Noirmoutier : la statue de la Vierge-des-Missions à nouveau vandalisée

Nouvelle dégradation de statue à déplorer et cette fois, c’est sur l’île de Noirmoutier que les vandales ont frappé.



Nous devrions écrire « ont encore frappé », puisque non seulement elle avait été tagguée il y a quelques jours, mais en août 2018, elle avait été entièrement décapitée.

Cette fois c’est la tête de l’enfant qui a subi les assauts d’individus décérébrés. Parce que, oui, il faut être dépourvu de tout sens commun pour s’en prendre à une statue, et nous ne pouvons que déplorer la multiplication de ces actes qui laissent à penser que certains, à défaut d’être en prison, devraient faire un séjour en hôpital psychiatrique.


Non seulement il y a une fois encore atteinte à l’intégrité d’un patrimoine, mais également à la population locale qui, à travers un appel aux dons, s’était mobilisée à hauteur de 5000 euros pour payer la restauration et qui sera peut-être encore une fois sollicitée.


La municipalité avait voté une subvention de 2000 euros pour la sécurisation du site, mais aucune mesure n’a été mise en place pour le moment. Il serait judicieux d’effectuer cette sécurisation au plus vite, car s’il ne fait nul doute que l’enfant retrouvera à nouveau sa tête après une énième restauration, il se pourrait bien que la statue subisse encore et encore le même sort dans quelques mois.

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Crédits photographiques :
Photo 1 : Marie Corte/twitter
Photo 2-3 :
Ouest-France
Photo 4 : Le Courrier vendéen

Flèche de Notre Dame : deux architectes répondent à ceux qui déplorent la reconstruction à l’identique !


Suite à une tribune de l’architecte Christian Jonas publiée dans le journal Le Monde (lire l’article ici) qui déplore la reconstruction à l’identique de la flèche, deux architectes nous ont fait cadeau de leurs réponses à ceux qui voient dans la cette reconstruction un geste réactionnaire.


Réponse 1 :

Réaction exaspérée à l’article du
Monde du 28 juillet 2020.

Pourquoi ouvrir un débat qui, selon les chartes internationales signées par la France, n’a pas lieu d’être ? Cela fait se rouler de rire les architectes et maîtres d’ouvrage des autres pays et risque de mettre en péril le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Il serait beaucoup plus pertinent de parler de vraies fouilles sous le sol de l’édifice, voire de ses alentours. Cologne, Geneve, Florence, etc. l’ont fait et c’est un résultat impressionnant tant par les découvertes que par l’architecture contemporaine (notamment dans la qualité et l’élégance de la prise en compte des besoins et des usages).

Le phallus qu’aurait été une flèche contemporaine ne m’intéresse pas, c’est encore un moyen de flatter son ego de maître d’ouvrage et d’architecte. Les quelques images que j’ai vu passer sont juste du niveau d’une première ou deuxième année d’architecture et totalement aberrantes d’un point vue structurel et climatique (la toiture verrière sans charpente et sans installations de climatisation étant le pompon).

Viollet le Duc l’a fait en son temps, de manière assez élégante et, c’est à noter, dans la continuité et la cohérence. On en a tous les détails, pourquoi un architecte d’aujourd’hui ne pourrait-il pas exercer ses talents ailleurs, plutôt que de nous encombrer d’un truc bavard et à tous points de vue contestable ?

Des exemples nombreux, souvent contestés, d’interventions sur des ouvrages anciens dont on n’avait pas de témoins utilisables existent. Voir le château de Falaise de Decaris notamment et bien d’autres. Ce même architecte reste respectueux dans ses restaurations avec témoins. Voir aussi les colonnes de Buren et la pyramide du Louvre qui recueillent aujourd’hui l’assentiment de beaucoup. Plus récemment l’anneau de la Mémoire de Philippe Prost, admirablement intégré dans un site fragile, les interventions sur la chapelle et autres du domaine viticole Château Lacoste et autres interventions poétiques, artistiques et architecturales qui nous enchantent.

Dans les années 50 à 90 on a assez détruit d’ouvrages voire de quartiers entiers (le quartier Saint Sauveur à Lille pour n’en citer qu’un). Un « geste contemporain » c’est vieux schnok, l’avenir n’est plus à la construction neuve sur tabula rasa mais, dès que c’est possible, à la réhabilitation mâtinée d’une élégance contemporaine discrète.

