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Même si depuis quelques années le patrimoine funéraire connaît un regain d’intérêt, le constat alarmant d’Anaïs Poitou pose des questions.


Anaïs Poitou est étudiante en Master Patrimoine à l'université de Rouen. Suite à sa Licence d’Histoire, elle a choisi le domaine patrimonial pour élargir son champ d’étude ; et plus particulièrement le patrimoine funéraire pour lequel elle porte un grand intérêt.



Aller dans un cimetière, c’est marcher entre les tombes dans le silence et dans le respect. Parfois, c’est pour rendre visite à un être cher. D’autres fois, c’est pour admirer certaines pierres tombales dans le calme. Pour le visiteur qui passe, les pierres tombales témoignent d'une absence, mais pour les proches des défunts, cette absence fait partie de la mémoire et de l’affect. Au cœur des cimetières, c’est avant tout l’absence du monde des vivants que l’on remarque.



Tout comme l’architecture des villes, l’architecture funéraire n’a pas cessé d’évoluer depuis de nombreux siècles, que ce soit pour les grandes élévations monumentales ou encore pour les pierres tombales. Les manières de procéder aux adieux avec le défunt ont aussi évolué : si l’inhumation fut longuement favorisée en France avec la religion chrétienne, la crémation semble aujourd’hui la surpasser en nombre depuis quelques décennies. Ce changement apporte de nombreuses modifications au cœur des cimetières car les colombariums remplacent les tombes et accueillent des cendres et non des corps : le paysage funéraire que nous connaissons est en pleine mutation. Par leur histoire mais aussi en raison de leur place au cœur de notre passé, les cimetières font partie de notre patrimoine, et chacun d’entre eux, peu importe la région ou même le pays, reflète l’histoire de nos ancêtres encore visibles dans le paysage de ces lieux.

On compte un certain nombre d'élévations funéraires entourées de clôtures en pierre ou en métal. Ces clôtures se situent autour des concessions pour en démarquer le territoire mais aussi pour éviter qu'on ne marche dessus. Nous pouvons aussi retrouver les nombreuses croix chrétiennes servant à situer une tombe et à témoigner de sa condition religieuse. Les élévations funéraires peuvent être très basses à l’horizontale, des pierres tombales simples composées d’un unique monolithe recouvrant le défunt, avec une stèle servant à reconnaître l’emplacement du caveau. Certaines stèles peuvent être très hautes, voire surélevées par de hautes décorations comme une croix, ce qui est rarement le cas pour les plus modestes. La plupart des décorations funéraires datant du XIXe siècle suivent d’ailleurs un courant décoratif se rapprochant de l’Antiquité, comme on peut le voir avec les urnes ou encore avec les obélisques que l’on peut trouver sur certaines pierres tombales.

Si les formes diffèrent selon les régions, c’est aussi le cas pour les matériaux qui ne sont jamais les mêmes : on privilégie par exemple le grès en Alsace, alors qu’en Bretagne on utilise du granit. De nombreux cimetières furent transformés en cimetières-parcs afin d’accueillir les proches dans un cadre plus agréable, avec des arbustes, arbres et plantations mis en valeur. Mais aujourd’hui, on remarque que, pour la plupart, ces plantations misent en place au XIXe et XXe siècles ont disparu du fait de leur non-entretien. Aujourd’hui, très peu d’entre-elles restent visibles.



Le paysage naturel et minéral que nous connaissons dans nos cimetières fait partie de nos vies, mais il y eut un certain bouleversement au XIXe siècle. On trouve associés des tombeaux temporaires et d’autres qui perdureront, des petits tombeaux comme des tombeaux monumentaux : ils font partie du paysage depuis leur mise en place. Aujourd’hui, la concession perpétuelle tend à disparaître en raison du manque d’entretien et de l’effondrement de bien des tombes. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une industrie funéraire s’est mise en place et on trouve généralement dans les parties les plus récentes de nos cimetières une sorte de « style » funéraire avec une simple dalle et une pierre tombale, souvent diversifiée par la couleur de la pierre. Au chapitre de la personnalisation, les pierres tombales ne sont plus vraiment gravées avec de longues épitaphes individualisées, car on y appose désormais de petits objets en marbre ou du mobilier funéraire rappelant la mémoire du défunt. L’apparition des columbariums mais aussi des jardins du souvenir au XIXe apporte une modification aux cimetières, suite à la légalisation de la crémation. Néanmoins, de nombreuses tombes du passé furent relevées pour abandon ou encore pour délabrement, ce qui explique qu’on en trouve de moins en moins — même dans le cas de concessions dites perpétuelles.


Aujourd’hui, de moins en moins de monde se déplace au cimetière pour aller rendre hommage aux défunts, excepté peut-être lors de la Toussaint. Les pratiques ont énormément changé, car au XIXe et au XXe siècles, il était courant de rendre hommage à ses proches en se rendant régulièrement au cimetière. De nos jours, les élévations funéraires semblent aujourd’hui suivre une norme — celle de l’industrie funéraire.


