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Nous avons pourtant vu des centaines de cas ubuesques — car la sauvegarde du patrimoine nous offre souvent un festival de « grand n’importe quoi », mais un cas comme celui-ci nous semble atteindre des sommets. Nous avons reçu un mail désespéré d’un propriétaire privé, amoureux du patrimoine, soucieux de sa sauvegarde et de sa valorisation, et qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la défiguration de son bien. Ce bien est pourtant le dernier vestige d’un passé industriel glorieux qui a fait connaître la ville bien au-delà de nos frontières.


Avec son accord, nous publions en premier lieu le courrier qu’il nous a adressé et qui « plante » bien le décor :



« Je suis le propriétaire du porche et de la porte cochère au 17bis rue Ernest Lepot à CAMBRAI.59400 Cette porte et ce porche étaient l'entrée des bureaux et magasin de la société « A la ville de Cambrai », fabrique de toile de batiste dont les produits ont été reconnus pour leur qualité en France et en Europe.




La famille Capliez a organisé à partir de 1850 une entreprise de commerce de lin, de la production à la vente par correspondance de produits de luxe. Nous sommes en possession de documents historiques attestant de l'importance de cette fabrique et de l'organisation de la vente par correspondance que les dirigeants avaient mis en place dès 1850. (carte postales, catalogues, contrat avec des représentants, correspondance avec grossistes, et autres techniques commerciales novatrices pour l'époque.)




Je me bats depuis 5 ans pour préserver ce patrimoine.



J’ai interpelé la presse locale en janvier 2020, ce qui avait fait tout d’abord réagir le Maire, mais la société Clésence travaillant régulièrement avec la mairie a fait valider par cette dernière en mon absence et sans que j’en ai connaissance ce projet de destruction du patrimoine dont je suis le propriétaire. Aujourd'hui la société Clésence, bailleur social, condamnée à réparer en première instance, s’apprête à détruire les moulures du XVIII et à saccager la porte cochère remarquable située dans le secteur classé de la cathédrale.



Je ne sais plus comment agir ? « Petit propriétaire » face à cette société et la mairie.



J’ ai fait appel des décisions du tribunal judiciaire de Cambrai, mais Clésence tente de profiter du temps judiciaire pour accomplir son œuvre de destruction alors qu’elle en a l’entretien à ses frais exclusifs (acte notarié).



Désespéré, j’espère que votre association pourra m’aider à la préservation de ce patrimoine cambrésien et régional et à empêcher la disparition des ultimes traces de la prospérité de la filière du  lin cambrésien.



Je peux vous faire parvenir des documents historiques, le livre retraçant l’histoire de cette fabrique et le projet de mon architecte.



Je reste à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire.



Je vous remercie d’avance de votre retour. »



Nous avons pu consulter les projets de réhabilitation. Voici celui réalisé par l’architecte du propriétaire qui respecte bien l’esprit du lieu. Et celui de la société Clésence qui, d’après nous, ne mérite même pas un commentaire.



Si la société Clésence (filiale du groupe « Action Logement ») intervient sur ce bien privé, c’est qu’en échange d’un droit de passage elle est en charge de l’entretien de la façade et du porche d’entrée. Sauf qu’elle doit confondre entretien et destruction. Elle s’apprête donc, en tout impunité, à détruire le porche et en lieu et place de la porte d’origine, elle compte installer une grille.



Déjà en temps normal ce genre d’action serait contestable sans l’accord du propriétaire, mais s’agissant d’un patrimoine emblématique, témoin de la mémoire collective locale et, qui plus est, situé à 200 mètres de la Cathédrale classée Monument Historique, notre étonnement est encore plus grand.



Nous savons tous à quel point les Architectes des Bâtiments de France sont pointilleux, lors que l’on souhaite repeindre ses volets dans un secteur protégé, alors détruire un élément architectural remarquable, avec l’accord du maire et du Tribunal judiciaire, ne peut que laisse perplexe. Pourquoi, dans ce cas précis, aucun avis conforme n’a été demandé à l’Architecte des Bâtiments de France ? Pourquoi aucune demande d’autorisation de travaux n’a été déposée ?



