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Elle aura fait couler beaucoup d’encre depuis l’annonce de sa future démolition dans la presse. Mais après l’encre, ce seront les larmes des défenseurs du patrimoine Art Déco et, en particulier ceux qui défendent l’œuvre de Roger Poyé, architecte bien connu des Calaisiens, puisqu’il est l’auteur de plusieurs monuments classés —notamment la célèbre bourse du travail.



Une pétition a été lancée par deux enseignantes, les nièces de l’architecte ont écrit à Madame le Maire de la ville afin de demander que soit revu le projet de démolition (lire l’article) et même Stéphane Bern a contesté cette démolition. Mais cela n’a visiblement pas suffi.



Nous ne pouvons pas, hélas, mener tous les combats, mais si les défenseurs du patrimoine local nous avaient contacté, peut-être aurions-nous pu tenter une ultime action. D’autant plus que lorsque nous avons eu connaissance de l’affaire, un recours était encore possible.



On ne peut pas réécrire l’histoire.



En revanche, nous nous permettons de revenir sur les propos tenus par les élus pour défendre leur projet de démolition dans un article du journal La Voix du Nord du 9 juin.



Dans une question orale posée à la fin du conseil municipal, l’élu d’opposition Jean-Philippe Lannoy (Insoumis, liste « Respirer Calais ») a interpellé la maire au sujet du bâtiment de la rue des Soupirants, la chapelle, construit par l’architecte Roger Poyé. Ce site, qui fait l’objet d’un permis de démolir déposé par son propriétaire, le bailleur social Terre d’Opale habitat (TOH), a entraîné une pétition et une demande de maintien par différentes personnes, dont des membres de la famille de Roger Poyé (également architecte de l’ancienne maternité, la Bourse du travail, l’école maternelle Bossuet…).



« Il y a une mobilisation pour sauver ce patrimoine. Vous vous réfugiez derrière la décision de l’architecte des Bâtiments de France. Quelles sont les raisons précises de cette démolition ? Peut-on y surseoir ? », interroge Jean-Philippe Lannoy. C’est le premier adjoint Emmanuel Agius qui a apporté une longue réponse, refaisant un peu d’histoire…



« Le bâtiment est insalubre, non conforme à une habitation. »



Cette bâtisse a été érigée dans les années 30 et est devenue propriété de Terre d’Opale habitat en décembre 1977 (cession par la ville). Une résidence régulièrement squattée. « Le bâtiment est insalubre, non conforme à une habitation. Le taux d’humidité est épouvantable, il n’y a pas de chauffage, il n’est pas raccordé au tout-à-l’égout et il existe des trous béants dans le plancher, qui ne permettent plus à la chapelle d’être stable », explique l’élu de la majorité.



Selon le bailleur social, le bâtiment a été évalué à 50 000 € (y compris le prix de sa sécurisation). Sa remise en état serait « quatre à cinq fois supérieure à la construction d’un neuf », ajoute Emmanuel Agius. TOH veut y construire à la place, et selon les normes définies par les Bâtiments de France, une résidence de 15 à 20 logements sociaux. « La sous-préfecture, qui s’est manifestée, a aussi donné son accord pour la démolition », appuie le premier adjoint. L’immeuble doit être détruit cette année.



En résumé :



Toujours les mêmes arguments de la part des élus « démolisseurs » :bâtiment insalubre, restauration trop couteuse et nous avons besoin de construire des logements sociaux !



Sauf que là on pousse quand même le bouchon un peu loin en essayant de nous faire croire que la réhabilitation coûterait 4 fois plus cher que la démolition et la construction des logements sociaux.



D’ailleurs, à quand une grande campagne en faveur de la réhabilitation du bâti ancien pour en faire des logements sociaux ? Mais c’est un autre sujet.



Nous avons demandé l’avis d’un architecte concernant l’état de l’édifice, et il nous confirme qu’il n’y a pas d’importants désordres structurels. Certes il y a quelques fissurent, mais rien ne pouvant justifier la démolition.



Est-ce qu’une étude en faveur d’une réhabilitation a été faite ? Nous parions que non.



Mais on « invente » des chiffres, afin que le projet ne soit pas contestable.



Nous nous posons quand même certaines questions :



La ville a signé le permis de démolir avec la bénédiction (une fois de plus) de l’Architecte des Bâtiments de France. Mais si le bailleur social est propriétaire depuis 1977, pourquoi n’y a-t-il jamais eu de procédure de péril ou de constat d’abandon manifeste, puisque le bien se dégrade depuis de nombreuses années et qu’il provoque de nombreuses nuisances dans le quartier. Le rôle d’un maire n’est-il pas d’assurer la sécurité des biens et des personnes ?



Et pourquoi le bailleur social n’a-t-il pas entretenu son bien et n’a surtout jamais été rappelé à l’ordre ?



C’est facile de dire qu’un bien est insalubre quand on ne l’a jamais entretenu.



Ce genre de situation est devenue tellement banale, que plus personne ne s’émeut du sort de centaines de petits patrimoines de ce genre, que l’on acquiert pour en faire une « réserve foncière » et qu’on laisse pourrir jusqu’à ce que démolition s’en suive…



À l’heure où tout le monde semble découvrir l’intérêt pour le « petit patrimoine » pour nos territoires, il serait peut-être bien de se pencher sur le sujet sérieusement et pas uniquement en faisant des « effets d’annonce ».



En tout cas, « carton rouge » pour Calais, qui vient tout juste de recevoir le label « Ville d’Art et d’Histoire ».