J’ai toujours aimé me rendre dans les cimetières afin d’y passer du temps et observer les tombes, leurs évolutions et les bribes d’histoire que l’on peut observer sur ces « dernières demeures. » Depuis quelques années, je mène des recherches concernant mes ancêtres dans le cadre de la généalogie et les cimetières se trouvent au cœur de mes découvertes, dans la majeure partie des cas. L’année dernière, j’ai passé un long moment à me perdre dans le cimetière monumental de Rouen sans y croiser aucun visiteur et j’ai trouvé cela dommage : ce cimetière est l’un des rares espaces verts de la ville de Rouen.

Je me suis toujours intéressée aux cimetières et au patrimoine funéraire. C’est un patrimoine que je trouve sous-estimé et très souvent en mauvais état ; un patrimoine qui a besoin d’être entretenu et rénové. J’ai toujours apprécié de me balader dans les cimetières, que ce soit en France ou ailleurs car ils nous permettent d’en découvrir beaucoup sur une culture, une région ou un pays. Mais au cours de mes nombreuses balades qui se concentrent principalement autour des cimetières normands, j’ai fait un constat alarmant : de très nombreuses tombes sont dans un état d’abandon total et certaines d’entre elles sont même au bord de l’affaissement ou de l’écroulement. Ma dernière visite au cimetière d’Evreux, pour aller fleurir les tombes, s’est d’ailleurs révélée être une désagréable surprise : j’y ai trouvé de nombreux caveaux pratiquement ouverts dans la partie la plus ancienne du cimetière.


Les concessions à perpétuité misent en place au XIXe siècle avaient pour but de conserver leurs places ad vita aeternam. Mais, depuis plusieurs décennies, leur état d’abandon pousse les administrations des cimetières à les relever, afin de libérer leurs places pour de nouvelles concessions. Cette manière de faire est immorale vis-à-vis du défunt qui a payé sa place pour « passer sa mort » à l’endroit de son choix. Mais si ces sépultures sont aujourd’hui menacées, c’est parce que bien souvent les familles ont disparu, ou bien les descendants ont déménagé et ont oublié qu’ils avaient des ancêtres dans tel ou tel cimetière. Ces abandons, qu’ils soient volontaires ou non, sont une catastrophe pour les cimetières, car certaines tombes se retrouvent alors dans un état déplorable. Si certains secteurs sont visités régulièrement dans les parties les plus récentes des cimetières, d’autres comme les plus anciennes sont souvent abandonnés. En effet, de nombreux cimetières ont été agrandis avec le temps et sont devenus de véritables pôles de biodiversité où la nature a repris ses droits en recouvrant les tombes de racines et de mousse dans les secteurs les plus anciens. Si cela est une preuve que la nature reste toujours maîtresse des lieux, il est triste de voir la dégradation de tombes de cette manière pour cause de non entretien, car il suffit parfois d’un bon décapage pour qu’une tombe soit comme neuve.


Malheureusement, pour la grande majorité des cas, mes différentes visites me prouvent que notre patrimoine funéraire tombe en ruine. Le non-entretien et l’abandon de nombreuses tombes depuis des décennies est de plus en plus visible, que ce soit pour les tombes des illustres comme pour les tombes d’inconnus. Si la nature ajoute parfois un caractère romantique à quelques pierres tombales, la mousse ne fait que détériorer et fragiliser la pierre. Certaines inscriptions sur les dalles comme sur les pierres tombales sont devenus illisibles avec le temps. Dans le cadre de la généalogie, c’est parfois un véritable calvaire pour les recherches. Ce constat alarmant concerne tous les cimetières, qu’ils soient petits ou grands ou qu’ils se situent dans les villes comme dans les campagnes. Même les grands cimetières labellisés Cimetière Remarquable d’Europe tels que ceux de Paris, de Lyon, de Rennes ou de Rouen, mériteraient un regain d’intérêt qui pourrait leur être salvateur, notamment le cimetière monumental de Rouen.


Christophe Guillouet, membre de la Société des Amis du Musée de Dreux et du collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 », nous raconte leur combat contre un projet de décharge menaçant un site patrimonial remarquable à Crécy-Couvé, près de Dreux.



C'était un beau samedi après-midi, pendant le weekend des Journées du Patrimoine. Nous étions allés rendre visite pour la première fois à une amie au moulin de la Bellassière, situé à quelques kilomètres de Dreux, ville dans laquelle nous venions de nous installer. Nous avions découvert ce jour-là un de ces jolis recoins qu'offre la vallée de la Blaise à quelques kilomètres à peine du centre-ville. Marie-Mercédès nous avait fait partager avec passion et gourmandise les charmes de son « jardin des six sens » et nous avions découvert un lieu étonnant, ce moulin atypique dont les origines remontent au XIe siècle, au cœur d'un site charmant où histoire, nature et patrimoine se conjuguent merveilleusement pour le plus grand bonheur des randonneurs, amateurs de vieilles pierres, petits et grands. Nous nous étions dits que c'est un site que l'agglomération devait chérir, protéger et mettre en valeur pour changer son image, injustement négative à notre goût, et stimuler son attractivité.