PS1. Les gargouilles reprochées existaient avant Viollet le Duc. Les lui attribuer est encore un fake,
PS2. Je n’ai pas lu l’article. Ce genre de débat me fatigue : fausse modernité, incompréhension des enjeux, irrespect des engagements nationaux et internationaux.

Christian Decotignie.
Diplômé architecte, ancien élève de Chaillot, assistant maître d’ouvrage depuis 2007.




Réponse 2

Monsieur l’Architecte, Cher Confrère,

Comme disait Jean Cocteau, « la mode c’est ce qui se démode » et, depuis le dramatique incendie qui ravagea une des cathédrales gothiques les plus emblématiques de France (et non pas la « mère des cathédrales » comme tu l’écris un peu vite, le prototype étant plutôt à chercher du côté de la basilique Saint-Denis), nous avons eu notre content de projets aussi creux que déjà dépassés tant ils se sont situés dans le consensus le plus mou : du projet « inclusif » et « éco-citoyen » à « un geste de notre temps » en passant par le « roof top festif », nous avons eu droit à tous les poncifs du « progressisme en marche », mais de culture et simple respect de notre patrimoine (sans parler de Dieu et la chrétienté), point !

Le tout nous a été servi par des images de synthèse dont la putasserie dissimulait mal l’inculture, la vacuité du propos et la méconnaissance crasse des techniques de mise en œuvre aussi bien anciennes que contemporaines. Mais peut-être est-ce là justement la marque de notre temps que tu appelles de tes vœux : le « geste », la « posture » et la « com’ », Sainte Trinité d’une société individualiste superficielle et nombriliste qui a jeté la transcendance aux orties. Je me délecte à l’idée des recensions qu’en feront les historiens de l’architecture dans quelques siècles.

Finalement, au-delà du respect des traités et chartes internationales qui imposaient de rebâtir strictement à l’identique, tout se recentre sur l’essentiel : une flèche pointant l’ardente espérance des hommes en direction du ciel (je n’ose même pas écrire Dieu, de peur de me faire cataloguer deux fois de « réactionnaire ») avec des matériaux et une mise en œuvre faits pour durer « mille ans » ….
Ne varietur !

Bien confraternellement,

Alexandre Bonnassieux
Architecte DPLG et du Patrimoine,
Expert de justice près la Cour d’Appel d’Orléans

Crédits photographiques :
Photo 1 : Phil Magness
Photo 2 : Ville de Paris / BHVP


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Pas de charité pour le patrimoine hospitalier.

Après Nantes, Le Puy-en-Velay et Le Mans, c’est au tour de Saint-Nazaire de démolir une de ses anciennes cliniques.

Ils se sont bien battus, mais ils ont perdu. Les associations Le Vieux Saint-Nazaire et 24B1–Jardin des Plantes ont été déboutées par le Tribunal administratif de Nantes. Un recours avait été déposé pour demander l’annulation du permis de démolir, mais la voix de la promotion immobilière à encore une fois été plus forte que celle du patrimoine.


Pourtant, l’édifice se situe dans le quartier « de La Havane », un des derniers quartiers « historique » de la ville et surtout l’un des seul à avoir été épargné par les bombardement pendant la seconde guerre mondiale. Mais sa valeur patrimoniale n’a pas ému la justice qui s’appuie essentiellement sur le fait qu’aucune mesure de protection n’avait été demandée jusqu’alors et que l’ancienne clinique n’était même pas inscrite dans le PLU.

Soit dit en passant, cela ne nous étonne guère quand on sait comment est traité le patrimoine de la ville, à l’exemple du château de Porcé que le Maire prend un malin plaisir à voir « tomber tout seul ».

C’est donc à un immeuble neuf que l’ancienne clinique cèdera sa place, mais il faudra encore attendre un peu, car le promoteur fait l’objet d’un second recours déposé contre le projet de démolition d’une autre clinique appartenant également au Pôle hospitalier mutualiste et située dans une autre rue de la ville.