Toujours est-t-il que, lors de l’audience en appel au Tribunal Judiciaire qui aura lieu très prochainement, il se pourrait bien que le propriétaire se voit toujours privé de son droit, au prétexte qu’il ne s’est pas rendu à une réunion en mairie lors de la présentation du projet de la société Clésence. Nous précisons que cette convocation n’était pas d’ordre judiciaire et que si le propriétaire était absent, c’est juste parce qu’il travaille, et que la municipalité n’a pas jugé bon d’organiser la réunion à une date ultérieure.



Afin d’avoir une vision plus juridique de la question, nous avons demandé à Maître Théodore Catry, notre avocat, de nous donner son avis. Le voici :



« Le fait que les travaux aient été validés par un juge judiciaire ne suppose pas pour autant leur validation sur le plan administratif. Ce d’autant que le projet se situe en périmètre des abords de plusieurs Monuments Historiques et que toute demande d’autorisation suppose à priori, l’avis conforme de l’Architecte des Bâtiments de France. »




Bien évidemment, nous avons répondu présents à l’appel de ce Monsieur, dont nous saluons le courage et l’engagement. Nous allons saisir la Direction Régionale des Affaires Culturelles, en espérant qu’elle sera réactive et qu’elle rappellera aux contrevenants que le patrimoine doit être respecté.



  • Photo du rédacteur: Alexandra Sobczak
    Alexandra Sobczak
  • 3 févr. 2022

Il est rare que nous communiquions sur des projets qui ne sont pas les nôtres, mais nous ne pouvions pas ne pas mettre en lumière celui-ci. Un film d’animation va mettre en scène de précieux documents. Jérôme Duc-Maugé, producteur délégué du projet, nous en présente les grandes lignes :



Jérôme Duc-Maugé est diplômé de l’IAE de Lyon avec un Master de Management et Stratégie Commerciale après une formation initiale à l’ESRA et à l’INA. En 2002, il fonde « Cocottes minute » avec laquelle il a produit jusqu’ici une soixantaine de documentaires, récemment Interpol, une police sous influence ? (ARTE), Les cobayes du cosmos, confidences d’astronautes (France 5), Marseille, ils ont tué mon fils (France 2). Puis il crée « Parmi les lucioles » pour produire des films de fiction et d’animation — plusieurs courts-métrages dont celui d’Hélène Friren Au poil et la série d’animation Juliette Génération 7.0 (ARTE) et La femme canon (Canal+). Entre autres, il produit actuellement le prochain long-métrage d’animation d’Alain Gagnol et Jean-Loup Félicioli, Les contes du hérisson. En 2018, il a effectué la formation Directeur Littéraire au CEEA.



A Izieu, petite commune du département de l'Ain, Sabine et Miron Zlatin investissent, dès mai 1943, une maison pour y accueillir des enfants soustraits au péril. Victimes de la persécution nazie et du régime de Vichy, ces enfants juifs réfugiés, séparés de leurs parents et condamnés à l'exil, trouvent refuge dans ce hameau. Ils étaient d'origine allemande, polonaise, belge ou encore française, de métropole ou d'Algérie.



Dans la maison d'Izieu, lieu bucolique « du bout du monde », la vie s'organise au rythme des saisons, des jeux, des bonheurs et des tristesses. Les enfants se racontent, écrivent et dessinent des histoires inspirées de personnages folkloriques, de récits romanesques et autres bandes dessinées qui leur font rêver d'un autre monde.



Accompagnés par le jeune cuisinier de la Colonie, Philippe Dehan, qui à 21 ans leur transmet son amour du cinéma, les enfants créent des histoires sous forme de rouleaux dessinés, destinés à être projeté à la lueur d'une bougie selon le principe de la lanterne magique (instrument d'optique qui sert à projeter des images sur un écran ou sur un mur, comme une bobine de film). Les enfants accompagnaient cette projection par la lecture de leurs récits, véritables scénarios dont ils interprétaient les dialogues et créaient les bruitages. Leurs dessins prenaient ainsi vie devant eux, lors de ces veillées où l'on imagine que le temps se suspendait.