Malheureusement, ce qui devrait être et aurait dû demeurer un sanctuaire est aujourd'hui menacé. C'est avec incrédulité d'abord, avec consternation ensuite, que nous avons appris il y a quelques mois la présentation d'un projet de décharge dans une ancienne carrière en plein cœur de la vallée, à quelques mètres à peine des habitations, de plusieurs monuments historiques, de la faune et la flore relativement préservées depuis plusieurs décennies. Imaginez un peu : 14 hectares de poussières et de déchets, 23 ans d'allées et venues incessantes de camions déversant leurs gravats et, peut-être pire encore, un risque important de pollution de l'eau courante pour l'ensemble du pays drouais. Autant dire que ce lieu idyllique pourrait bientôt devenir un véritable cauchemar.



Mais avant d’en arriver là et de vous raconter notre combat et la manière dont vous pouvez nous aider, je voudrais vous donner les deux principales raisons pour lesquelles Crécy est pour nous un lieu si unique et si vital à préserver pour l’agglomération de Dreux.



Un témoignage singulier de l'histoire locale et nationale



Crécy, c'est tout d'abord un lieu où se conjuguent merveilleusement nature et histoire, cette dernière ayant depuis des siècles façonné le paysage et apprivoisé cette nature. Cette histoire, en tout cas ce qu'on en connaît, remonte au XIe siècle, où un château est mentionné sur les bords de la Blaise. Celui-ci est détruit par les anglais, puis reconstruit et certains éléments en sont encore visibles aujourd'hui. C'est surtout au XVIIIe siècle que le site connaît un développement spectaculaire. Dans les années 1730, le marquis de Crécy, Louis-Alexandre Verjus, fils d'un important conseiller d'Etat et diplomate du règne de Louis XIV, entreprend des travaux extrêmement ambitieux : démolition du « château vieux », creusement d'un canal sur plus de trois kilomètres, terrassements, achats de terrains... le tout en vue d'y faire construire un nouveau château et d'y aménager un domaine.



Il est finalement contraint de revendre le tout à Louis XV en 1746 qui l'offre à sa favorite, la célèbre marquise de Pompadour (1721-1764). Celle-ci va marquer profondément les lieux de son empreinte. Elle y fait faire d'importants agrandissements et de nouveaux aménagements. Louis XV y séjourne 23 fois entre 1746 et 1755.

Parmi les travaux les plus notables, on compte par exemple au sud l'ajout d'une façade factice au moulin afin de mettre en valeur la perspective. Le lieu sert, dans ces années Pompadour, de buanderie et, en hiver, d'orangerie. Autre réalisation majeure : une étonnante machine hydraulique conçue par Antoine Deparcieux (1703-1786) en 1751. Celle-ci permet alors l'élévation de 50 mètres des eaux de la Blaise afin d'alimenter le château, les jardins ainsi qu'une partie du village.


Cet âge d'or du domaine de Crécy prend fin en 1755, les visites du roi se raréfiant et les moyens qu'il dispense pour son entretien diminuant fortement. Le domaine est revendu en 1757 au duc de Penthièvre puis en 1775 au prince de Montmorency. A la révolution, le château est saisi puis revendu à un négociant et spéculateur américain, Daniel Parker, qui le démonte et en revend plus ou moins séparément les éléments. Des planchers, boiseries ou cheminées encore visibles aujourd'hui dans des maisons anciennes de Dreux proviennent de Crécy.



La mise en valeur d’un atout majeur pour la région drouaise



Mais Crécy c’est aussi un lieu bien vivant, où le présent dialogue encore avec le passé, ainsi qu’un potentiel de développement important pour le futur. En effet, si le château et ses dépendances ont aujourd'hui presque complètement disparus, il en subsiste encore des objets ou œuvres d'art qui en évoquent la splendeur passée. Le musée de Dreux, à quelques kilomètres de là, conserve deux copies en biscuit issues de la manufacture de Vincennes d'une batteuse de beurre par Christophe-Gabriel Allegrain et d'une laitière par Etienne Maurice Falconet. Les originaux, fruits d'une commande de Madame de Pompadour, ornaient sa laiterie en compagnie d'œuvres de Faste et Coustou. On peut aussi observer depuis 2018 au musée de Sceaux de superbes cartons de tapisserie peints par François Boucher et destinés à garnir une série de sièges pour Crécy. Madame de Pompadour les avait commandés à la manufacture des Gobelins.

Quant à l'ensemble du domaine, il en subsiste aujourd'hui des traces importantes avec pas moins de huit monuments inscrits au titre de monuments historiques en 1992 et 1993 : le bailliage de justice, l'église Saint-Eloi-Saint-Jean-Baptiste (dont une partie était classée dès 1908), la glacière, l'hôpital Saint-Jean, la machine hydraulique, le moulin de la Bellassière, le pont de la Bellassière et la propriété dite « la Terrasse ». Cette volonté des pouvoirs publics de protéger l'ensemble d'un site d'intérêt historique et patrimonial est confirmée par la création d'une zone protégée (ZPPAUP) en 1999, devenue un Site Patrimonial Remarquable (SPR) en 2017.