Cette future démolition oriente notre réflexion quant à l’avenir des édifices appartenant aux hôpitaux. En effet, depuis quelques années, avec les regroupements de certains pôles médicaux, les démolitions vont bon train. On se souvient de la démolition cette année du Château de l’Épine, propriété du centre hospitalier du Mans. Ce dernier l’a rasé pour en faire un parking. En 2019, souvenons-nous de la clinique Saint-Augustin à Nantes ou de l'hôpital Sainte-Marie au Puy-en-Velay.


Château de l’Épine


Clinique Saint-Augustin


Hôpital Sainte-Marie

À ce rythme-là, dans quelques années, il ne restera plus rien du patrimoine hospitalier de notre territoire. Ce qui nous renvoie une fois encore à nos craintes quant à l’avenir de presbytère de Mamers, propriété du Centre Hospitalier Intercommunal Alençon-Mamers dont la direction s’obstine à vouloir le démolir au lieu de le vendre à la ville qui souhaiterait le valoriser.

Presbytère de Mamers

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Crédits photographiques :
Photo 1 :
L’Echo de la Presqu’île
Photo 2 :
Le Maine Libre Yvon Loue.
Photo 3 :
Presse Océan Romain Boulanger
Photo 4 : Lionel Ciochetto
Photo 5 :
La Gazette du Patrimoine

Les vitraux de l’église Sainte-Germaine peuvent-ils sauver l’édifice de la démolition ?

L’affaire de la possible démolition de l’église Sainte-Germaine à Calais commence à faire grand bruit et nous en sommes satisfaits, car bien souvent s’agissant d’une démolition, le bruit est notre meilleur allié.

En parlant d’alliés, les vitraux de l’édifice pourraient être le meilleur argument de défense, car si l’église n’est pas protégée au titre des monuments historiques, les vitraux le sont, car ils sont l’œuvre de deux Maîtres verriers de renom,
Louis Barillet et Jacques Le Chevalier.

Ce qui signifie qu’en théorie nul n’a le droit de les détruire.


Si le Diocèse va jusqu’au bout dans sa volonté de démolir, il faudra donc demander l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France, en espérant qu’il émette un avis défavorable quant à la démolition. Nous avons cependant quelques craintes, puisqu’il est possible que ce soit l’architecte qui a émis un avis favorable pour la démolition de « la chapelle » de Roger Poyé qui soit consulté.

Ce qui signifie que l’édifice pourra être démoli, mais qu’avant, il faudra démonter l’ensemble des vitraux pour qu’en théorie, ceux-ci soient réaffectés à un autre édifice qui en serait dépourvu. Ça c’est en théorie, car nous savons qu’en règle générale, les éléments « déposés » sont stockés dans un coin puis oubliés, même en étant protégés MH.

Une chose est sûre, comme nous l’indiquions dans notre précédent article sur ce sujet, pour une fois nous avons encore du temps. Si nous n’arrivons pas à convaincre le Diocèse avant l’officialisation de la démolition, alors nous ferons un recours en justice comme la loi l’autorise, à partir du moment où le permis de démolir est affiché.


Mais nous n’en sommes pas là et nous souhaitons très sincèrement trouver la solution la meilleure à la fois pour le Diocèse, les fidèles et les habitants du quartier, car ces derniers sont bien décidés à garder « Leur » église.

N’oubliez pas de signer la pétition si ce n’est déjà fait 
ICI.

En savoir plus sur les vitraux :

Les vitraux de l’église Sainte—Germaine ont été réalisés en 1934 par deux maîtres-verriers très renommés avant la guerre : MM. Barillet et Chevalier. Les plus belles pièces sont les deux rosaces du chœur symbolisant, l’une, rouge, l’Ancien Testament, l’autre, bleue, le Nouveau. Les huit vitraux représentant les scènes de la vie de sainte Germaine, situés dans la nef sont de toute beauté. On trouve aussi des représentations de saint Mathieu, saint Luc, saint Marc et saint Benoît-Labre.