Le 6 avril 1944, la lanterne magique s'est éteinte. Après la rafle commanditée par Klaus Barbie qui a conduit les 44 enfants et 7 éducateurs encore présents à la déportation à Auschwitz-Birkenau (dont seule une adulte reviendra), Sabine Zlatin retourne sur les lieux saccagés quelques semaines plus tard. Elle conserve précieusement chaque document retrouvé, lettres mais surtout dessins.



78 ans après la rafle des enfants de la Colonie d’Izieu, leurs dessins reprennent vie avec un court-métrage d’animation sensible et inédit.



« Parmi les lucioles films », en partenariat avec l’école Emile Cohl, adapte actuellement pour La Maison d'Izieu une restitution des rouleaux dessinés dans l’esprit de ce qu’en avaient fait les enfants de la Colonie, en film d’animation. Pour retrouver les conditions d’écoute de ces histoires que les enfants se racontaient ensemble, la bande son est réalisée par une classe d’enfants réfugiés allophones du collège Aimé-Césaire de Vaulx-en-Velin, formés spécialement par des techniciens du cinéma à poser leur voix et à effectuer les bruitages du film.



Ces rouleaux nous projettent dans le temps, un soir de veillée, où ces enfants interprétaient leurs récits en les faisant dérouler à la lueur d’une bougie. Document unique, témoin de leur complicité juste avant la tragédie, c’est cet instant d’insouciance qu’il s’agit de donner à vivre à nos contemporains. La singularité de ce projet est à la fois une force et une faiblesse. En effet, ce court métrage ne rentre pas dans les cases habituelles des financements audiovisuels (ni TV, ni CNC). De nombreux partenaires nous ont déjà rejoints pour financer cette première réalisation. Leur engagement a été décisif, mais il ne permet pas de couvrir la totalité des coûts de production de l’œuvre animée. 



Ainsi, nous comptons sur votre soutien pour donner de la visibilité à cette campagne et mener le projet à la hauteur de nos ambitions !  


À l’heure où l’écologie est au cœur de toutes les préoccupations, le projet de bétonnage de l’île de la Barthelasse nous laisse dubitatifs. Comment peut-on, de nos jours, envisager un tel écocide, alors qu’avec un minimum de bon sens un projet alternatif respectueux de la nature pourrait voir le jour ? Comment l’État peut-il cautionner cela ? Et nous pourrions même aller plus loin en demandant : « à qui profite le crime ? ».



Le patrimoine naturel faisant également partie de nos prérogatives, c’est tout « naturellement » qu’Urgences Patrimoine se joint au collectif « SOS Baqrthelasse » afin de mettre un terme à ce projet d’un autre siècle.



Nous vous invitons à participer à l’enquête publique dont le lien se trouve en fin d’article. Cinq minutes de votre temps peuvent contribuer à sauver cette île du bétonnage sauvage. D’avance merci pour votre aide.



Le collectif SOS Barthelasse nous résume la situation :



Au cœur de l'agglomération d'Avignon se trouve l'île de la Barthelasse, vaste territoire de 700 hectares à vocation principalement agricole.


Depuis toujours, l'île subit les crues du Rhône, dont les limons contribuent à la fertilisation des terres.



Une digue, construite à la fin du XIXe siècle, renforcée depuis régulièrement, protège l'île, ses habitants (une centaine de foyers) et les exploitations agricoles des petites crues régulières.



Des arbres ont pris racine sur cette digue depuis 150 ans. Il s'agit d'une ripisylve, ou forêt alluviale, qui joue un rôle de corridor écologique, essentiel au maintien de la biodiversité.



Cette forêt de plusieurs milliers d'arbres plus que centenaires, regorge de vie sauvage et de nombreuses espèces vulnérables y ont été recensées. Chiroptères, odonates, insectes, reptiles, mammifères (dont la loutre) ... protégés par différentes lois et dispositifs nationaux et européens (la Barthelasse se trouve notamment dans une zone Natura 2000).




A la fin des années 90, soit il y a une trentaine d'années, un projet de rénovation de la digue de l'île de la Barthelasse a vu le jour. Après des années de montage, ce projet est entré dans une phase décisive, puisqu'une enquête publique se déroule actuellement, et jusqu'au 9 février à midi.