Plus récemment encore, certains monuments ont fait l'objet de travaux de rénovation et d'initiatives visant à les ouvrir au plus grand nombre, comme par exemple au moulin de la Bellassière. Les propriétaires y ont fondé en 2003 l'association CORDD, Centre d'Observation et de Réflexion pour le Développement Durable, cherchant à favoriser l'accès à la culture, notamment pour les enfants et les personnes handicapées. Quant à l'église, en état de péril, elle fait actuellement l'objet d'une rénovation avec la mission Stéphane Bern qui l'a retenue avec 120 autres monuments pour l'édition 2019 du Loto du patrimoine. Enfin, l’Agglomération du Pays de Dreux après avoir acquis en 2008 le site de l’ancienne fonderie de Saulnières, village voisin de Crécy-Couvé, a entrepris en 2014 des travaux de décontamination du sol avec le soutien de l’ADEME. Le tout s’est accompagné d’une mise en valeur du patrimoine industriel et paysager et la création d’un jardin public.


Ces investissements pourraient être poursuivis afin de mettre encore davantage en valeur ce coin de la vallée de la Blaise, et pas seulement sur le plan purement patrimonial. Le lieu présente aussi en effet un intérêt écologique certain. Alors qu'à quelques kilomètres de là, c'est plutôt le triomphe de la « France moche », celle des entrées de ville mornes, du béton et de l'uniformité, on a là ce qui pourrait devenir un poumon, une respiration au cœur de l’agglomération, avec des espèces protégées qui s'y nourrissent et s'y reproduisent, mais aussi deux sentiers de randonnée qui ne demandent qu'à être mis en valeur.


a menace



C'est hélas un projet de tout autre nature qui a été présenté par un propriétaire et a fait l'objet d'une consultation publique qui s'est achevée le 12 octobre dernier. Ce dernier souhaite en effet transformer son terrain en une décharge de stockage de matériaux de construction, dits inertes. Ce qu'il promet pour l'ensemble des riverains, voire au-delà, est un véritable cauchemar.



Les menaces sont de deux ordres. Tout d’abord, sur le plan esthétique : avec une surface de 14 hectares, l'impact visuel sera très important sur les paysages et impliquera plusieurs covisibilités avec les édifices inscrits. Il faut d'ailleurs noter que le dossier présenté omet la présence de deux de ces monuments à moins de 500 mètres du site, qui empiète donc sur une zone protégée.



D’autre part, le dossier minimise délibérément les nuisances occasionnées : pendant 23 ans, du lundi au vendredi, des camions viendront via une étroite route de campagne déverser les déchets, avec un tri très relatif, et ce à raison d’environ 100 tonnes par jour. Poussières potentiellement toxiques, bruits de camions et de chutes de gravats seront désormais le quotidien des promeneurs et des riverains, dont certaines de leurs maisons sont à une cinquantaine de mètres, et bien sûr de la faune et de la flore, dont on imagine mal que tout cela soit sans effet sur elles.


Autant donc dire que ce projet, expression d'un intérêt particulier, va totalement à contre-courant de tous les efforts accomplis depuis plusieurs années pour développer les atouts de cette vallée et servir l'intérêt général. Mais il y a autre chose, de plus insidieux et peut-être de plus dangereux encore, une menace qui dépasse largement le périmètre des communes de l'ancien domaine de Crécy. En effet, ce terrain est une ancienne carrière à silex, fermée en 1999 sur décision préfectorale, dont le sol est décapé et où la nappe phréatique affleure. Les déchets seront donc en contact immédiat avec une des principales sources en eau courante de l’ensemble de l'agglomération. Dit autrement, une pollution potentielle majeure menace la qualité de l'eau du robinet de tout le pays drouais !



Notre combat



Associations et riverains ont décidé de passer à l'action et de créer le collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 ». Il a pour but de défendre la qualité de la vie dans les villages de la vallée de la Blaise face à ce projet. Concrètement, il s’agit d'informer et sensibiliser la population via les réseaux sociaux ou la distribution de tracts, de constituer une force d'opposition politique par le lancement d'une pétition, l'envoi de courriers ou l'interpellation des élus.



Certains lecteurs seront sans doute sceptiques sur nos chances de succès, mais nous ne sommes pas du genre à capituler en rase campagne. Et qu’ils se détrompent : certains de ces combats a priori perdus d'avance ont parfois produit des miracles, y compris lorsque le rapport de force pouvait paraître plus défavorable encore. Récemment, la Préfète d’Eure-et-Loir a rejeté un projet d'implantation d'éoliennes menaçant de défigurer un site rendu mondialement célèbre par Marcel Proust, autour d'Illiers-Combray, et a retenu dans son arrêté la notion de « paysage littéraire ». Rien n'est définitif, la société présentant le projet pouvant encore faire appel, mais nul doute que la mobilisation citoyenne et l'appui de certains élus ont contribué à cette victoire, fût-elle provisoire.



