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À l’invitation du Maire de la commune, Monsieur Joacquim Pueyo, quatre associations de sauvegarde du patrimoine ont pu exposer leurs inquiétudes quant au projet d’extension de la maison médicale. Pour cette ouverture au dialogue, nous ne pouvons que féliciter et remercier Monsieur le Maire ainsi que les élus présents.

Les Amis de la Société du Vieil Alençon, Histoire et Patrimoine de Damigny, Amis du Patrimoine de Cerisé et Urgences Patrimoine ont pu, tour à tour, faire part de leurs craintes et de leurs interrogations multiples :


  • projet ne s’intégrant pas dans le périmètre protégé

  • choix des matériaux

  • affichage du permis de construire

  • occupation avérée et officielle des praticiens

  • destination exacte de l’extension …

  • préjudice et impact sur le patrimoine remarquable local


Tous ces sujets ont été abordés de façon franche et directe, ce qui en soit fut déjà une très bonne chose. En revanche, deux points précis ont été évoqués de façon insistante par les élus :



1/ S’il faut revoir l’intégralité du projet, la maison médicale ne verrait pas le jour, et nous serions tenus responsables.



Pour rappel, jamais les défenseurs du patrimoine que nous sommes ont remis en cause la construction de la maison médicale. Nous savons qu’elle est attendue par de nombreux habitants et surtout par des personnes d’un certain âge et pour lesquelles cette infrastructure est très importante. Elle est également nécessaire dans le cadre de la redynamisation du Centre-ville et, de fait, elle reste donc un atout incontestable.



2/ Si des modifications étaient apportées, les principaux financeurs se désengageraient.



Nous n’imaginons pas une seule seconde que, pour un projet plus adapté et répondant aux exigences de tous, les principaux financeurs pourraient se désengageraient. Cet argument nous semble peu recevable.



Monsieur le Maire a toutefois pris une décision pleine de bon sens : celle d’organiser une commission où tous les acteurs de ce projet seraient présents, y compris, les défenseurs du patrimoine.




Cela fait des années qu’Urgences Patrimoine demande que ce genre de commission soit mise en place, à partir du moment où un projet de démolition ou de construction doit entraîner des changements notables dans un secteur patrimonial cohérent.



Bien entendu, nous sommes conscients que la voix des associations de sauvegarde du patrimoine n’aura toujours qu’une valeur consultative, car nous ne pourrons jamais contredire les services de l’État, mais cette voix pourra peut-être éviter ce genre de situation. N’oublions pas qu’à travers nos constats, nous relayons bien souvent ceux de l’opinion publique et que, bon nombres de projets sont financés avec de l’argent des contribuables. Ce type de commission serait donc un moyen de représenter les citoyens lors de la présentation de projets qu’ils vont indirectement financer. En outre, elle serait moins lourde en terme d’organisation qu’une concertation publique, mais elle aurait du sens.



Puisque Monsieur Pueyo est prêt à organiser cette commission, nous pensons qu’elle pourrait être une commission « pilote » et que, si celle-ci s’avère constructive, alors elle pourra être dupliquée sur l’ensemble du territoire.



Elle pourrait être composée comme suit :


  • élus

  • représentants de la DRAC

  • ABF

  • architecte du projet

  • représentants des principaux financeurs

  • représentants des associations du patrimoine, locales

  • 1 représentant d’une association du patrimoine nationale (pour la neutralité du jugement)

  • représentants des associations de quartiers le cas échéant


C’est en substance la composition de la commission qui sera mise en place par Monsieur le Maire d’Alençon afin que tous les partis puissent échanger en toute objectivité avec un seul but : celui de l’intérêt général.



En conclusion, ce rendez-vous fut plein de promesses et nous sommes heureux de l’ouverture au dialogue et au débat, mais nous restons vigilants tant que le projet ne sera pas revu. C’est la raison pour laquelle la pétition doit rester en ligne et nous vous invitons à la signer, si cela n’est pas encore fait.



Notons que l’affichage du projet devant la basilique a été remplacé pour être moins « effrayant » que le précédent.




Nous précisons également que la cérémonie de « pose de la première pierre n’aura pas lieu comme prévu le 10 mai, en partie bien évidemment pour des raisons sanitaires, mais également en raison de la possible révision du projet.



