Quelles sanctions en cas d’atteinte au patrimoine ?


Les dégradations volontaires à l’encontre du patrimoine ne sont pas une nouveauté, mais nous assistons en ce moment à une recrudescence des actes de vandalisme, essentiellement perpétrés contre certaines statues de l’ensemble de notre territoire.


Lors de son dernier discours télévisé, le Président Macron a affirmé sa volonté de ne « déboulonner » aucun témoin de notre histoire. Nous ne cesserons jamais de penser qu’effacer les traces de notre passé, même quand celles-ci sont contestables, serait une erreur. Les erreurs doivent être assumées et reconnues, mais en aucun cas effacées.

N’oublions pas que si ces statues font partie intégrante de l’histoire, elles font également partie de l’histoire de l’art et, dans certains pays, tout acte de destruction d’un monument historique est considéré comme « un crime contre l’humanité ». Certes, un « coup de bombe de peinture » n’est heureusement pas irréversible, mais quelle sera la suite ?

En attendant, nous avons souhaité rappeler quelles étaient les sanctions encourues pour des dégradations volontaires, en souhaitant vivement que les condamanations soient appliquées et que ce qui se passe actuellement ne soit pas considéré comme uniquement des actes « isolés » de la part de « déséquilibrés » reconnus non responsables de leurs actes.

Les lois sont faites pour être appliquées, sinon, à quoi servent-elles ?

Maitre Théodore Catry, notre avocat, répond à cette question :

Plusieurs sanctions administratives et pénales sont applicables en cas d’atteinte au patrimoine.

De manière générale, la destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende ainsi que le prévoit l’article 322-1 du code pénal. Une peine « allégée » (3 750 euros d’amende et peine de travail d’intérêt général) est aménagée lorsqu’il ne résulte de cette atteinte qu’un « dommage léger. »

Si le bien atteint fait l’objet d’un classement ou d’une inscription aux monuments historiques, il s’agit d’un délit spécial pour lequel l’article 322-3-1 du code pénal prévoit une peine pouvant aller jusqu’à sept années d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Il en va de même des atteintes portées à des découvertes archéologiques ou des biens culturels exposés dans des lieux publics.

Il existe toute une série de circonstances aggravantes, listées à l’article 322-3 du code pénal, qui portent le plafond des sanctions à 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. On y trouve par exemple l’atteinte par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou complice, la dissimulation du visage pour empêcher l’identification de l’auteur.

Précisons en outre que ces peines peuvent être augmentées jusqu’à la moitié de la valeur du bien atteint.

Enfin, le volet pénal peut être complété par une action en dommages et intérêts qui peut s’accompagner d’une demande tendant à ce que la remise en état du bien détruit, dégradé ou détérioré soit ordonnée – aux frais, toujours, de l’auteur de l’infraction.

Maître Théodore Catry
19 Avenue de Grammont
37000 TOURS
Téléphone: 02 47 61 31 78
Télécopie: 02 47 20 26 02
tcatry@avocatatours.fr
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Photo 1 : Statue de Napoléon à Rouen taguée : Mélaine Lhomme
Photo 2 : Buste de Léon Gambetta retiré de sa stèle à Villeneuve-sur-Lot : Brendan Pélissier


Article de l’hebdomadaire « La Vie » : la Chapelle de la discorde


Pour ne pas oublier le combat que nous menons contre la démolition de la chapelle Saint-Joseph à Lille.


Presque un mois après l’annonce du Ministre de la Culture de la suspension du projet de démolition de la chapelle Saint-Joseph, Pierre Jova journaliste à l’hebdomadaire
La Vie, revient sur cette triste affaire.

En attendant le rendez-vous entre les responsables du projet et le Ministre de la Culture fixé le 10 juillet afin d’étudier une solution alternative à la démolition, il était judicieux de rappeler les faits.

Tout est dit dans cet article de La Vie
ICI.

Télécharger le PDF de la version papier plus détaillée ICI.

Notre pétition vient de franchir le cap des 8000 signatures. Merci de continuer à signer et à partager
ICI.

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Crédits photographiques : Anne-Sophie Hourdeaux / La Croix de Lille/Lille Actu

Château de Westhove : un premier pas vers l’avenir ?