Pour une première année de labellisation, cette démolition va faire joli dans le décor.

  • Photo du rédacteur: Alexandra Sobczak
    Alexandra Sobczak
  • 13 juin 2020


Nous assistons depuis quelques jours à un mouvement sans précédent, dont les revendications sont pour certaines sans doute légitimes. Toutefois, s’en prendre à des statues, souvent présentes depuis plusieurs siècles, est un acte condamnable, fait pour diviser — et en aucun cas rassembler — autour d’une cause somme toute tragique.« La destruction, la dégradation ou la détérioration d'un immeuble ou d'un objet mobilier classé ou inscrit au titre des monuments historiques constitue un délit sanctionné par l'article 322-3-1 du Code pénal. »


À partir de cet article de loi nous pouvons nous interroger sur les actes de vandalisme perpétrés ces derniers jours sur des œuvres au quatre coins du monde. Effacer les représentations de ceux qui ont fait l’histoire heureuse ou controversée d’un pays, est-ce la bonne idée en ce début du XXIe siècle tourmenté ? S’attaquer à l’art et à la culture d’une nation, est-ce le meilleur moyen « d’oublier » ? Et s'agit-il d'oublier ?Les revendications d’une minorité d’ultras anti-esclavagistes sont-elles légitimes ?Personne ne doit oublier la souffrance que l’histoire a infligé aux hommes, à tous les hommes. Il faut se souvenir, il faut transmettre, il faut expliquer…


Le « devoir de mémoire » consiste avant tout à honorer ceux qui sont victimes de l’histoire de l’humanité. Mais est-ce leur faire honneur que de s’en prendre des siècles plus tard à la culture de leur pays ? N’oublions pas « qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». (Aimé Césaire)La plus emblématique statue qui a été dégradée ces derniers jours est celle de Christophe Colomb. Ce qui signifie que certains souhaitent voir disparaître l’histoire depuis 1492 ? Mais alors dans ce cas, il faut détruire tous nos châteaux, puisque, si nous poussons la réflexion jusque-là, ils sont les témoins de l’oppression du peuple. Car les serfs et les vilains appartenaient bien aux seigneurs.


Durant des siècles, la misère était partout et la vie des « petits » n’avait aucune valeur.Doit-on pour autant s’en prendre aux représentations de Rois de France, parce que le peuple était méprisé et affamé ? Doit-on brûler Versailles parce que pendant que la Cour s’amusait le peuple agonisait ? Et même, en poussant la réflexion à l’extrême, devons-nous détruire les arènes romaines, parce que des gladiateurs y perdaient la vie ?Il faut attendre 1789 pour que l’homme soit considéré en tant que tel, sans considération de condition.Mais souvenons-nous de de l’article 10 des Droits de l'homme et du citoyen qui nous rappelle que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ».


Or, aujourd’hui, au nom de certaines tragédies qui ont émaillé l’histoire, cet ordre n’est plus respecté. S’en prendre à la culture d’un pays, c’est attaquer le pays lui-même.Retirer ou détruire une statue peut-il suffire à faire oublier ce qui ne peut pas l’être ? Certainement pas. Le bon sens consiste justement à expliquer et éduquer.D’ailleurs, citons le bel exemple de la ville de Bordeaux, dont certains personnages historiques de la ville ont fait leur fortune grâce aux esclaves.




Afficher l’histoire, heureuse ou malheureuse, ce n’est pas de la provocation et encore moins de l’amnésie, c’est de l’éducation. Et l’éducation, est le principal vecteur de la culture, dont certains hélas semblent dépourvu aujourd’hui.N’oublions pas les ravages des guerres sur bon nombre de statues, dont certaines pouvaient être considérées comme étant de grandes œuvres. Au total, 17.000 statues ont été détruites sur l’ensemble de notre territoire pendant la seconde guerre mondiale. Et n’oublions pas que dans certains pays, la destruction des statues et du patrimoine est considéré comme un crime contre l’humanité.La guerre peut nous priver d’art, mais nous ne sommes pas en guerre, du moins, pas encore…



« Entre le passé où sont nos souvenirs et l'avenir où sont nos espérances, il y a le présent où sont nos devoirs. »Henri-Dominique Lacordaire


Il était environ 1 h 45, dans la nuit de jeudi à vendredi, quand les pompiers ont été appelés suite à un début d’incendie à l’arrière de la cathédrale Saint-Pierre, à Rennes. Le feu a démarré dans une poubelle placée devant une porte.



Sans l’alerte donnée par des riverains - en particulier une employée d’un restaurant voisin - les dégâts auraient pu être beaucoup plus graves.



Les pompiers ont été mobilisés durant une demi-heure. Une enquête a été confiée à la police judiciaire de Rennes.



Nous en arrivons à un tel stade de violence envers le patrimoine que Victor Hugo sera le mieux placé pour faire une analyse de la situation. Nous nous résignons à ne faire aucun commentaire pour une fois.



Quand de ses souvenirs la France dépouillée,


Hélas ! aura perdu sa vieille majesté,


Lui disputant encor quelque pourpre souillée,


Ils riront de sa nudité !


Nous, ne profanons point cette mère sacrée ;


Consolons sa gloire éplorée,


Chantons ses astres éclipsés ;


Car notre jeune muse, affrontant l’anarchie,


Ne veut pas secouer sa bannière, blanchie


De la poudre des temps passés.



Victor Hugo, « La bande noire » 1823

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