Nous profitons de cette publication pour demander aux professionnels du patrimoine de nous adresser leurs avis par mail, car ils ont été très nombreux à commenter nos précédents articles et nous souhaiterions éventuellement présenter des projets contradictoires lors de la commission.



N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des propositions ou des suggestions : urgences.patrimoine@gmail.com



Nous espérons que la fin du « feuilleton Alençon » est proche, en tout cas, nous nous employons à cela.



À l’issue de cette réunion Monsieur Pueyo a confirmé cette volonté dans la presse locale. Lire l’article ICI.





Quand on connaît un sujet très à fond, on est généralement le plus mal placé pour en parler simplement. Et cependant, il arrive aussi qu’on soit le seul à pouvoir le faire, et qu’il faille donc se plier à cet exercice ingrat – car il est difficile et insatisfaisant – dès lors que des valeurs et des principes supérieurs sont en jeu, comme la défense et l’illustration du patrimoine. De fait, aussi effarant que cela puisse paraître, il est exact – ainsi que je vais immédiatement le prouver – que personne jusque-là n’avait jamais réellement travaillé sur Germigny, ce qui rend ce patrimoine éminemment vulnérable. Plus préoccupant encore : tout le monde semble s’autoriser à en glisser périodiquement un mot, alors que depuis cent ans, aucun historien ou historien de l’art – exception faite de Gilberte Vezin (vers 1949) et de Willbald Sauerländer (en 1965) – n’est jamais venu voir l’église en personne.


« Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales » (W. Sauerländer)



Paradoxalement, ce sont les quelques lignes que Willibald Sauerländer, le grand spécialiste de l’art gothique, lui a octroyées il y a cinquante ans qui ont porté à la bonne connaissance de Notre-Dame le préjudice le plus dommageable. L’historienne Irene Plein, qui a consacré en 2006 un ouvrage remarqué à la cathédrale de Sens, explique ce phénomène déplorable avec une grande lucidité : c’est parce que les travaux de Sauerländer, considérés paresseusement comme des travaux d’autorité, ont procuré l’alibi littéraire qui dispense de visiter en personne les « petits et moyens édifices » « qu’au lieu de stimuler la recherche, comme il eût été souhaitable, ils l’ont complètement enrayée. » Et Irene Plein de conclure : « En dehors de quelques études monographiques sur Saint-Loup-de-Naud, Senlis et Auxerre, seules les recherches sur l'abbatiale de Saint-Denis et sur les cathédrales de Paris, Chartres et Reims se sont réellement poursuivies après 1970. » S’agit-il d’une vérité générale ? C’est en tout cas vrai de Germigny et les articles qui l’évoquent en donnent un exemple particulièrement significatif.



Toutefois, recopier aveuglément Sauerländer n’aurait évidemment pas suffi à totalement brouiller la vision correcte de Notre-Dame. Si son nom a été associé à la répétition sans fin d’erreurs grossières concernant l’église, ce n’est pas à lui qu’elles sont imputables, mais à la lecture fautive de ceux qui l’ont d’abord recopié de travers pour ensuite passer cinquante ans à se recopier entre eux sans jamais aller voir l’édifice ni visiblement relire (ou lire) Gotische Skulptur in Frankreich. On découvre ainsi avec effarement, dans des publications académiques, l’affirmation catégorique que des statues-colonnes « sculptées dans des drapés vigoureux évoquant la statuaire de Chartres » occupent les ébrasements du portail de Germigny, ou bien encore qu’il y aurait des consoles à Germigny représentant « des fleuves du paradis » et « des évangélistes ».



En réalité, Sauerländer s’était contenté de notifier que, d’après une gravure datant du premier tiers du XIXe siècle (celle d’Achille Allier), des statues-colonnes avaient dû anciennement soutenir l’archivolte du portail. Or celles-ci, comme je l’ai prouvé, avaient déjà disparu en 1835. On est donc en droit de se demander par quel prodige il était possible en 1991 de décrire sur pièces le drapé des sculptures! Quant aux fleuves du paradis et aux évangélistes, ce que le savant allemand avait écrit, c’est qu’il existe à Germigny une console dont la figure présente une parenté stylistique avec celles de Saint-Pierre-le-Moûtier et d’une clef de voûte de Vézelay qui seraient des fleuves du paradis. Il n’a jamais prétendu que la figure germinoise était un fleuve du paradis. Et, de fait, ce n’en est pas un. Enfin, concernant le prétendu « évangéliste » – qui devient suivant la fantaisie de tel auteur, on ne sait pourquoi, « saint Matthieu », et là « des évangélistes » – Sauerländer s’est contenté de proposer une interprétation qu’il jugeait visiblement très fragile, en l’entourant de toutes sortes de précautions oratoires, et en lui assignant une typographie sans ambiguïté : parenthèses, point d’interrogation. Or nous avons, je crois, apporté les preuves irréfutables qu’il n’y a pas plus d’évangéliste que de fleuve du paradis à Germigny.



