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Dernière mise à jour : 9 janv. 2024

Alors que nous avons appris il y a quelques semaines, que le sublime Château de Valençay allait bénéficier de 300.000 euros de dotation du Loto du patrimoine pour la restauration de son théâtre (lire l’article de La Nouvelle République ICI),nous apprenons aujourd’hui la démolition prochaine d’un petit édifice, certes très modeste, mais pourtant marqueur fort de la commune.


Nous nous réjouissons bien évidemment pour le château, fleuron du patrimoine national, mais, à travers cet article, nous souhaitons illustrer ce que nous répétons sans cesse, à savoir l’intérêt pour les grands, le déni pour les petits.




Certes, les milliers de touristes qui viennent dans cette superbe commune pour visiter la demeure de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ne viendront pas visiter l’humble « Arrêt du Tacot », c’est une évidence, mais ce petit édifice est pourtant à son niveau un élément fort du patrimoine local, notamment du fait de son architecture de briques, peu utilisées dans la région.



Abandonné depuis les années 80, suite au décès de ses derniers propriétaires, la commune vient de le condamner, car il est jugé trop vétuste et désormais dangereux.



Cela, nous l’entendons bien, et nous comprenons la décision du maire qui doit assurer la sécurité de ses administrés. Sauf qu’il existe une solution pour satisfaire tout le monde, sans dépenser d’argent public (une démolition a un coût ). Cette solution est la cession du bien à l’euro symbolique. Nous avons sauvé la maison médiévale d’Orpierre (Hautes-Alpes) grâce à ce procédé et plus récemment, l’imposant Château de Westhove (Pas-de-Calais), sans parler de « notre » chapelle de Vrères (Deux-Sèvres) qu’Urgences Patrimoine va restaurer gracieusement pour la sauver des pelleteuses.


Nous allons dès demain contacter la commune, afin de proposer de prendre en charge l’édifice dans le cadre de notre dispositif « PPA » (un Patrimoine, un Projet, un Avenir), en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Nous sommes convaincus qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, et comme le disait Talleyrand , « on ne croit qu'en ceux qui croient en eux » et en ce qui concerne « L’Arrêt du Tacot », nous croyons être en mesure de lui offrir un avenir.



Vive le « petit » patrimoine des territoires !



Pour plus de détails, voici le lien de l’article de La Nouvelle République, grâce auquel, nous avons été alertés ICI.


Vendredi dernier, Nadia Mezrar, madame la Maire de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, a organisé un point presse pour le retour tant attendu de la statue de Saint Roch, en présence de Monsieur Didier Ragot qui représentait la paroisse et de moi-même. Et je ne vous cache pas que j’attendais ce moment depuis fort longtemps. Maintenant qu’il est de retour, j’ai tenu à raconter les détails de cette sauvegarde mouvementée et qui fut la source de bien des angoisses…



Il est rare que je rédige un article dans notre Gazette du Patrimoine en mon nom propre, mais « l’aventure » de Saint-Roch est trop personnelle pour que je m’en prive. Je rappelle que c’est à Saint-Pierre-lès-Elbeuf que se trouve le siège social d’Urgences Patrimoine et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un bureau parisien pour défendre le patrimoine de l’ensemble des territoires, bien au contraire. Qui mieux qu’une association de province peut défendre le patrimoine oublié de la province ?


 


Quand je suis arrivée il y a cinq ans, le premier endroit que j’ai visité était l’église du Lierroult, une modeste église, un peu excentrée du centre-ville.  En centre-ville, nous avons d’ailleurs une église plus importante, construite un peu après pour répondre au développement de la commune à la fin du XIXe siècle.




Comme l’histoire de cette petite église est étroitement liée à l’histoire de la maison de mon mari, je me suis sentie obligée de faire quelque chose pour elle. Certes, Urgences Patrimoine n’a pas les moyens de refaire une toiture ou de financer de grands travaux, mais, grâce à notre dispositif « Un Geste à l’Édifice », nous pouvons tout de même faire certaines choses.