Ensemble de 28 verrières De : Barillet Louis (verrier) ; Hanssen T. (verrier) ; Le Chevalier (verrier) Ensemble daté vers 1934.
Les dix verrières des fenêtres hautes : Saint Ludovic, Sainte Anne, sainte Jeanne d'Arc, Sainte Thérèse d'Avila, Sainte Godeleine, Saint Jean, Saint Joseph, Saint Jean-Marie Vianney Curé d'Ars, Saint Vincent de Paul et Saint Benoît Labre
Les deux verrières du chœur : Saint Marc et Saint Matthieu
Les huit verrières des bas-côtés : Histoire de sainte Germaine et cinq autres verrières des bas-côtés : Moïse, Jésus et les enfants, Annonciation, Apparition du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie Alacocque et Sainte Cécile
Les trois verrières de la chapelle des fonts baptismaux : Baptême du Christ, Résurrection et Péché originel


Autres œuvres

Il faut aussi signaler la présence de marbres d’Hydrequent et le chemin de croix en mosaïque. L’église abrite aussi, près de l’entrée, une très belle plaque rendant hommage aux enfants de la paroisse morte lors de la guerre 1914—1918. Elle a été réalisée par M. Desvergnes. Enfin, une découverte : un haut relief de Nicole Hemard représentant le Christ Ressuscité sortant du tombeau (1984), excentré de La Croix comme les faisait l’artiste, avec le sépulcre ouvert, la pierre roulée à côté, et l’ange annonçant qu’il est ressuscité.


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Crédits Photographiques : Franck Weens

Non, le Musée Rodin ne dilapide pas ses collections pour faire face à la crise

Il y a quelques semaines, la presse nationale et les réseaux sociaux faisaient leurs gros titres en faisant accroire que la direction du Musée Rodin avait décidé de vendre des œuvres de l’artiste afin de subvenir aux besoins du musée, très éprouvé par la crise du Covid.

Cette annonce avait provoqué la colère et l’indignation de milliers d’internautes criant au scandale. Nous ne pouvions pas imaginer une seule seconde que la direction du Musée puisse vendre les œuvres exposées. Les ventes concernent des « éditions » d’après les moules du sculpteur, qui sont appelées « œuvres originales » quand leur tirage est limité à 12 exemplaires.


C’est la raison pour laquelle nous avons contacté Madame Catherine Chevillot, Conservateur général, directrice du musée Rodin, qui a confirmé ce que nous pensions. Voici le communiqué de presse publié le 8 juillet :

« A la suite de la publication de l’article paru dans Les Echos du 6 juillet 2020 et des différentes dépêches concernant l’impact du COVID-19 sur son modèle économique, le musée Rodin souhaite apporter des précisions.

Le musée Rodin est le seul musée national français qui s’autofinance pour la totalité de son fonctionnement et de ses salaires. En plus des sources de financement communes à tous les musées (boutique et billetterie, locations d’espaces, itinérances d’exposition, concessions, partenariats et mécénat), le musée Rodin édite et vend des œuvres originales en bronze de Rodin depuis plus de cent ans. Cette activité est aussi ancienne que l’institution, mais son développement n’est pas lié à la crise sanitaire.

Editions d’œuvres originales

En tant que musée national, le musée Rodin ne vend pas les œuvres de sa collection, elles font partie du domaine public et sont à ce titre inaliénables et imprescriptibles. Il inclut traditionnellement dans ses collections un exemplaire de chaque édition originale de bronze, ceux-ci font également partie des collections nationales.

Le musée est en revanche « ayant-droit », c’est-à-dire héritier des droits d’auteur de l’artiste. C’est selon la volonté de Rodin lui-même que le musée Rodin édite et vend des œuvres originales en bronze, produite à partir des moules ou des modèles originaux légués par le sculpteur. Ces éditions sont réalisées dans le strict respect de la règlementation (limitation à douze exemplaires) et du droit moral de Rodin. Le musée fait respecter par ailleurs le droit moral de l’artiste, et intervient en justice en cas de contrefaçon.

Depuis quelques années, le musée Rodin poursuit un développement des éditions de bronze, appuyé sur d’importantes recherches d’archives et contrôlé par son Conseil Scientifique.

Rayonnement international de Rodin

Cette mission donnée par Rodin visait dans son esprit à assurer la survie de son musée et à contribuer à la diffusion internationale de son œuvre. Les collections constituées par Thomas Fortune Ryan pour le Metropolitan Museum de New York, par Jules Mastbaum pour le musée de Philadelphie et par Gerald B. Cantor pour le Iris & Gerald B. Cantor Center for Visual Arts de Stanford, au musée d’art occidental de Tokyo et au musée préfectoral d’art de Shizuoka au Japon, sont le résultat de cette activité d’édition d’œuvres originales.