Cela fait maintenant deux ans qu’Urgences Patrimoine avait été appelée en renfort par André Bideaux, le président de l’association « Élan du Château de Westhove ». Après une pétition qui a connu ce que l’on peut appeler un « succès d’estime », les choses ont stagné pendant de longs mois sans la moindre lueur d’espoir, car le maire refusait toujours de donner une chance à ce patrimoine emblématique de sa commune, à cause d’un montant jugé trop élevé du montant des travaux de restauration.

Il faut rappeler que l’édifice a été laissé à l’abandon depuis 2014, malgré sa mise sous protection par la DRAC en 2011 et que son état est plus que préoccupant.



Suite à la lecture d’un article de
La Voix du Nord en mars 2020 qui indiquait que la maire n’envisageait pas la restauration du château lors de son nouveau mandat, nous avons relancé la « machine », « armé » de notre Gazette du Patrimoine.

Notre premier article a fait grand bruit et un internaute l’a relayé à Stéphane Bern qui s’est empressé de prendre contact avec nous, suivie de la déléguée régionale Hauts-de-France de la Fondation du Crédit Agricole, Viviane Olivo, prête à étudier de près une demande d’aide financière.

Stéphane Bern s’est montré très à l’écoute et, après quelques échanges, a contacté Monsieur Ben Amor, Le maire de Blendecques pour essayer de l’orienter vers un projet de réhabilitation. Hélas, ce dernier n’a pas cru bon de lui répondre, pensant que ce n’était pas le « vrai » Stéphane Bern qui l’avait contacté. Il aura fallu un article dans
L’Indépendant du Pas-de-Calais pour que l’édile comprenne que Monsieur Bern été prêt à s’engager pour Westhove, avec le soutien du siège de la Fondation du Patrimoine.


À notre demande, suite à l’arrivée de ces nouveaux « acteurs » dans ce dossier , nous avons conseillé au président de l’Élan du Château de Westhove, de rencontrer une nouvelle fois le maire. À l’issue de ce rendez-vous, lors duquel Monsieur Ben Amor s’est montré conciliant et attentif, nous pouvons enfin entrevoir un espoir de renaissance pour ce patrimoine en souffrance.

Seulement, il y a une condition : que Stéphane Bern vienne en personne à Blendecques pour lancer officiellement le projet de restauration.

Nous avons donc averti Stéphane Bern, qui s’est montré un peu surpris par cette requête, puisque le maire n’avait pas trouvé bon de répondre à sa première sollicitation, mais il a tout de même accepté de « relever le défi », si cela doit permettre au château de sortir enfin de sa torpeur.

Il viendra donc à Blendecques, dès que son emploi du temps le lui permettra.


Bien entendu, nous continuerons à soutenir ce projet de sauvegarde au côté de l’association locale, notamment pour mobiliser d’autres acteurs pouvant apporter un soutien financier au projet. Comme quoi il ne faut jamais abandonner, malgré les difficultés et les moments de doute. Nous espérons que notre prochain article sur ce sujet aura pour titre « Westhove à l’aube de sa renaissance ».


Nous profitons de cet article pour remercier Monsieur Stéphane Bern pour son implication, Madame Viviane Olivo pour sa proposition de soutien de la Fondation du Crédit Agricole Hauts-de-France, Monsieur Ben Amor, Maire de Blendecques, pour avoir accepté d’envisager enfin l’avenir de ce patrimoine et bien entendu merci à Monsieur André Bideaux, président de l’association de sauvegarde locale, qui n’a jamais abandonné l’espoir de voir renaître le château. Merci également, aux femmes et aux hommes de « l’ombre » qui nous permettent de faire avancer les choses…

À suivre…

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Crédits photographiques
Photo 1-4-5-6 :
La Gazette du Patrimoine
Photo 2 : Élan du Château de Westhove







Sombre avenir pour « La belle Viennoise » ?


C’est au cœur de l’ensemble urbain historique de Malo-les-Bains que se situe une villa pas comme les autres. En effet, son architecture est inspirée des villas viennoises du début du XXe siècle, ce qui fait d’elle un patrimoine remarquable par son originalité et sa singularité.


D’ailleurs, elle fait partie du patrimoine clairement affiché comme « remarquable » par la Communauté Urbaine de Dunkerque l’a référencé comme faisant partie des 180 villas présentant un intérêt incontestable pour la ville et qu’il faut préserver. Sur la fiche qui lui est dédiée on peut lire : « Patrimoine exceptionnel, nombreux détails de grande qualité à préserver (portes, ferronneries, bas-reliefs, pilastres en pierre sculptée). Grand jardin clos. »

Sauf que cette villa a fait partie d’un lot acheté par un promoteur pour construire des logements sur le terrain attenant, mais il s’était engagé à la préserver.