Notre première action en faveur du Lierroult, fut de remettre la cuve baptismale sur un pied. Quand je suis arrivée, elle était par terre et il m’a semblé urgent de la remettre debout. David Poiron, artisan compagnon tailleur de pierre, est donc venu de Lille pour tailler gracieusement un nouveau pied dans un bloc de pierre offert par David Briche, un des membres de notre réseau, et avec l’aide de quelques courageux paroissiens la cuve baptismale a retrouvé sa place d’origine à l’entrée de l’édifice.




J’ignore pour quelle raison, je n’ai pas fait attention à la pancarte située à l’entrée de l’édifice qui mentionnait la présence d’un Saint Roch en bois polychrome ; toujours est-il que quelques mois plus tard, je lisais enfin l’intégralité du texte et l’enquête pour retrouver la statue, absente sans doute depuis plusieurs décennies, allait commencer.




Après avoir interrogé les élus de l’époque, les prêtres et quelques paroissiens, c’est finalement dans la sacristie de l’autre église de Saint-Pierre que Saint Roch fut retrouvé.



Ce fut donc un premier miracle, le second étant de le trouver encore debout, car vue la quantité du sciure qui se trouvait à ses pieds, il ne faisait nul doute que ce pauvre Saint Roch  servait depuis des années de repas à des dizaines d’insectes xylophages. Je peux affirmer qu’après encore quelques années, remisée là et sans soins, l’œuvre aurait fini en poussière.




Il ne me restait plus qu’à demander « l’exfiltration » de Saint Roch au maire pour tenter de le sauver. Il n’était bien entendu pas question de demander la moindre subvention publique, ou de faire un appel aux dons, et c’est donc par le biais de notre dispositif « Un Geste à l’Édifice » (comme pour le pied du baptistère) que nous allions concrétiser cette sauvegarde. Pour ceux qui ne connaissent pas ce dispositif d’Urgences Patrimoine, il consiste à faire intervenir des artisans dans le cadre du mécénat de compétences. L’artisan offre son temps et son savoir-faire pour des éléments du patrimoine en péril pour lesquels il n’y a pas de budget. Donc, pas un centime d’argent public n’est dépensé. Seule « contrainte » pour la commune, assurer le transport de l’œuvre quand une restauration sur place n’est pas envisageable et être patiente, car les artisans participants à cette opération le font sur leur temps libre, car il est évidant qu’ils ont besoin de faire passer en priorité leur travail rémunéré.


 


Il n’y a pas qu’à la commune que Saint Roch aura appris la patience :  à moi également et on ne peut pas dire que la patience soit ma qualité principale. Pourtant, il a bien fallu.



Au départ, c’était une restauratrice niçoise qui avait accepté de prodiguer ses bons soins à notre petit malade. Mais trop loin pour pouvoir assurer le transport. Un artisan de notre réseau situé dans la Nièvre s’était alors proposé et comme il était de passage chez moi, il pouvait l’emmener. C’est ce qu’il a fait, en prévenant tout de même qu’il ne faudrait pas être pressé, d’autant qu’à l’époque, il faisait partie des « stars » de l’émission « affaire conclue » sur France 2.


 


Malgré notre bonne volonté et l’envie de vouloir toujours faire pour le mieux, nous ne sommes que des êtres humains, avec nos caractères et nos travers, et après plus de deux ans de présence dans l’atelier nivernais, l’artisan a renoncé à la restauration. C’est un peu le revers de la médaille du bénévolat, car on ne peut pas obliger quelqu’un à faire quelque chose gracieusement s’il change d’avis. Je l’ai compris et accepté, ce qui ne fut pas le cas d’un paroissien qui a passé son temps à me harceler et qui a même fini par faire courir le bruit que j’avais vendu la statue. Vous n’imaginez pas à quel point j’ai été blessée par ce « bruit » détestable, moi qui ai tout sacrifié depuis bientôt neuf ans, pour sauver ce qui peut l’être sans que cela ne coûte quoi que ce soit aux collectivités.