Il ne s’agit aucunement de répliques ou de reproductions, mais bien d’œuvres originales.

Crise sanitaire - COVID-19

Autofinancé, le musée Rodin est par voie de conséquence très affecté par la fermeture de son site pendant plus de trois mois et par la chute du tourisme international qui constitue une grande part de sa fréquentation. Les recettes de sa billetterie et de sa boutique accusent une baisse importante. Face à la crise COVID-19, le musée compensera ces pertes par les réserves constituées par le passé grâce aux ventes de bronzes.

Le musée a également mis en place une campagne de don en ligne pour participer à la restauration de ces collections et ainsi poursuivre ses missions.

Le musée Rodin a réouvert ses portes au public le 7 juillet 2020 dans le respect des consignes sanitaires et propose tout l’été une programmation ouverte à tous.

Contact Presse : Clémence Goldberger
goldberger@musee-rodin.fr
01 44 18 61 86 / 06 71 68 68 75 »


Madame Chevillot s’est également exprimée suite à la publication d’un autre article incriminant, publié dans l’
Art Newspaper Daily, qui comporte des contre-vérités et ne tient aucun compte du communiqué de presse et qui surtout, n’a pas contacté les équipes du musée :

« Je n’ai aucunement tiré la sonnette d’alarme dans Les Echos. Le titre de ce dernier est en soit erroné : le développement de la politique du musée en matière d’éditions originales de bronzes n’est aucunement lié à la crise sanitaire. Il a été enclenché depuis trois ans. La vente des éditions originales de bronzes est constitutive du modèle économique du musée, institué par Rodin lui-même.

Le musée n’a pas prévu de vendre 130 œuvres. J’ai simplement indiqué à Mme Robert du journal
Les Echos le nombre de modèles potentiellement éditables. Nous ne vendons et ne continuerons à vendre que quelques œuvres d’éditions originales de bronzes par an.

Le musée n’est pas un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) mais un EPA (établissement public administratif). Il n’a aucun intérêt à le devenir et d’un commun accord avec les tutelles du ministère, nous avons écarté cette hypothèse à la suite d’études juridiques poussées.

Il est faux de dire que les fonds issus des ventes ne peuvent pas être utilisés pour le fonctionnement du musée. Bien au contraire, il est alimenté les années de résultat positif par les ventes, et sert à amortir les années de résultats négatifs (travaux, crises).

Il est choquant d’induire que j’ai pu vouloir faire pression sur les pouvoirs publics et le ministère de la Culture : le ministère a toujours soutenu le musée dans son action, et j’ai toujours travaillé en étroite collaboration avec le Service des musées de France et la Direction générale du Patrimoine. Ils œuvrent en ce moment même à accompagner le musée à trouver de nouvelles solutions et conforter son modèle économique. »


Tout cela prouve bien qu’il n’y avait aucune inquiétude à avoir au sujet de ces ventes, et qu’au lieu de polémiquer la meilleure des choses à faire est d’aller visiter ce merveilleux Musée.

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Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine

Adieu Joséphine : destruction d’un monument historique qui aurait pu être évitée

La statue de Joséphine à Fort-de-France n’a pas résistée au mouvement contestataire qui s’amplifie depuis quelques mois.

Cette statue avait été inaugurée le 29 août 1856. Réalisée en marbre de Carrare, elle mesurait approximativement de 5 mètres de haut. Elle a trôné ainsi plus d'un siècle au centre du parc de la Savane, avant d'être reléguée dans un endroit plus discret du parc sur ordre du maire de Fort-de-France Aimé Césaire en 1974 pour ne pas heurter une certaine partie de la population.

JOSEPHINE PHOTO 1 @François Marlin



D’ailleurs en 1991, la statue fut décapitée pour rappeler le sort de la guillotine auquel Joséphine échappa de justesse. Après avoir longtemps hésité quant à une éventuelle restauration, il a été décidé de la laisser « en l’état ». Cela souligne surtout le sentiment des martiniquais vis-à-vis de Joséphine de Beauharnais. Si certains voient elle une illustre ancêtre née dans l'île, pour d'autres elle représente celle qui aurait conseillé à Napoléon Bonaparte de rétablir l'esclavage en 1802 alors que ce système avait été aboli par la Révolution Française en 1794.

