honneur de la chapelle Saint-Joseph. Certains penseront que cela ne sert à rien, puisque la chapelle a été démolie. Mais je m’étais engagée à aller jusqu’au bout. J’irai donc jusqu’au bout.



En novembre 2020, nous avions déposé un recours au fond, et les délais d’instruction étant ce qu’ils sont, il aura fallu presque 3 ans pour que notre affaire soit jugée.


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PSi j’ai choisi ce jour pour publier cet article, c’est que le 5 juin 2020, après 15 jours d’une mobilisation sans précédent, je pensais que la chapelle était sauvée, et que les pelleteuses ne s’approcheraient jamais d’elle.



J’avais lancé l’alerte le 20 mai à 11 heures du matin très exactement, et à partir de ce moment-là, nuit et jour, j’ai travaillé sans relâche en espérant un miracle. Oui, un miracle, puisque les délais de recours étaient dépassés depuis un an et que, localement, de manière très étonnante, personne n’avait rien tenté au moment où il en était encore temps. Alors pendant 15 jours, nous avons fait du bruit, toujours plus de bruit. Pétition, articles dans la Gazette, repris en suite par la presse locale et même nationale.



Tellement de bruit, que le 5 juin au soir, je recevais un message d’Adrien Goetz, célèbre historien de l’art et écrivain, membre de l’Académie des Beaux-Arts, m’indiquant que Franck Riester, alors Ministre de la Culture, venait de publier un communiqué de presse pour exprimer sa volonté de trouver une alternative à la démolition de notre pauvre chapelle.


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Un peu plus tard dans la soirée, Stéphane Bern me laissait un message sur ma boite vocale, m’indiquant que nous avions gagné ! À cette époque-là, nous étions en contact pour un autre dossier et dès que j’avais lancé l’appel à mobilisation, il fut le premier à rejoindre « la fronde » à nos côtés.



L’Université Catholique de Lille, et plus particulièrement Junia, l’école d’ingénieurs porteuse du projet de démolition, s’était dite ouverte à la discussion avec le Ministre. Effectivement, à ce moment-là, nous pouvions réellement savourer la victoire et, moi, j’allais enfin pouvoir dormir un peu, ce qui n’avait pas été le cas pendant ces 15 jours intenses.



Hélas, c’était sans compter sur le remaniement ministériel et l’arrivée de Roselyne Bachelot rue de Valois.



La passation de pouvoir entre cette dernière et Franck Riester a eu lieu le 10 juillet, le jour même du rendez-vous qui devait réunir tous les protagonistes de « l’affaire Saint-Joseph » au ministère. Le rendez-vous n’a jamais été reporté et la suite, on la connaît.


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Roselyne Bachelot a refusé la demande de mise en instance de classement, seule mesure qui pouvait sauver la chapelle. Malgré nos deux recours en référé et notre pourvoi en cassation, il n’y a rien eu à faire, et Saint-Jo est tombée.


 


Maître Théodore Catry, qui est notre avocat dans ce dossier depuis le début, nous explique la teneur de ce nouveau recours :


 

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"Bien que la chapelle soit aujourd'hui détruite, la question de la légalité du refus de classement qui a privé le monument de protection restait en suspens. Le tribunal administratif de Lille vient de fixer cette affaire à l'ordre de l'audience du 15 juin prochain. Ce sera l'occasion de déterminer si la mise en instance de classement se décide sur la base de critères objectifs relatifs à la rareté et la fragilité du bien, comme nous le défendons, ou si elle se prend au bon vouloir des politiques en place. Ce qui a été, et sera toujours si c'est le cas, une menace permanente sur notre patrimoine en péril."


 


Nous savons que nous avons 99,9% de chance de perdre encore une fois devant la justice, et d’être à nouveau condamnés à une lourde amende, comme ce fut le cas lors de notre second recours. Mais, peu importe, la chapelle Saint-Joseph mérite tous les sacrifices et si le miracle se produisait, alors ce serait un petit pas pour nous et un grand pas pour le patrimoine.

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Car il est très inquiétant de voir se reproduire ce genre d’affaire sur l’ensemble du territoire, nous privant chaque jour un peu plus de nombreux témoins de notre mémoire collective, au profit de constructions sans âme et sans caractère, comme nous pouvons le voir sur cette triste photo.


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Aujourd’hui, je fais un rêve. Celui de pouvoir vous annoncer dans quelques semaines que la justice s’est montrée juste envers le patrimoine. Alors certes, la chapelle est à jamais perdue, mais ce serait tellement bien qu’on reconnaisse, même à titre « posthume », que son avenir ne devait pas être celui qu’elle a connu. Gardons dans nos mémoires ce beau souvenir d’elle, grande, et magnifique…


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Construit au XIXe siècle, l’édifice s’appelait le Petit Castel et, avant la création d’une première zone commerciale dans les années 80, il n’était entouré que de champs. Bien que désormais cerné par de multiples grandes surfaces, il a résisté jusqu’alors, et plutôt bien, puisqu’il a été restauré il y a peu de temps. Propriété de la même famille depuis plus de 80 ans, il n’est plus utilisé comme maison d’habitation, mais abrite les bureaux des « Serres du Manoir ».


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C’est donc bien un témoin de l’histoire locale qui va disparaître. Tous les voyants sont aux verts pour l’agrandissement de la zone commerciale, puisque la CDCA (Commission départementale d’aménagement commercial) a donné son accord le 12 mai dernier.


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Un membre de la Commission a tout de même objecté qu’il était dommage de sacrifier l’édifice présent depuis le XIXe siècle, mais les dirigeants d’Intermarché et des Serres du Manoir, qui portent conjointement le projet, ont fait savoir que « la situation du bâtiment n’entrait pas en adéquation avec la future zone commerciale ».




Pourtant, il est question de créer un restaurant dans cette zone, alors pourquoi pas l’installer dans l’édifice ?


 

Interrogés par les médias locaux, clients et habitants ne comprennent pas cette décision, et espèrent encore que les porteurs de projet revoient leur copie. Comme nous pouvons le constater sur cette maquette du projet publiée dans « Les Échos du Touquet », plus de manoir en vue.



L’enseigne « Les Serres du Manoir » sans manoir, cela n’a aucun sens.


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Si nous évoquons aujourd’hui l’avenir incertain de cet édifice, c’est parce que plusieurs personnes nous ont sollicités afin de sursoir à cette démolition programmée. S’agissant d’un patrimoine privé, nous avons peu de chance de sauver ce témoin du passé de Rang-du-Fliers.


Il faudra surtout une forte mobilisation locale pour inverser la tendance, mais nous essaierons de faire de notre mieux afin d’assurer l’avenir de ce patrimoine injustement condamné.


Nous comprenons que le maire de la commune soit favorable au projet, car tout ce qui peut être bénéfique en termes d’attractivité économique pour un territoire est bon à prendre, mais ne perdons jamais de vue que le patrimoine est également un puissant vecteur d’attractivité d’un territoire. Les cases commerciales qui vont être construites disparaîtrons dans quelques années et seront remplacées par d’autres, mais la démolition du manoir rayera définitivement du paysage un patrimoine emblématique de la commune.


N'oublions jamais que le patrimoine est un marqueur de l’identité du territoire et, tant qu’il ne sera pas protégé au titre de sa valeur locale, alors nous continuerons à perdre chaque jour des dizaines d’édifices, certes « modestes », mais qui contribuent pourtant à faire de notre pays autre chose qu’un centre commercial géant.


Nous ne manquerons pas de vous informer de la suite de cette affaire.


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