Toujours est-il qu’il fallait trouver un plan B en urgence et surtout récupérer Saint Roch dans la Nièvre. Heureusement, notre réseau est vaste et un de nos adhérents nivernais a très gentiment accepté d’aller le chercher chez l’artisan.


 


C’est à cette même période que j’avais au téléphone pour tout autre chose, mon amie Sabine de Freitas, une des plus brillantes restauratrice de peintures murales en France, mais aussi, spécialiste des bois polychromes. Je lui ai fait part de mes déboire « Saint Rochiens », et elle m’a immédiatement proposée de le prendre en charge.



Depuis la Nièvre, direction la Touraine où Sabine co-dirige le Conservatoire Muro dell’Arte et après quelques semaines de soins intensifs, Saint Roch a été sauvé. Ouf !!!




La restauration d’une œuvre peut-être également l’occasion de transmettre un savoir-faire, un geste. Et c’est exactement ce qui a été le cas pour notre statue.



Le Conservatoire enseigne de nombreuses techniques à des apprentis, et c’est Laurine Payenchet, apprentie compagnon du devoir, qui a œuvré sous la haute surveillance de Sabine. Saint Roch a été sauvé et a permis également la transmission d’un savoir-faire, cela nous réjouit doublement et nous les remercions bien sincèrement toutes les deux.




J’espérais le retour tant attendu de la statue pour le 16 août, jour de la Saint-Roch, mais en pleine période estivale, l’organisation du retour était compliquée pour les services de la ville, ce qui est tout à fait logique.



C’est donc début décembre que Saint Roch a retrouvé ses terres Saint-pierraises et je peux vous assurer que c’est pour moi un extraordinaire cadeau de Noël, tant ce « Geste à l’Édifice », m’aura causé des tracas.



Mais tout est bien qui finit bien et c’est le principal.



Maintenant, il faudra envisager son retour dans son église d’origine, sans doute dans quelques mois, quand les conditions climatiques seront plus clémentes pour éviter un choc thermique selon les préconisations de notre restauratrice et surtout, après avoir réfléchi aux moyens de sa sécurisation dans l’édifice, afin que Saint Roch n’entame pas un nouveau voyage, cette fois contre son gré.


 


Je tiens à préciser que, malgré les déconvenues, nous avons réussi à sauver un témoin majeur du patrimoine de la commune et que si je n’avais pas lu cette pancarte en 2019, Saint Roch aurait probablement disparu. Si le cas de cette statue était un cas isolé, ce ne serait pas grave, mais c’est dans la majorité des églises de France que des œuvres sont remisées, puis souvent oubliées. Nous perdons chaque année des centaines d’œuvres, parce qu’on ne sait même plus qu’elles existent, ou parce qu’il n’y a pas de budget pour les restaurer. Alors notre opération « Un Geste à l’Édifice » entraîne parfois quelques contraintes, mais nous permettons aux « oubliées » de passer de l’ombre à la lumière.



Un immense merci à tous les artisans qui s’engagent à nos côtés pour l’avenir du patrimoine de proximité.


 


Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 décembre 2021, le discret et élégant château d’Aunay-les-Bois a brûlé.



Ce spectaculaire sinistre a été suivi en direct par la presse. Il n’est pas question ici de revenir sur un récit maintes fois relaté, mais pour faire un état des lieux des premières actions envisagées par Jean-David Desforgesqui souhaite s’engager pour la sauvegarde de cet édifice qui lui est familier.


Jean-David Desforges est archéologue du bâti, avec de multiples interventions à son actif sur des restaurations de Monuments Historiques ornais et des chantiers d’archéologie préventive, dont une intervention à Aunay dans le cadre d’une mission d’inventaire et de valorisation du patrimoine.


Ce qui m’intéresse, c’est l’après, et ce que je peux faire. Comment un archéologue du bâti, qui par ailleurs connaît bien l’édifice, peut réagir face à un tel événement ? Je vais droit au fait, rejoignant Steve de Romanet, fils du propriétaire, avec cette formule prononcée avec une belle énergie : « On est choqué, mais pas à terre ! » De là, proposer un bénévolat de compétence pour la suite est une évidence : archéologie, recherche documentaire, assistance à maîtrise d’ouvrage, mise à disposition de réseau, promotion du chantier et du site. Les pistes sont nombreuses, d’autant que j’ai engrangé de la matière et une amorce d’étude sous le coude.