JOSEPHINE PHOTO 2 AZ Martinique


Bien entendu, nous ne contestons aucunement l’histoire et en particulier l’horreur de l’esclavage. Mais ce n’est pas en détruisant les œuvres que l’on efface l’Histoire. Bien au contraire, il est important que celles-ci en soient les témoins et que l’on dénonce à travers leur présence les faits qui ont été commis. C’est l’éducation qui changera le monde et pas la destruction massive des œuvres.

Car il s’agit bien d’une œuvre, bien au-delà d’un symbole contestable. L’œuvre du sculpteur Vital Gabriel Dubray, auteur également du bas-relief du monument Jeanne d’Arc à Orléans ou encore de la statue équestre de Napoléon à Rouen.

Cette œuvre était protégée au titre des monuments historiques depuis 1992, c’est à dire tout juste un an après sa « décapitation ».

josephinephoto4


La question qui se pose aujourd’hui est pourquoi l’État n’a pas protégé cette statue sachant pertinemment qu’elle était la première cible en Martinique du mouvement contestataire qui sévit actuellement dans le monde ?

Pourquoi ne pas l’avoir transférée pour protéger un « monument historique » de la destruction ?

Ces questions resteront sans réponse, pourtant porter atteinte à l’intégrité d’un monument protégé est un délit passible de 10 ans de prison.(lire notre article sur ce sujet ICI).

Il ne fait nul doute que la responsabilité de cet acte incombe en premier lieu aux hautes instances chargées de la protection des biens et des personnes. Quant aux « vandales » qui ont commis les faits, ils ont été largement identifiés sur les nombreuses photos et vidéos prises lors des faits, mais seront-ils sanctionnés ? Il y a peu de chance qu’une suite judiciaire soit donnée, comme c’est hélas souvent le cas.

Quoi qu’il en soit, ce dimanche 26 juillet 2020, c’était la dernière révérence de Joséphine à Fort-de-France.

Lire l’article de La 1ere Martinique ICI.

Historique de l’œuvre ICI.

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Crédits photographiques : Photo 1 : François Marlin/La 1ere Martinique Photo 2 : AZ Martinique

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Qui recevra la pelleteuse d’or 2020 ? #Balancetondémolisseur

Pelleteuse d'Or 2020


Les démolitions vont bon train sur l’ensemble du territoire, c’est la raison pour laquelle La Gazette du Patrimoine lance un grand concours afin de « récompenser » le responsable de la disparition d’un patrimoine remarquable.

Il est important de dénoncer les mutilations commises sur de nombreux édifices.

Il faut impérativement lutter contre celles-ci et surtout ne plus les passer sous silence.

Si nous dénonçons le plus souvent possible ces actes, alors peut-être qu’enfin « en haut lieux », la voix des défenseurs du patrimoine se fera entendre.

Ce prix est symbolique, mais il est lourd de sens.

À vous tous maintenant de nous aider à identifier ces démolisseurs afin d’établir une liste de « nommés » qui sera ensuite publiée afin qu’elle soit soumise aux votes des internautes à partir du 1er septembre 2020.

Vous aurez ensuite jusqu’au 20 septembre pour élire celui qui recevra « La Pelleteuse d’Or » pour son « œuvre ».

Puisque c’est à la mode le hashtag #Balancetondémolisseur servira de slogan à cette opération.

Bien entendu, vous pouvez nous contacter afin de nous signaler une démolition qui nous aurait échappé en nous adressant un mail à : contact@lagazettedupatrimoine.fr ou via le groupe Facebook dédié.

D’avance merci pour votre participation.
« Le patrimoine ne peux pas lutter, ensemble nous pouvons ».