Notre collectif vient d’ailleurs de remporter une première bataille avec la transformation de la consultation publique initiale en enquête publique, afin d’évaluer plus précisément l’impact des nuisances. Toutefois le combat continue : après avoir alerté riverains et pouvoirs publics, il va nous falloir maintenant démontrer l’aberration d’un tel projet pour l’intérêt commun.



« Marche propre » et mobilisation du collectif contre le projet le 4 octobre 2020



Vous pouvez nous aider et très simplement, par exemple en signant notre pétition et en vous abonnant à notre page Facebook ce qui nous donnera davantage de poids et vous permettra de rester informé de l'évolution du dossier. Si vous êtes dans la région de Dreux, nous vous invitons à également interpeller directement vos élus.



Je suis pour ma part profondément convaincu que les enjeux vont bien au-delà du pays drouais. La multiplication de ces contestations locales peut faire infuser la question du petit patrimoine de proximité dans le débat public national et permettre de contester l'idéologie dominante selon laquelle il serait un obstacle au développement économique. Je considère, au contraire, qu’il est un atout dans un monde devenu si incertain où on parle de plus en plus de télétravail et de recherche d’espace. Le temps et l'argent que l'on mobilise pour sa mise en valeur devraient être vus, non comme des charges, mais comme des investissements de long terme.



Alors rejoignez-nous et saisissez-vous de la défense de votre cadre de vie. Et ne croyez pas que cette bataille pour Crécy n'est pas la vôtre : nous n'aurions certainement jamais imaginé nous lancer dans un tel combat il y a seulement quelques mois. Notre quartier, nos lieux de promenade préférés, notre centre-ville ancien n'ont rien d'immuable et nous avons tous un rôle à jouer dans leur préservation et leur développement. Comme le dit Stéphane Bern, « le patrimoine c’est notre pétrole ».



La pétition est ICI.




Le collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 » :


  • Centre d'Observation et de Réflexion pour le Développement Durable (CORDD)

  • Urgences Patrimoine

  • Association de sauvegarde du cadre de vie et de l'environnement de Garnay (ASCVEG)

  • Vivre dans le pays drouais demain et après-demain (VPDDA)

  • François Fillon

  • Crécy d’Hier et d’Aujourd’hui

  • Le Ressourc' Eure

  • Vivre en vallée d'Avre et respecter l'environnement (VIVAVRE)

  • Le journal FAKIR

  • Christophe Guillouet

  • Vallée Royale de l'Eure

  • Fédération Environnement Eure-et-Loir (FEEL) : FNAUT CVL – Saint Prest Environnement – Blaise Vallée Durable - La Presle – Jouons collectif A154 – AVERN - Confédération paysanne 28

  • Citoyens pour le climat 28

  • Centre équestre La Houssine


L’auteur tient à remercier Marie-Mercédès Ghenassia, présidente de la Société des Amis du Musée de Dreux et membre du collectif, pour son aide dans la rédaction de ce texte.

Rencontre avec le talentueux Guillaume Lechevalier-Boissel. Après avoir découvert les œuvres de ce jeune passionné, nous avons souhaité vous les faire partager.


La Gazette du Patrimoine: Qui êtes vous Guillaume et quel est votre parcours?



Guillaume Lechevalier-Boissel: J’ai 23 ans. Je suis originaire de la Basse-Normandie plus précisément dans le département de la Manche dans la ville de Valognes (ville de 6750 habitants). La ville de Valognes est surnommée depuis toujours le « Versailles Normand , en partie du fait qu’il y ait beaucoup d’hôtels particuliers du XVIIe et XVIII siècles.



Après mon Brevet des collèges, je me suis volontairement orienté vers un Bac Professionnel (Technicien d’Études du Bâtiment, option A, Étude et Économie de la construction), je souhaitais une formation plus concrète sur un thème précis. La formule proposée par le lycée général est parfois trop abstraite pour un jeune. Alors, je me suis dirigé vers les métiers du bâtiment.



En 2013, le secteur du bâtiment tournait au ralenti, les chantiers d’envergure étaient peu nombreux, il ne fallait pas se tromper. Il y avait beaucoup plus de garanties d’embauche pour ceux qui s’orientaient vers des formations telles qu’économiste ou encore métreur. Pour cause, ce métier n’est pas très vendeur mais, contrairement au métier d’architecte, celui-ci n’est pas bouché.



En effet, être architecte de nos jours, c’est beaucoup plus compliqué, la concurrence est forte. Aujourd’hui, il y a environ 35 000 architectes en France contre 3 500 Avant-Guerre. En 2016, J’obtiens deux diplômes : un Brevet d’études professionnelles ainsi qu’un Bac Professionnel. Après avoir étudié le « Gros œuvre » pendant ces 3 ans de bac pro, je me suis orienté vers le « Second œuvre » en faisant un Brevet de Technicien Supérieur, option Études et réalisation d’agencement. C’est une formation très prenante qui demande beaucoup d’investissement personnel. On nous forme d’avantage sur le dessin industriel, l’économie, les matériaux, les métiers du bois et ses dérivés, gestion d’entreprise, styles architecturaux. Le métier d’agenceur est bien plus vaste que celui d’un architecte d’intérieur, il ne s’agit pas de choisir la couleur des rideaux ou d’un fauteuil mais de concevoir techniquement et esthétiquement des structures faites sur-mesure, mobiliers, menuiseries d’intérieurs/d’extérieurs, sols, plafonds, devantures de magasins, cloisons etc.