Premier réflexe : plonger dans les archives photographiques qui remontent aux années 1990. Celles-ci sont dans ce service…, celles-là ici… Les dernières, c’est juste à la veille de la crise sanitaire... Le fonds s’avère d’autant plus précieux que je constate que les médias ne publient aucune image d’Aunay avant l’incendie ! Comment les exploiter ? Les techniques ont beaucoup évoluées en 25 ans. On déformait alors des tirages papiers à la photocopieuse pour réaliser des élévations plus ou moins précises, ou on assemblait les photos pour obtenir des vues en œil de poisson…, un moyen d’avoir des vues d’ensemble très détaillées. L’informatique et la photographie numérique offrent maintenant des possibilités d’orthophotograhie, de modèles 3 D.



Donc, dimanche 12 décembre, j’ai réalisé une couverture photographique de l’extérieur du château. L’air est encore chaud, et l’appareil le capture au-dessus des ruines d’Aunay (je n’aurai jamais imaginé écrire cette phrase…). Charpentes et solivages sont amoncelés sur les sols, avec les gravats des cheminées, de la couverture… des centaines de mètres carrés d’ardoise. Les gouttières pendent en tous sens ou se dressent encore quand les charpentes ont disparu. Le château a des allures d’usine. Les volets sont partiellement consumés. Des braises se raniment avec le vent. Des flammes reprennent. Des matériaux tombent, ponctuant la séance de relevés photos. Je ne sais pas encore que ce sont les caves qui commencent à céder sous le poids accumulé. Dans le silence, je fais le tour à distance de sécurité de cette immense cheminée qui craque. Parfois un tir de chasseur ou un moteur lointain arrachent l’observateur à cette vision hypnotique.




Le temps est aussi changeant, et me permet des prises de vues un peu plus esthétiques. En fin de journée, je rejoins Steve de Romanet. Il me raconte que lors de la première discussion avec l’Architecte des Bâtiments de France évoquant sur le site une reconstruction à l’identique du château… deux cheminées s’effondrent, entraînant les murs internes. Mauvais présage ? Le scénario se dessine dans nos échanges. Ce qui reste vertical devra être étayé après refroidissement et déblaiement, les cheminées frettées, les baies étançonnées. Certaines parties devront être démontées. Le travail devra se faire à la nacelle, par sécurité.


Ce sinistre est l’occasion aussi d’appréhender la vie de ce monument. Deux majestueux pignons se dressent encore à l’intérieur : ce sont les murs du logis du XVe siècle, ou peut-être plus ancien. Enveloppé par le château de la fin du XVIe siècle, il n’était plus perceptible que par les habitants et les connaisseurs. Maintenant, il est à nu… en espérant qu’il tienne. Aunay, c’est au moins mille ans d’histoire. En contre-bas, on voit la motte castrale, puis à mi-pente, sur un replat, une enceinte fossoyée qui n’est pas sans évoquer le site d’une maison forte, puis là, en bord de plateau, sous les décombres, le château dont on est sûr qu’il se dresse ici au moins depuis le XIVe siècle.


Les étapes à franchir pour sauver Aunay sont nombreuses, mais cela peut se faire. Cette opération mettra en œuvre les dimensions humaines propres et multiples à ce monument, qu’elles soient passées, présentes, à venir. Alors que la chaleur se dégage encore d’Aunay, je me rends compte que ce château, bien que sinistré ou parce qu’il est sinistré, joue toujours son rôle de patrimoine commun : il nous amène à créer des liens. Dans les semaines à venir, une association dédiée à la reconstruction du château d’Aunay naîtra. D’autres bénévolats de compétence s’ajouteront à ceux déjà engagés, j’en suis sûr !



Jean-David Desforges

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