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Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine

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Antiquaires : le S.O.S d’une profession en détresse

La crise que nous traversons a été un fléau pour l’économie, que ce soit sur le plan mondial que national. Certains se relèveront, d’autres pas. Mais pour se relever, il faut pouvoir travailler et si certains secteurs sont repartis « comme avant », d’autres souffrent toujours et sont dans l’attente de mesures qui leur permettraient non pas d’espérer vivre, mais au moins survivre. C’est le cas des antiquaires qui exercent leur profession majoritairement sur les salons et les grandes foires internationales.

Dans un courrier adressé à Roselyne Bachelot, notre Ministre de la Culture, François-Xavier Bon alerte sur la disparition imminente de son métier et nous relayons ici son « appel du 23 juillet 2020 ».

bonportrait


Antiquaire depuis plus de 20 ans « Less Curiosités d’Ainay », installées à Lyon, ont vu le métier évoluer, mais pas forcément dans le bon sens… Comment ne pas remarquer les centres villes se vider de leurs commerces d’antiquités ?  Souvent regroupés dans les quartiers historiques, parfois acteurs d’une rue entière que l’on nommait volontiers « la rue des antiquaires », oubliant jusqu’à son vrai nom, les antiquaires se sont réduits comme peau de chagrin.

A Paris, le Louvre des Antiquaires, le carré rive Gauche, la rue du Cherche-Midi, à Lyon la rue Auguste Comte, à Rouen la rue Damiette… Les derniers, peut être les meilleurs, comme on peut l’entendre parfois, sont à leur tour touchés par la crise du COVID-19 qui peut leur être fatale si les salons et foires d’antiquaires ne reprennent pas. Comment pouvons-nous laisser disparaître ainsi dans un silence absolu et dans l’indifférence générale ce métier ? On ne peut pas l’accepter et c’est pourquoi nous avons voulu alerter de cette situation les instances gouvernementales. Comment pouvons-nous assister à ce gâchis et perdre cette spécificité et ce charme français ? La transmission de l’objet et donc du patrimoine se fait dans le dialogue et la rencontre — et éventuellement par la suite par internet. Mais il est illusoire de croire que le monde du commerce de l’art peut se passer des antiquaires.

Nous espèrons que cette démarche personnelle sera prise en compte et suivie de mesures concrètes.

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Madame la Ministre,
Lyon le, 23/07/20

Je voudrais par la présente vous informer de la situation dramatique que vit le métier d’antiquaire.

Je comprends que vous êtes sollicitée par d’autres urgences, plus générales ou plus pressantes, qui requièrent l’attention du pays. Mais je ne peux me résoudre à croire que l’actualité, chargée, semble plonger notre profession dans l’indifférence.

Depuis le 17 mars notre situation ne fait que d’aller de mal en pis à l’image du commerce en général. Mais je voudrais attirer votre attention sur une particularité de notre profession qui semble vous être méconnue.

En effet depuis les années 2000, la profession est confrontée à une crise qui nous a conduit à une situation hélas regrettable : notre marché de l'art, jadis glorieux, voire le premier du monde, s'est dramatiquement affaissé. Cette situation a conduit à la fermeture massive de confrères et poussé à une adaptation rapide et brutale pour les 15000 restants. Cette mutation s’est faite pour une grande partie (environ 80 %) par une installation dite « en chambre » et par la participation aux foires et salons. Ces derniers représentant quasiment la totalité du chiffre d’affaire.

Or, depuis le début du confinement toutes les foires et salons sont annulés et au vu de l’avancée actuelle du COVID 19 la tenue de ceux de la rentrée de septembre semblent bien compromise.

Sans points de ventes, Comment voulez-vous que l’on vive ? Si l’on voulait nous faire disparaître on ne s’y prendrait pas autrement ! A l’heure où vous semblez défendre le petit commerce, sommes-nous si petits pour vous être autant indifférents ? Je suis bien conscient que le marché de l'art en France est mal connu et ne représente plus une part majeure de l’économie mais ce marché a surtout une fonction culturelle essentielle pour notre pays. Il y a des synergies et des complémentarités entre le marché de l’art et les collections privées, entre marché de l’art et métiers de la conservation et restauration d’ouvres d’art, entre collections privées et collections publiques, entre le marché et l'histoire de l'art, dont les progrès ne tiennent pas qu'à l'action désincarnée des seuls professeurs et conservateurs.