En 2018, pour achever mon parcours, j’ai choisi de faire une licence « complémentaire » en Infographie Multimédia à l’école Brassard de Caen. Cette école supérieure propose d’excellentes formations dans le domaine de la communication publicitaire, du dessin artistique sur ordinateur, impressions, web designer, motion design. Les débouchés peuvent être nombreux, vous pouvez travailler en entreprise, en collectivité, en association ou en freelance.



La Gazette du Patrimoine: Vous exercez un art très particulier? Comment vous est venue cette envie de dessiner des orgues ?



Guillaume Chevallier-Boissel : Étant très jeune, je ne dessinais pas des orgues mais plutôt la nature, les maisons, j’aimais observer ce qui m’entourait ! Bien que je fréquentais rarement les églises, à l’âge de 15 ans j’ai eu l’envie de jouer d’un instrument de musique. Encore aujourd’hui je ne l’explique pas, mais l’idée de jouer de l’orgue m’est venue ! Je ne connaissais pas vraiment cet instrument. Simplement je le trouvais fascinant, une de mes grands-mères en jouait. Il y a 10 000 orgues en France: quand j’ai joué la première fois sur un orgue à tuyaux, je me suis dit « un orgue joué, un orgue dessiné » !



Le dessin d’orgue N°1 est né en 2012. A ce jour, j’ai joué sur 129 orgues en France et à l’étranger. Il est arrivé un temps où les dessins ne pouvaient pas suivre cette cadence, alors rapidement, je me suis mis à dessiner les orgues qui me plaisaient bien. En postant mes dessins sur les réseaux sociaux, certains amateurs d’orgues ont eu l’envie d’en posséder un chez eux. Aujourd’hui, j’ai réalisé 77 dessins d’orgues à la main et 20 sur logiciel informatique.



La Gazette du Patrimoine: Depuis combien de temps en avez-vous fait un métier parallèlement à vos études ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Parallèlement à mes études, j’ai pris la décision de créer ma micro-entreprise durant la fin de l’été 2018. Les commandes devenaient de plus en plus nombreuses, cela devenait du sérieux. J’ai orienté mon entreprise vers le dessin d’orgue (ma spécialité fondatrice), des projets d’orgues à construire, affiches, illustrations, mise en page et rédaction de documents associatifs ou culturels puis créations de logos.



La Gazette du Patrimoine : Vous êtes très doué en informatique, alors pourquoi faites-vous l’essentiel de vos dessins à main levée ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Aux yeux des gens, le dessin fait sur logiciel informatique est encore mal défini voire parfois dénigré injustement. Il faut savoir que ce n’est pas simple de dessiner sur ordinateur, bien au contraire. Cela demande beaucoup de technique. Pour réaliser une illustration, il faut dans la majeure partie des cas la dessiner à main levée, voire faire plusieurs essais puis scanner et reconstruire l’illustration avec l’aide d’un logiciel. Cela demande des heures de travail. Au bout du compte, vous êtes quand-même le créateur de l’image, ce n’est pas un robot qui dessine à votre place. Pour ce qui est de mes dessins d’orgues réalisés informatiquement, il est dit que cela perd de son charme, trop précis, pas d’accidents de traits. Évidemment, avec l’ordinateur, on peut zoomer de très près et rentrer beaucoup plus dans les détails. Bilan, le dessin fait sur logiciel donne une image impersonnelle pour le public (disparition de la « patte » de l’artiste), ce n’est pas vendeur. Bien que cela n’ait pas tout son charme, j’ai beaucoup de plaisir à dessiner sur ordinateur, l’illustration informatique aura toute sa place parmi mes travaux mais d’une manière différente.



La Gazette du Patrimoine : Créez-vous des prototypes ou vous ne dessinez que des modèles existants ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Principalement des modèles existants pour ce qui est des dessins artistiques. La demande est forte. Les prototypes existent également mais ils ne sont pas révélés au public pour le moment. Je collabore depuis peu avec une manufacture d’orgues. Je conçois des silhouettes d’instruments neufs, contemporains. Ayant été formé en économie de la construction, je sais approximativement combien coûte un trait sur le papier pour le transformer en main d’œuvre et matériaux à la construction. En effet, il faut adapter son trait en fonction du budget accordé tout en étant astucieux, économique et original. Je veux de l’inédit, je ne crée pas de répliques d’instruments plus anciens. La nostalgie stylistique, il faut la garder pour les restaurations et non pas pour les nouvelles constructions.