Or, après quelques timides débuts de travaux, plus rien ne se passe et, désormais, l’état d’abandon de la villa ne fait plus aucun doute. Ce qui ne fait plus aucun doute également, ce sont également les dégradations dont elle a déjà été victime.



Dans l’article source du Journal La Voix du Nord, le promoteur immobilier Beci, qui en est le propriétaire, informe que le projet de construction de logements est abandonné, mais il ne donne pas plus de détails sur les raisons de cette décision. Aucun détail non plus sur le sort qu’il réserve à ce patrimoine remarquable.

Nous espérons que le mur qui a été détruit en prévision des travaux sera reconstruit, afin de permettre peut-être, de proposer à nouveau à la vente cette magnifique demeure et qu’elle aura la chance de trouver un acquéreur respectueux du patrimoine et de la mémoire des lieux. Un acquéreur qui saura lui rendre sa superbe et lui offrir un avenir digne d’elle.


En attendant, souhaitons que la Communauté Urbaine garde un œil sur cette villa. Peut-être que la Direction Générale des Affaires Culturelles pourrait également intervenir en instruisant une mesure de protection, ce qui obligerait alors le propriétaire à faire l’entretien nécessaire pour assurer au moins la mise en sécurité de la « belle Viennoise ».

Encore une fois, nous voyons ici la limite des « appellations » et des labels qui sont d’une inutilité confondante dès qu’un litige apparaît.

Lire notre article sur ce sujet ICI.

À suivre…

Lire l’article de La Voix du Nord ICI.

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Crédits photographiques : Jérémy Allebée

Sale temps pour les statues


C’est le mardi 23 juin au matin, que la statue de la Vierge de Sumène, dans le département du Gard, a été retrouvée vandalisée. La statue a été érigée là en 1950, entre la Départementale 999 qui mène au Vigan et la Départementale 986 qui monte vers l’Aigoual, non loin du pont d’Hérault. Le symbole religieux représente « un guide » pour les voyageurs et veut les préserver des routes dangereuses. 


Ce sont des passants qui ont découvert la statue en morceaux, sa tête gisant près de son socle. Non loin de là, une grosse pierre a été retrouvée et c’est elle qui aurait pu servir à commettre cet acte de vandalisme.

Bien entendu, le Maire de la commune a déposé plainte et une enquête est en cours, mais on connaît déjà l’issue… À moins que par miracle l’auteur des faits se dénonce, mais nous savons que les miracles ont lieux à Lourdes, pas à Sumène.


Un vent de folie souffle sur notre pays et bien au-delà et nos statues ont bien du souci à se faire. Entre les « barbouilleurs » qui recouvrent les œuvres de peinture et les casseurs qui les détruisent, on peut s’inquiéter quant à l’avenir de ce patrimoine.

Certes, cette statue n’était pas « ancienne », mais les auteurs de ce genre d’acte ne font aucune différence. Ils s’attaquent aux symboles et non à la valeur « patrimoniale ».

Il est vrai que de voir des images de statues vandalisées dans le monde entier, cela peut donner des idées à des décérébrés qui ne savent pas quoi faire de leurs journées.

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Crédits photographiques : mairie de Saint-André-de-Majencoules

A Rouen, la statue de Napoléon fait de la résistance !



Le 24 Juin 2020 est le jour où Napoléon, plus exactement sa statue équestre située place du Général de Gaulle à Rouen, a résisté à l’opération de démontage visant à protéger quiconque passerait à proximité. En effet, la statue de bronze représentait une menace du fait d’une dégradation se situant au niveau de la patte arrière droite du destrier. Une fissure de 20 centimètres de long sur 1 centimètre de large fragilisait dangereusement l’ensemble de l’édifice.


Dès 9 heures du matin, l’opération se déroulait à la perfection. Il est alors décidé de détacher la tête du buste de l’Empereur. Des sangles maintiennent la tête en place pendant que deux hommes s’activent autour du cou. Tout est fait pour protéger la statue de bronze, bronze qui serait issu d’une partie des canons des ennemis que Napoléon et son armée déjouèrent à Austerlitz.