A cette source excellente, mais dramatiquement incomprise, que constitue Gotische Skulptur in Frankreich, il faut en ajouter une seconde, celle-ci d’entrée de jeu calamiteuse, mais qui contamine tout depuis 1904 – cent dix-sept ans! Il s’agit de Gabriel Fleury. Pour Fleury, Germigny-l'Exempt est dans la Nièvre, son tympan date du XIIe siècle, c’est une bulle du pape Eugène III de 1143 qui a placé Germigny sous l'autorité directe de l'archevêque de Bourges, un incendie a ravagé l’église en 1772 et le portail mesurerait "1 m 20 de largeur sur 1 m 68 de hauteur". On se demande avec le portillon de quel édicule notre auteur est allé confondre le portail de Notre-Dame. Pour comble de misère, Fleury ajoute foi à des commérages grotesques et suggère que les statues-colonnes de Notre-Dame auraient été volées par les habitants de Vereaux, la paroisse voisine. Quant à l’analyse iconographique, elle est consternante. Fleury ne voit au tympan qu’une adoration des mages, alors que le thème est celui de l’Incarnation, et il se montre incapable d’identifier jusqu’au motif de l’Annonciation ("on voit un ange et une femme debout tenant un livre"!) Que tout cela puisse encore se retrouver dans des thèses ou des articles d’histoire de l’art en plein XXIe siècle suscite, il faut l’avouer, un certain abattement. Rappelons en effet que Germigny-l’Exempt est dans le Cher, que le tympan est contemporain du quatrième concile de Latran (1215) et de la croisade contre les Albigeois, qu’il ne saurait y avoir eu de bulle du pape Eugène en 1143 puisque celui-ci ne sera pape que deux ans plus tard, que l’incendie a eu lieu en 1773, que le portail de la nef, mesuré par nous, s'ouvre sur une largeur de deux mètres et une hauteur de deux mètres soixante, et que Deshoulières a depuis longtemps réfuté la théorie du transfert des statues-colonnes de Germigny à Vereaux.


Enfin, passons, de guerre lasse, sur cet historien de l’art qui est persuadé que Notre-Dame est une « cathédrale du nord de la France », sur cette chargée de mission à la Fondation du Patrimoine qui confond avec une belle insistance Germigny-l’Exempt et l’ « art déolois » du Grand Germigny dans l’Indre, ou sur cet architecte des Monuments Historiques qui a vu des « anges thuriféraires » à Germigny « représentant certainement des donateurs de la paroisse », alors qu’il n’y a pas d’anges thuriféraires à Germigny, et que les anges – inspirés de Laon – représentent les chœurs de l’ordinaire de la messe (c’est même écrit dessus). M’en ouvrant avec une certaine humeur à d’irréprochables spécialistes, comme l’expert pétrographe Philippe Blanc ou l’archéologue Gérard Coulon, j’obtiens la même réaction fataliste : « Eh oui, que voulez-vous, c’est comme ça, maintenant. » Cela permet également de comprendre pourquoi Willibald Sauerländer est amené à prononcer vers la fin de sa vie ce constat désolant : « Über Germigny hat man wirklich nur endlose Dummheiten geschrieben » (Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales). La question qu’on est en droit de se poser, pour paraphraser Pierre Bonte dans la préface de mon livre, c’est comment, diable! personne ne s’est véritablement intéressé « aux multiples merveilles d’un semblable édifice » ? Car c’est un fait qui n’est pas discutable : rien n’a été écrit de valable en dehors de la notice succincte, quoique sérieuse et bien faite, de Sauerländer en 1970 et du travail publié par Mlle Gilberte Vezin en 1950 concernant la "formule hellénistique" des rois mages et le tympan de Germigny où elle est la seule, ce qui en dit long, à avoir décelé son élément le plus insolite : les trois deniers d’or.