La Gazette du Patrimoine : On a dû vous poser cent fois cette question, mais jouez-vous de cet instrument ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : L’orgue c’est comme les pompiers ! Il y a des pompiers professionnels et des pompiers volontaires. En ce qui me concerne, l’orgue est un pur loisir, j’en joue de temps en temps en tant qu’amateur. Ce qui m’intéresse ce n’est pas spécialement de le jouer mais de regarder sa conception, l’historique de l’instrument, l’entretien, l’histoire du constructeur, faire le lien avec son époque jusqu’à aujourd’hui. Car, l’orgue ce n’est pas qu’un instrument de musique, c’est aussi une œuvre d’art, un meuble, une architecture, une machine, une esthétique musicale. On parle réellement de patrimoine vivant.



La Gazette du Patrimoine : Vous êtes très jeune. Les gens ne sont pas surpris par votre âge quand ils vous passent commandes ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : C’est une bonne question, je n’ai pas eu de retour vis à vis de cela. L'habit ne fait pas le moine.



La Gazette du Patrimoine : À ce sujet, qui sont vos clients ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Mes clients sont des particuliers principalement amateurs d’orgues ou professionnels dans ce domaine mais il y a aussi des associations, des festivals, des mairies et des entreprises.



La Gazette du Patrimoine : À l’heure où nous vivons une période un peu compliquée en général et pour le patrimoine en particulier, pensez-vous que le dessin d’orgue peut être un vrai métier d’avenir, surtout à l’ère du numérique ?



Guillaume Lechevalier Boissel : L’orgue est à lui tout seul, un véritable parc patrimonial en France, c’est l’affaire de tous de le sauvegarder. Il faut savoir que la grande majorité des orgues appartiennent aux collectivités, villes et à l’État pour ceux qui sont classés Monuments Historiques. L’autre partie des instruments appartiennent aux paroisses. Le dessin d’orgue est un outil conceptuel ou artistique mais il sera surtout une arme de défense afin de mettre en valeur ce patrimoine. Il y a énormément d’associations autour de l’orgue pour le faire vivre, à travers des concerts, animations, tourisme, leur histoire, réseaux sociaux, Youtube. Il n’y pas de secret : s’il n’y a pas d’initiatives collectives ou individuelles, c’est comme cela que le patrimoine part en poussières. Il faut veiller sur l’objet ou le bâtiment par des présences, et créer des associations. Il faut des jeunes, des moteurs pour convaincre les collectivités, et pour mettre en valeur ce patrimoine. Il faut aussi des gens qui ont plus d’expérience dans la vie professionnelle ou associative, confronter les générations, les volontaires peuvent être simplement des mélomanes voulant s’investir dans une association. Mes journées sont généreusement remplies mais je tiens vraiment à garder du temps pour me consacrer au patrimoine. On a toujours du temps pour ça !

La Gazette du Patrimoine : Y a t-il un orgue précis que vous affectionnez particulièrement ? Si oui, pour quelle raison ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Beaucoup de gens pourraient dire qu’ils préfèrent les grandes orgues de Notre-Dame de Paris. En ce qui me concerne, je ne vais pas fantasmer sur des grands instruments « stars » comme on peut trouver si facilement dans la capitale. L’orgue que j’affectionne peut se trouver dans les campagnes, dans une petite église de village. J’aime les instruments de taille modeste qui ne sont pas du tout connus. La province regorge de merveilles ! Ce sont eux qui devraient être au premier plan. J’affectionne plus particulièrement les orgues sortis des ateliers « Louis Debierre », facteur d’orgue à Nantes, mais aussi ses successeurs comme George Gloton ou bien encore Joseph Beuchet. Il y a également les orgues de Pierre Ménard, grandioses !



La Gazette du Patrimoine : Vous n’avez pas encore beaucoup de recul pour répondre à cette question, mais quel est jusqu’alors votre plus beau souvenir professionnel ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Le plus récent, la commande de la Ville de Versailles. Pendant un mois et demi, j’ai réalisé en dessin à la main les 19 orgues de la ville (hors conservatoire). Cela représente 152 heures de travail ! J’ai été reçu par Monsieur le Maire François de Mazières pour un entretien d'une heure autour de mes œuvres en présence du directeur des services de communication et des partenariats de la ville. Versailles est une ville d’art et d’histoire par son passé mais aussi par son présent. Ils ont réellement compris ce que représente le patrimoine aux yeux des gens ! La culture y a toute sa place, c’est une ville exemplaire qui ne rayonne pas uniquement par son passé mais aussi avec les nouvelles générations d’artistes.


La Gazette du Patrimoine : Et le pire ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Tout travail mérite salaire. Quand vous allez chez le boulanger pour lui acheter une baguette de pain, vous réglez aussitôt ! Non pas 4 mois plus tard. Beaucoup d’entreprises sont confrontées à ce problème, les retards de payement peuvent être vraiment irrespectueux face à un travail accompli en temps et en heures.