Mais Napoléon résiste à l’idée de “perdre la tête”. Au bout d’une heure et demi d’un travail acharné, la tête reste obstinément en place. Il est donc décidé d’opter pour une autre tactique : soulever la statue d’une seul et même bloc.

Les sangles se multiplient sous un soleil de plomb jusqu’aux alentours de 10h30 où la première tentative de soulèvement a lieu. Les moteurs de la grue se mettent à ronronner, les journalistes présents préparent leurs appareils, … mais la statue ne bronche pas ! Au mieux, elle tangue légèrement de droite à gauche. Napoléon semble frissonner, ou rire ! Car il a décidé qu’il ne quitterait pas son socle.


La nouvelle tombe : l’horaire annoncé (9h-12h) ne sera pas tenu. Il faut à l’entreprise quelques heures supplémentaires pour qu’ils puissent desceller l’Empereur des Français. Rendez-vous est donné à 15 heures. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. Une nouvelle tentative a lieu et cette fois-ci, la statue de bronze ne bronche pas. Les journalistes s'interrogent et se regroupent pour savoir si Napoléon quittera Rouen aujourd’hui même.


Le verdict est là : Napoléon a déjoué les intentions des français qui souhaitaient le déplacer, quand bien même l’objectif était une restauration de cette œuvre du sculpteur Dubray et du fondeur Thiébaut. Une rumeur circule, et pas des moindres, puisqu’il semblerait que les difficultés rencontrées pour le désassemblage viendraient notamment du fait que les plans de la statue seraient manquants. Obstacle majeur qui force l’entreprise à abandonner.


Le bilan de cette journée est amer : il faudra revenir pour déloger la statue. Mais nul ne sait à quand cette opération pourra être reportée. Une semaine ? Un mois ? Plus ? Il s’agit d’une affaire à suivre, d’un duel que Napoléon a bel et bien remporté aujourd’hui. Napoléon, qui dans ce demi-sourire qu’offre la statue, semble vouloir dire “Battons-nous donc ! Mes amis, voilà le soleil d’Austerlitz !”

Au moment où nous publions cet article, nous venons d’apprendre qu’une nouvelle tentative de dépose pourrait avoir lieu le jeudi 2 juillet, en attendant, une analyse approfondie du socle de plomb va être réalisée.



Mélaine Lhomme
Pour
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Crédits photographiques : Mélaine Lhomme

Perpignan : adieu couvent !


Nous nous faisons le relais de L’ASPAHR (Association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais) qui dénonce les démolitions en cours de l’ancien couvent des Dames de Saint-Sauveur à Perpignan.



Communiqué :

Depuis le début des opérations qui ont concerné la zone de l’ancien couvent des Dames de Saint-Sauveur pour la construction de bâtiments universitaires, nous avons condamné les interventions qui détruisaient ou qui ne respectaient pas les vestiges du couvent. Ceux-ci sont faciles à connaître, car un plan détaillé existe du couvent en 1790, où l’on voit tous les espaces avec leur fonction.


Il est normal de penser que pour réutiliser un ensemble comme celui-là pour un usage nouveau, une stratégie d’ensemble devait d’une part respecter au maximum les structures anciennes — sinon, pourquoi s’installer là et ne pas aller construire ailleurs, dans un terrain vierge ? — ensuite rechercher les adaptations et évolutions qui pouvaient respecter le passé tout en donnant une nouvelle utilisation harmonieuse des lieux. Le plan de Sauvegarde approuvé en 2007 allait dans ce sens. C’était parfaitement possible et l’ASPAHR se prend à rêver à la belle université qu’on aurait pu avoir à Saint-Sauveur, avec un peu de soin, de sensibilité et de talent.


Au lieu de cela, la municipalité a choisi la brutalité, l’amnésie et la destruction.

L’ancienne église a été défoncée pour créer un nouvel étage au sous-sol. Les dépendances anciennes sur le flanc de l’église, très visibles sur le plan de 1790, ont été démolies pour soi-disant dégager une façade qui n’en était pas une, dont on a changé les proportions et où l’on a créé de fausses fenêtres gothiques qui n’avaient jamais existé. Dans l’ancienne église, vendue à la Révolution, on a en plus détruit l’ancienne Loge maçonnique créée au XIXe siècle et ses décors et démoli l’escalier en pierre qui la desservait.

La plupart de ces éléments étaient protégés —catégories 5 et 5bis— par le PSMV en vigueur.