Du colossal clocher-porche au portail de cathédrale miniature: cinq ans de recherches.



Ainsi, tout restait à faire, et cinq années ont été nécessaires pour mettre au jour l’essentiel. Sans aide, naturellement, sans subventions, naturellement aussi, et confronté à toutes sortes d’obstacles, mais avec la puissante compensation des encouragements d’un certain nombre d’historiens en vue qui ont fini par partager mon intérêt apparemment communicatif pour cette église unique. Mes travaux ont abouti à plusieurs conclusions que rien ni personne n’avait laissé entrevoir. D’abord concernant le clocher-porche, dont même Yves Esquieu, à qui je l’ai fait découvrir, m’a confié qu’il trouvait les proportions étonnantes – or on peut être sûr qu’Yves Esquieu ne s’étonne pas d’un rien. La datation de ce clocher massif, sa hauteur surprenante (trente-trois mètres) et sa raison d’être n’avaient jamais été examinées. La reconstitution des événements nous a permis de fixer un terminus post quem – celui du siège de Germigny par Louis VI le Gros en 1108 – et par comparaison une date d’achèvement très probable vers 1120-1125. L’événement du siège a certainement présidé au choix architectural de l’église. Louis VI, en effet, avait mis le siège devant la forteresse germinoise d’Aimon de Bourbon au nom de la paix de Dieu et pour montrer, explique Suger, que les « Capétiens ont les mains longues quand il s’agit de défendre les droits des pauvres et de l’Eglise ». En réalité, il est parfaitement évident aux spécialistes qu’en l’occurrence, Louis VI ne s’était armé de la juridiction ecclésiastique qu’avec l’ambition d’accroître le domaine capétien, de renforcer ses frontières et de vassaliser les Bourbons pour leur confier la surveillance de l’Auvergne. Ainsi, le clocher-porche, point de convergence des visées capétiennes et des idéaux de l'Eglise, serait là pour signaler que le village fortifié a été incorporé comme paroisse témoin dans la zone de rayonnement de la puissance capétienne et que Louis VI est le bras armé de la paix de Dieu. Car il ne faut pas perdre de vue ce fait capital : l’expédition de Germigny est la première excursion punitive d’un Capétien hors du domaine royal.


Tous les éléments dont nous disposons vont dans ce sens. Déjà le chanoine Chenesseau, expert de l’abbaye de Saint-Benoît sur Loire et Marcel Aubert, l’un des plus grands historiens de l’art religieux français, pensaient pouvoir rapprocher, aux points de vue architectural et symbolique, les clochers-porches de Saint-Benoît et de Germigny-l'Exempt. Or on sait que l’architecture de Saint-Benoît se veut avant tout évocatrice du pouvoir capétien dont elle est l’émanation. Beaucoup plus récemment, Cécile Coulangeon a suggéré, de façon générale, que les clochers-porches jouent « un rôle de représentation lié à une volonté des Capétiens de s’affirmer au sein de leur domaine royal, en marquant visuellement et symboliquement leur territoire par l’intermédiaire de l’Église ». J’avais exprimé la même idée deux ans auparavant, en limitant mon propos au seul exemple de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt dont le clocher-porche opposait selon moi au donjon du seigneur-châtelain le symbole d’une instance supérieure confondant paix capétienne et paix de Dieu.