La Gazette du Patrimoine : Envisagez-vous de dessiner d’autres instruments ou souhaitez-vous rester fidèle aux orgues ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Je n’envisage pas de le faire. Je préfère me concentrer réellement sur un instrument que j’affectionne plutôt que de m’éparpiller. L’orgue mérite d’être connu auprès du grand public, les autres instruments avantagés comme la guitare ou le piano n’ont pas vraiment besoin de cela.



La Gazette du Patrimoine : Quels sont vos projets dans les deux ou trois ans qui viennent ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Je viens de terminer mes études. Ma micro-entreprise reste plus ou moins une activité secondaire, il faut désormais que je me trouve un travail fixe dans les prochains mois ! En ce qui concerne mes futurs projets artistiques, nul ne le sait pour le moment, le temps nous le dira.



La Gazette du Patrimoine : Comment vous présentez-vous ? Comme un artiste ou comme un dessinateur d’orgues ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Je me présente surtout comme un artiste et un designer. Mon premier savoir-faire reste bel-et-bien la reproduction d’orgues existants. Cependant, j'exerce une large créativité dans l’illustration et dans la conception stylistique.



La Gazette du Patrimoine : Puisqu’en France on aime bien parler d’argent, pouvez-vous nous dire combien coûte un de vos dessins et combien d’heures vous faut-il pour réaliser un modèle.



Guillaume Lechevalier-Boissel : Pour un dessin d’orgue réalisé à la main, il me faut entre 6 heures et 19 heures. Cela dépend du modèle choisi par le client, il y a des petits, des moyens et de grands instruments. Je facture entre 105 et 500 euros. Cela comprend le temps passé, le niveau de difficulté, l’usage du matériel nécessaire mais aussi le conditionnement. J’ai une nomenclature imposée sur chaque dessin. Ils sont tous au format A4, sur papiers à grain, feutres professionnels à base d’alcool. Je n’intègre pas l’édifice sur la représentation, l’orgue y est volontairement dessiné seul. Chaque dessin sont signés et numérotés.



La Gazette du Patrimoine : D’ailleurs, en parlant de modèle : Vous faites comme un portraitiste qui va passer des heures devant son modèle vivant, ou une simple photo vous suffit ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Je ne fais pas comme le portraitiste, le choix s’est rapidement tourné vers la photo. Il me faut généralement trois photos pour réaliser un orgue. Cependant ma demande est très codifiée, il me faut des points précis. Comme énoncé précédemment, je dessine les orgues en deux dimensions (2D). A partir des photos, je dois faire plusieurs calculs pour obtenir les bonnes proportions, cela demande beaucoup de préparation avant de commencer le premier trait. Les dessins en 2D me plaisent vraiment, cela sollicite de la précision. La 2D n’existe pas dans la réalité, elle permet ainsi d’apporter une vue inédite, qui, auparavant, a pré-existé sur un plan industriel. Ma méthode est très technique, il ne s’agit pas de recopier ou de repasser par-dessus une photo !



La Gazette du Patrimoine : Quel est votre plus grand rêve professionnel, votre quête du Graal ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Les rêves sont nombreux ! Je pourrai passer ma vie professionnelle à dessiner les orgues de la France même si cela me demande énormément d’énergie. Je pourrais en faire un ouvrage assez extraordinaire en fin de carrière. Un de mes plus grands rêves serait de créer une nouvelle manufacture d’orgue dans le département de la Manche ! La dernière qui a existé s’est éteinte à la fin du XIXe siècle. Elle se situait dans la ville de Coutances où elle avait bonne réputation. Le facteur d’orgue Pierre Ménard, de Coutances, avait une relation privilégiée avec le célèbre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll, constructeur des grandes orgues de Saint-Sulpice, de la Cathédrale Notre-Dame à Paris mais également l’Abbaye aux Hommes à Caen, Cathédrale de Lisieux, Saint-Denis etc. Pour construire une nouvelle manufacture, il faudrait un jeune (déjà salarié dans une manufacture) voulant s’installer après avoir été diplômé du Centre National de Formation d'Apprentis Facteurs d'Orgues à Eschau. Il faut également des menuisiers. Posséder une manufacture permettrait de bien entretenir le patrimoine local avec un rayon d’action qui pourrait s’étendre à deux ou trois régions environnante. Une manière de faire revivre l’artisanat de l’orgue et de fortement sensibiliser sur ce patrimoine.

La Gazette du Patrimoine : Dans 20 ans, vous vous imaginez comment ?



Guillaume Lechevalier-Boissel : Je ne peux vous le dire mais j’avance sereinement, je suis très optimiste ! Je crois sincèrement que l’art aura toujours toute sa place dans notre société. A l’heure où nous arrivons à l’apogée du numérique, il y aura un retour aux choses simples, aux vraies valeurs ! Avançons dans la confiance.



La Gazette du Patrimoine : Une citation ou un proverbe qui vous définit ?



Guillaume Lechevalier Boissel : Deux citations :



« Rester soi-même dans un monde qui tente constamment de te changer est le plus grand accomplissement » — Ralph Waldo Emerson



« Agissez comme s’il était impossible d’échouer » — Winston Churchill


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