De nombreux citoyens s'expriment contre ce projet qui, au prix de beaucoup d'argent public (18 millions d'euros) et d'un massacre environnemental d'un autre âge, va bénéficier à très peu de gens.



Ce projet, écocide et anachronique, est jugé recevable par les services de l'Etat alors qu'il présente de nombreuses carences et insuffisances.



Citons notamment :



L'absence délibérée de transparence et le manque total de concertation dont ce projet a fait l'objet depuis 30 ans : dissimulations, mensonges, fin de non-recevoir, tout a été fait pour systématiquement confisquer ce dossier au public, en violation manifeste de la loi (notamment la directive européenne 2003/4/CE et la charte de l'environnement).



L'étude d'impact qui s'appuie sur des inventaires mal menés et incomplets. La demande de dérogation pour la destruction d'espèces animales protégées, indispensable pièce du projet puisque situé en zone Natura 2000, concerne 62 espèces. Des naturalistes indépendants ayant réalisé des inventaires dans la durée, en dénombrent de leur côté plus de 170 ! Dans un cas comme dans l'autre, on ne peut concevoir l'idée de porter intentionnellement atteinte à autant d'espèces, pour un projet dont l'intérêt est discutable et dont les alternatives sont possibles.



L'analyse coût / bénéfice, qui tient pour quantité négligeable l'environnement, dont la valeur n'est à aucun moment prise en considération.



Le non-respect de la séquence ERC, obligation du code de l'environnement, dont l'objectif est d’obtenir que les projets d’aménagement du territoire se fassent sans perte de biodiversité aucune. L’ordre hiérarchique de cette séquence doit obligatoirement être suivi par les aménageurs.



Il faut d’abord éviter les impacts sur les écosystèmes, puis, seulement si ce n’est pas possible, il faut les réduire, et en dernier recours, si réduire n’est pas possible non plus, on doit les compenser. Seules les mesures "Éviter" garantissent la non atteinte à l’environnement.



Or, on ne trouve dans la conception du projet, aucune trace d'une volonté d'évitement ou de réduction de son impact environnemental catastrophique. Tout au mieux des promesses de compensations, qui vont de l'inutile (replanter des arbrisseaux, d'autres espèces, sur des sites déjà naturels) à l'aberrant (des gîtes en béton pour les castors, on ne sait pas si l'on doit en rire ou en pleurer).


Les autorités environnementales ne s'y sont pas trompées, puisque tant la Mission Régionale d'Autorité environnementale (MRAe) que le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) ont donné un avis négatif ou sévère sur ce dossier.



Pourtant des solutions existent, qui permettraient de concilier à la fois protection contre les crues et préservation de l'environnement. Comme par exemple la technique de la digue en retrait, proposée par le collectif SOS Barthelasse, qui dénonce les méthodes brutales de l'actuel projet et ne cesse d'inviter à une plus large concertation.



Restée sourde à ces appels, la communauté d'agglomération du Grand Avignon a malgré tout fait le choix de maintenir son projet, qui va causer un lourd préjudice à toutes et tous, et pour longtemps.



Déjà en 2016 la presse relayait l’absurdité du projet :


L'enquête publique en cours vise à déterminer si ce projet est, oui ou non, d'utilité publique. Toute personne, tout.e citoyen.ne, quelle que soit sa nationalité, quel que soit son lieu de résidence, peut apporter sa contribution à cette enquête publique.



Nous invitons vivement tous les lecteurs de La Gazette du Patrimoine à prendre part à l'enquête publique pour contribuer à nos côtés à la dénonciation de ce non-sens écologique. Chacune, chacun, avec ses mots, peut contribuer à ce que les aspects dévastateurs de ce projet soient explicités, dans l'espoir que cette prise de conscience unanime et nationale exerce une influence décisive sur l'issue de l'enquête et la décision de l'administration à qui il revient d'autoriser le projet.



Pour vous aider dans cette démarche, nous avons mis à votre disposition un "Kit citoyen" qui vous donne les informations nécessaires sur le projet et sur les modalités de participation à l'enquête publique ICI.


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