A l’époque du siège, en effet, le castrum de Germigny était la forteresse la plus puissante de tout le Bourbonnais, et son donjon carré affichait des proportions proprement colossales puisque j’ai établi, avec Philippe Chapu, qu’il mesurait entre 30 et 40 mètres de haut et 15 mètres de côté, avait des murs de 3 mètres d'épaisseur et occupait une surface de 225 mètres carrés. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait voulu un clocher qui ne soit pas inférieur en proportions au donjon du mauvais sire que la paix de Dieu avait ramené dans le droit chemin. Cette conviction, que j’ai acquise, d’un clocher-porche destiné à commémorer la puissance des Capétiens et à baliser leur rayon d’action est encore renforcée par le constat de Vincent Juhel et Catherine Vincent qui associent la dissémination des chapelles hautes dédiées à saint Michel aux opérations de la paix de Dieu. Car la chapelle haute de Notre-Dame, église qui fut placée sous le double patronage de la Vierge et de saint Michel du XIIe siècle jusque dans la première moitié du XXe, était très visiblement consacrée à l’archange guerrier. Enfin, comme l’a montré Pierre Pradel, autre grand historien de l’art et spécialiste du Bourbonnais: après leur vassalisation par les Capétiens, les Bourbons s’étaient fait les pionniers d’une architecture évocatrice de la puissance royale. Or l’aspect même du clocher de Notre-Dame, qui est visiblement une réplique de la tour sud de Souvigny, évoque assurément l’influence bourbonnaise. Cette observation, René Crozet la faisait déjà dans sa thèse de doctorat en 1932. Ainsi, c’est la volonté de célébrer la suzeraineté capétienne qui serait seule susceptible d’expliquer la puissance surprenante d’un clocher-porche d’église paroissiale, lequel apparaît aujourd’hui bien insolite, perdu comme il l’est au milieu de nulle part.



L’autre aspect exceptionnel de Notre-Dame de Germigny, c’est ce que j’ai appelé son « portail de cathédrale en miniature ». Exception faite de Willibald Sauerländer, qui a opéré le rapprochement entre le tympan de Notre-Dame de Germigny et celui du porche nord de la façade de Notre-Dame de Laon, personne n’a comparé Saint-Gilles du Gard, Notre-Dame de Laon et Notre-Dame de Germigny. Pourtant, les ressemblances sont saisissantes, à la fois du point de vue du style et de la composition. Cela suggère, par-delà l’évidence d’une filiation, la probabilité d’une signification partagée. Comme à Joris-Karl Huysmans dans son célèbre texte sur Notre-Dame de Paris, il me semble en effet indiscutable que le « même idiome iconographique » traduit ici une « unanimité de doctrine », et que les imagiers, interprètes de la pensée de l’Eglise, « n’eurent qu’à se conformer aux principes de la symbolique que leur indiquait le clergé. » Il serait trop long de détailler les résultats de cinq années de travail et impossible de développer en quelques lignes le « roman vrai » de Germigny à l’époque peut-être la plus importante du Moyen Age, celle d’Innocent III, du sac de Constantinople, de la croisade albigeoise et du quatrième concile de Latran. Nous renvoyons donc à notre article de février publié dans la revue internationale d’histoire de l’art médiéval De Medio Aevo, qui est disponible en ligne ou, mieux encore, au livre à paraître.


Ici, nous nous contenterons de livrer quelques-unes de nos conclusions les plus utiles. Etablissons d’abord la fonction liturgique du narthex de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, essentiellement associée au symbolisme de la « Semaine sainte », qui est la dernière semaine d'abnégation et de pénitence avant Pâques. Tout comme la façade de l’abbatiale Saint-Gilles du Gard est inspirée par l’arc de triomphe d’Orange, le narthex de Germigny est un écho à l’arc de triomphe antique qui accueille les processions – particulièrement lors de la cérémonie des Rameaux – dans un espace figurant le saint sépulcre avant que ne s’ouvre le portail intérieur donnant sur la nef, lequel symbolise l’accès, par le Christ ressuscité, à l’Eglise céleste. Cette fonction liturgique des narthex est indiquée par le Coutumier de Cluny. Elle dicte le sujet du tympan, plus tardif, ou du moins s’y prête plus qu’idéalement. On constate en effet que le motif emprunté au tympan du portail nord de Saint-Gilles du Gard s’harmonise à la perfection avec la fonction liturgique de l’avant-nef, puisqu’à Germigny comme à Saint-Gilles (et Laon) la vierge en majesté trône sous un dais architecturé représentant Jérusalem, et qu’à Saint-Gilles, le linteau du tympan prototype montre l’entrée de Jésus à Jérusalem le jour de la fête des Palmes.