Mais tout le monde était d’accord : la ville qui se fichait bien de l’intérêt historique de cet ancien couvent, son architecte qui n’a aucune sensibilité ni compétence pour le patrimoine, l’Architecte des Bâtiments de France qui ne craignait pas de donner des avis favorables contraires au plan qu’il était chargé d’appliquer, le Préfet, la DRAC, qui n’avaient aucune envie de déplaire au Maire, fut-ce au prix du respect de la loi. A quoi donc sert un Secteur Sauvegardé ?


Même non respecté, le Secteur Sauvegardé était encore trop gênant pour les projets municipaux et lors de sa révision, partielle, partiale et mal ficelée, la municipalité a encore demandé que soient levées les protections qui couvraient les immeubles de l’angle de la rue Emile-Zola et de la rue de la côte Saint-Sauveur, ceux-là même qu’on démolit en ce moment. Obligatoirement consultée, la Commission nationale de l’Architecture et du Patrimoine s’est prononcée contre cette demande.

Que croyez-vous qu’il arriva ? La révision approuvée par le préfet permet ce que l’on est en train de faire, tout le monde, mairie, architecte, ABF, Préfet, DRAC continue d’être d’accord.


Alors voilà : on peut dire que dans ce consensus, l’ancien couvent du Saint-Sauveur a disparu du paysage perpignanais. A sa place nous aurons bientôt un assemblage hétéroclite de bâtiments brutaux et déplacés, construits là comme n’importe où.

L’ASPAHR, quant à elle, pense que le patrimoine est à conserver pour donner du sens et de la richesse à la ville. Il doit être mis en valeur et, certainement, réutilisé et adapté, transformé si besoin. Mais pas nié, altéré, détruit, rayé de la carte comme cette opération l’a fait et continue de le faire.



Encore une fois, le patrimoine de nos territoires est mutilé, méprisé.

Il est inutile de que les hautes sphères de l’État publient des rapports sur l’importance du petit patrimoine si les élus n’ont de cesse que de le voir disparaître. Nous assistons une fois de plus à un bel exemple d’acte de mépris pour l’histoire et pour la mémoire collective.

Suivre les actions de L’ASPAHR :
https://aspahr.ouvaton.org

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Crédits photographiques : ASPAHR



Trafic d’antiquités démantelé, le directeur de la Maison de Ventes « Pierre Bergé et associés » interpellé : l’art de la honte ou la honte de l’art ?


C’est en 2018 que l’OCBC (l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels) avait ouvert une enquête sur un trafic d’antiquités provenant de pays du  Proche et Moyen-Orient, dans des pays à la politique souvent instable comme l’Égypte, la Lybie, le Yémen, ou encore la Syrie.


C’est la maison de ventes Pierre Bergé qui était chargée de « liquider » les œuvres en les maquillant. Montant estimé du trafic : plusieurs dizaines de millions d’euros. Cinq personnes ont été interpelées et sont en garde à vue, dont le directeur de la Maison de vente, un expert, une ancienne conservatrice du Musée du Louvre et un marchand d’art parisien.

Au-delà de pillage en « bande organisée » tout à fait condamnable, c’est l’intégrité du monde de l’art et des antiquités qui est aujourd’hui souillée par une poignée de personnes avides de profits.
Certes, tant que l’affaire n’est pas jugée, tout individu est présumé innocent, mais il restera forcément des traces. À l’heure où l’on nous parle de récessions dans le monde de la culture, preuve est faite que de l’argent il y en a, mais pas pour tout le monde.

Ce sont tous les professionnels de l’art qui vont être stigmatisés, à cause d’individus peu scrupuleux pour qui, visiblement, tous les moyens étaient bon pour s’enrichir, même les plus vils.
Il n’est pas impossible que d’autres acteurs du marché de l’art soient dans « l’œil du cyclone » ou du moins, dans celui de l’OCBC, dont nous saluons une fois encore l’engagement et le professionnalisme.

En savoir plus : lire l’article « source » de RTL 
ICI.

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Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine

Patrimoine condamné : merci l’Établissement Public Foncier !




Une fois de plus, dans les Hauts-de-France un charmant petit patrimoine se voit condamner. C’est à Guines, dans le département de le Pas-de-Calais, que ce château situé rue Narcisse Boulanger, vit probablement ses dernières semaines.