Les rois mages du tympan prennent alors une signification tout à fait particulière inspirée par le contexte politique et religieux de l’époque. Répondant à la métaphore popularisée par Raimbaut de Vaqueiras, chantre de la quatrième croisade, il s’agit, pensons-nous, des chefs des nations croisées partis « comme Melchior et Gaspard », mais cette fois pour libérer le tombeau du Christ. Que cette image se soit imposée entre Saint-Gilles et Laon ou Germigny semble confirmé par la transformation des tiares orientales des Mages en couronnes médiévales et, à Germigny, par l’offrande inhabituelle des trois deniers du roi agenouillé au pied de la vierge en majesté, figure de l’Eglise triomphante, qui doit être comprise – c’est notre hypothèse – comme le cens recognitif prélevé sur les ennemis vaincus de l’Eglise par les capitaines croisés au bénéfice du Saint-Siège. Comme nous l’avons montré, ce symbolisme a visiblement été inspiré au commanditaire du portail, l’archevêque de Bourges Girard de Cros, par sa participation à la croisade contre les Albigeois. En effet, Simon de Montfort, qui avait pris la tête de la croisade albigeoise en 1209, avait levé un cens de trois deniers sur chaque foyer de la province « hérétique » reconquise en reconnaissance de l’autorité du pape. Dans le contexte de la cinquième croisade dont Innocent III annonce le départ au quatrième concile de Latran, les trois deniers deviennent trois deniers « d'or d'Arabie » qui rachètent les païens et leur « injure faite au Crucifié » par une oblation monétaire prouvant leur reconnaissance de l'Incarnation et de la divinité du Christ.




Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, comme on le voit, n’est pas une église ordinaire. Et j’espère être parvenu à montrer, au terme de cinq ans de travail, qu’elle est même, par bien des aspects, extraordinaire. Vous pouvez aider, par un geste qui ne coûte rien, à renforcer la visibilité de ce monument en soutenant par un « J’AIME » la page Facebook que son comité de vigilance lui a consacrée ICI.



Ce comité, exclusivement dévoué à la défense et à l’illustration du patrimoine, est indépendant de toute politique et de tout aspect confessionnel. Pour une visite ou une conférence bénévole, n’hésitez pas à me contacter par message privé à cette adresse : https://paris-sorbonne.academia.edu/EmmanuelLegeard

Dernière mise à jour : 27 déc. 2023

C’est toujours une grande joie pour nous d’annoncer la fin d’un combat. Même si la mobilisation pour sauver l’édifice est très antérieure à notre arrivée dans « l’affaire », cela fait tout de même trois ans que nous sommes entrés en « rébellion » aux côtés de la poignée de passionnés qui ne voulaient pas voir disparaître ce patrimoine remarquable — propriété du Centre Hospitalier Alençon/Mamers.



Les travaux de démolitions ont même débuté il y a deux ans, mais la mobilisation citoyenne et surtout l’intervention de l’Architecte des Bâtiments de France ont permis de faire cesser le massacre. Malheureusement, l’édifice, privé de certaines fenêtres et dépouillé de ses boiseries, s’est beaucoup dégradé.


Jusqu’à l’an passé, le Centre Hospitalier ne voulait pas céder le presbytère et envisageait toujours sa démolition afin de créer une extension pour le foyer des personnes âgées situé derrière. C’était sans compter sur la volonté de la commune et en particulier sur celle de Vincent Gomas, premier adjoint en charge de patrimoine, de trouver une issue favorable à cette affaire, permettant d’inscrire l’édifice dans l’avenir de Mamers.



Voici quelques lignes que l’élu nous a fait parvenir :



Après la mise en vente du Presbytère (et des 2 maisons attenantes), c'est évidemment un sentiment de soulagement et de satisfaction qui m'anime.



Ce dossier traînait en longueur depuis beaucoup trop longtemps, et j'ai tenu dès le début du mandat actuel à le prendre à bras-le-corps pour lui trouver une issue favorable dans les meilleurs délais.



Après des échanges fructueux et constructifs avec le Centre hospitalier Alençon-Mamers, son propriétaire, nous sommes parvenus, en une année, à obtenir un résultat qui était attendu de tous depuis très longtemps.



C'est donc aujourd'hui la fin d'un long feuilleton, qui aura malheureusement vu l'état de la bâtisse se détériorer à vitesse grand V, mais c'est également le début d'un nouveau chapitre qui, j'en suis persuadé, sera synonyme de renaissance grâce à des investisseurs qui lui permettront de retrouver son lustre.