L’établissement Public Foncier, qui en avait fait l’acquisition en 2015, n’en fera rien et justifie sa décision de démolir par le fait que l’édifice est aujourd’hui trop vétuste et que la restauration serait trop coûteuse.

Nous ne pensons pas qu’en seulement cinq ans l’état de l’édifice se soit dégradé à tel point que ce bâtiment ne soit plus réhabilitable. Ce qui signifie que lors de l’acquisition par l’EPF, il n’y avait déjà aucune volonté de restauration. Les arbres du parc viennent d’être abattus et l’on ignore encore la date de démolition de l’édifice. Peut-être que l’on attend qu’il tombe tout seul, histoire de réduire les coûts…


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Quoi qu’il en soit, encore un petit témoin de l’histoire locale qui disparaît, à l’heure où tous les regards sont soi-disant tournés vers l’avenir du petit patrimoine des territoires. Ces démolitions permanentes prouvent bien, qu’il n’y a que très peu de volonté de donner un avenir au patrimoine non protégé.

Mais tout n’est pas perdu, car dans la même commune, un projet immobilier qui préserve le patrimoine existant devrait voir le jour prochainement, et nous ne manquerons pas mettre en avant cette belle initiative, qui elle, n’est bien entendu pas portée par l’Établissement Public Foncier.

Lire l’article de La Voix du Nord 
ICI.

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Crédits photographiques : La Voix du Nord

Un « Geste à l’Édifice » : Julie Fourmentraux s’engage pour la sauvegarde du patrimoine à Chamonix



Un nouveau « Geste à l’Édifice » au profit du petit patrimoine de nos territoires. Cette fois-ci, c’est un plafond qui va pouvoir bénéficier gracieusement des bons soins d’un artisan.

Julie Fourmentraux va offrir son temps et son savoir-faire, afin de restaurer un plafond qui a subi les affres du temps, à Chamonix en Haute-Savoie. Cela fait longtemps que Julie souhaite participer à notre opération, notamment en restaurant gracieusement un tableau. Mais c’est un plafond qui avait besoin de soins urgents, alors pour l’occasion elle va prendre de la hauteur, délaissant son chevalet au profit d’un échafaudage.


Lorsque nous lui demandons pourquoi elle a souhaité entreprendre cette mission, Julie répond :
« Depuis que je connais Urgences patrimoine, je veux mettre à contribution mon savoir-faire pour pouvoir sauver des œuvres qui n’ont pas la chance de bénéficier des fonds pour leur restauration. Les « petites œuvres » qui sont en péril sont pour moi tout aussi importantes que les œuvres de grands peintres. De plus, cette restauration est originale, même si les conditions sont un peu plus difficiles, car elles nécessitent une intervention sur place, loin de mon atelier de Thonon-les-Bains.Et puis faire revivre une œuvre dans une ville telle que Chamonix est un plaisir et une fierté. »

C’est donc dès demain que la restauration débutera. L’échafaudage est déjà en place, il n’attend plus que Julie.



Au sujet « d’Un Geste à l’Édifice » :

Cette opération créée par Urgences Patrimoine, consiste à faire intervenir des professionnels du patrimoine sur la base du volontariat. Les œuvres pour lesquelles ils interviennent ne disposent d’aucun budget, et seraient vouées à la disparition si elles n’étaient pas restaurées dans ce cadre-là.

En temps normal, nous n’intervenons jamais sur du patrimoine privé, mais pour ce plafond, nous faisons une exception en accord avec notre restauratrice. Car il s’agit du plafond d’un commerce appartenant à une dame très âgée, qui n’a pas les moyens de faire entreprendre les restaurations.

Au début du XXe siècle, la ville comptait bon nombre d’œuvres de ce genre, mais aujourd’hui elles sont devenues rares, car il est tellement plus facile de repeindre tout en blanc en faisant disparaître ces petits trésors, que de les restaurer.
C’est la raison pour laquelle, même s’il doit en rester qu’un, ce sera celui-là.

Un grand merci à Julie pour son engagement bénévole au service du patrimoine de nos territoires, malgré des conditions « post covid », peu propices au bénévolat. D’ailleurs, elle ne souhaite pas s’engager qu’une seule fois.

Prochainement, elle quittera la Haute-Savoie pour le département des Vosges et compte bien intervenir dans le même cadre pour sauver un autre témoin oublié de notre patrimoine.

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Crédits photographiques : Julie Fourmentraux