Beaucoup a donc été fait, mais tout n'est pas terminé et nous devons demeurer vigilants quant aux projets qui seront proposés sur ce presbytère.



Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui se sont fortement mobilisés dans ce dossier important pour la ville de Mamers.



Vincent GOMAS





Tout est bien qui finit bien, du moins pour la fin de ce chapitre. En espérant maintenant que celui qui déboursera 40.000 euros pour l’achat du presbytère saura lui offrir l’avenir qu’il mérite et qu’il saura respecter son intégrité architecturale. Nul doute que la commune saura, comme le dit Vincent Gomas, rester vigilante quant au choix du repreneur.


Frédéric Poupry, membre du collectif de sauvegarde, a tenu lui aussi à s’exprimer et nous fait ici un résumé de « l’affaire du presbytère de Mamers » :



Cela fait 8 ans que des personnes se mobilisent pour éviter la destruction d'un édifice emblématique de Mamers : l'ancien presbytère. Sans cette mobilisation, l'édifice ne serait actuellement plus qu'un souvenir. En effet, sa démolition fut à plusieurs reprises envisagée. Il y a 2 ans, il a échappé in-extremis aux pelleteuses grâce à la mobilisation de personnes attachées au patrimoine.



On peut regretter que l'intérieur fut saccagé, pillé de ses ornements d'époque (boiseries, portes, etc...) et laissé dans un total abandon depuis les années 90. Cela fait des années que nous demandons la mise en vente de cet édifice, puisque son propriétaire, le centre hospitalier Alençon-Mamers (CHIC) l'ayant abandonné, n'avait aucun projet de réhabilitation autre que de servir de réserve foncière.



Notre mobilisation a finalement abouti car l'ancien presbytère de Mamers vient d'être mis en vente !



Ce noble édifice est le fruit de l’ultime collaboration de l’architecte Paul LEBART (auteur de plusieurs édifices remarquables dans la région, dont le théâtre de Mamers) et de l’artiste Achille OUDINOT. Architecte, dessinateur, vitrailliste et peintre (maître de Berthe MORISOT), c’est à ce dernier que l’on doit l’ornementation de la façade. Cet édifice a pu voir le jour grâce à l’intervention de l’empereur Napoléon III.



Nous vous invitons à consulter l’étude réalisée à son sujet pour prendre connaissance de tout l’intérêt historique de cet édifice, lequel mériterait d’ailleurs une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISHM).




Nous espérons que le futur acquéreur puisse rénover comme il se doit le bâtiment, en particulier, qu’il restaure sa remarquable façade - soulignons que d’autres réalisation d’OUDINOT sont classées MH. Restituer les éléments sculptés disparus du dernier étage serait un plus envisageable.


Rappelons aussi que l’intérieur est en mauvais état et est totalement pillé de ses éléments d’époque.



Cet état de fait peut être propice à plusieurs projets : habitat individuel ou collectif ; restitution d’une ornementation style « Second Empire » ou rénovation plus contemporaine. Les possibilités sont multiples...



L’essentiel étant avant tout que l’aspect extérieur, qui lui est dans l’essentiel préservé, soit mis en valeur.


Je remercie toutes les personnes qui ont aidé au sauvetage de l’ancien presbytère.



En particulier :



Les membres du comité de sauvetage (Philippe CHEVREUL, Antoine GAZAI et Frédéric POUPRY) ;



Jean-David DESFORGES (président de l’association « Société des Amis du Vieil Alençon ») ;



Alexandra SOBCZAK-ROMANSKI, la dynamique présidente d’« Urgences Patrimoine » qui a permis un relai de notre cause au niveau national ;



Ceux qui nous ont rejoints sur le site le jour où la démolition a failli commencer.



Je remercie également le Maire de Mamers : Frédéric BEAUCHEF et son adjoint au patrimoine : Vincent GOMAS pour avoir plaidé notre cause auprès de la direction du CHIC.



Ainsi que toutes les nombreuses autres personnes qui nous ont soutenus, ainsi que la presse locale, pour avoir à plusieurs reprises, relayé la situation.



Concernant la mise en vente : Les informations sont dans le communiqué de presse du lien suivant ICI.



Frédéric POUPRY


Nous ne manquerons de faire quelques lignes une fois le projet de reprise confirmé afin de refermer définitivement le livre une fois ce dernier chapitre achevé.

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