La France ne peut se résoudre à réduire le marché de l’art aux ventes aux enchères qui grâce à leur corporatisme et internet a réussi à se maintenir, car c’est bien mal connaître les rouages. Les maisons de ventes ne sont que la partie émergée de l’iceberg, par rapport à l’ensemble du commerce de l’art et des antiquités. Les antiquaires et brocanteurs sont l’une des pierres angulaires de notre patrimoine. Le premier contact du débutant avec les antiquités se fait chez le commerçant : poser des questions, toucher l’objet, se faire conseiller, réfléchir, s’informer, revenir…. Voici tout un processus qui a besoin de temps, forme la mémoire et l’identité d’un pays par son patrimoine, ses objets, son art de vivre à la française… d’où la nécessité pour la France de conserver ses magasins, ses marchés aux puces, ses foires et ses salons d’antiquaires.

Est-il l’heure de sonner le tocsin ? Nombre de spécialistes et de professionnels éminents le pensent si vous ne prenez pas des mesures urgemment. Nous sommes des passionnés qui ne comptons pas nos heures, prêts à se lever aux aurores pour « chiner » et se coucher à point d’heure pour effectuer des recherches afin de trouver le pourquoi et le comment d’un objet, transmettre l’amour de l’art du savoir et de l’histoire dans toutes les couches de la société, participer au rayonnement de la culture française. Mais, avec tout le dynamisme du monde, nous ne pouvons relever ce défi avec une aussi grande précarité de nos revenus.

Il est possible de proposer des mesures politiquement réalistes en inscrivant notre profession dans le plan de relance sans allouer de gros moyens budgétaires pour nous aider à franchir ce cap.

Je reste à votre disposition et j’espère au nom de tous les antiquaires et brocanteurs que l’on puisse déboucher sur des décisions effectives.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.

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Souhaitons que cet appel soit entendu et que la crise du Covid ne soit pas fatale à une profession qui est pourtant l’une des grandes ambassadrices de l’excellence française à travers le monde.

Nous ne manquerons pas de revenir sur ce sujet et nous vous informerons de la suite qui aura été donnée à ce courrier.

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Crédits photographiques : Les Curiosités d’Ainay/ François-Xavier Bon

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Démolition d’un monument : le droit au secours du patrimoine 

Est-il si facile de détruire un monument ? Ce peut être une impression qui se dégage à la vue des multiples dossiers dont se saisit Urgences Patrimoine où autant d’églises, villas, chapelles et autres éléments du « petit » et du « grand » patrimoine se retrouvent menacés par le godet des pelleteuses.

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Malheureusement, il arrive trop souvent que le combat se mène en session de rattrapage, lorsque le permis de construire ou de démolir a été accordé et que le délai de recours pour saisir le tribunal est dépassé. Cela ne signifie pas pour autant que l’échec est inéluctable : la récente affaire de la Chapelle Saint-Joseph est un témoignage de la remarquable efficacité que peut avoir un combat mené en-dehors de l’arène judiciaire.

Ceci étant, bien qu’aléatoire puisqu’elle aussi humaine, la voie de la justice peut s’avérer profitable. Elle l’est d’autant plus que le droit pose en la matière un régime protecteur des sites d’intérêt patrimonial, qu’ils fassent l’objet d’un classement aux Monuments historiques ou non.

En cas de classement ou d’inscription MH, la protection est d’ordre procédural. Rappelons d’abord le principe posé par le code du patrimoine (art. L. 621-29-1) : le propriétaire a la responsabilité de la conservation du monument historique inscrit qui lui appartient. Ce faisant, la démolition du bien ne peut être qu’exceptionnelle et doit en cela être justifiée par l’existence d’un péril imminent, ce qui suppose de justifier que l’immeuble menace ruine. Auquel cas, la démolition est obligatoirement soumise à la délivrance d’un permis après avis de l’architecte des bâtiments de France.

Cela signifie-t-il que les monuments hors-MH ne bénéficient quant à eux d’aucune protection ? Non, bien au contraire.

D’abord, les élus locaux peuvent décider en amont d’inventorier le « petit patrimoine » communal dont il est souhaitable d’assurer la conservation, pour ensuite en acter le caractère obligatoire dans le plan local d’urbanisme. Cette faculté est ouverte à l’article L. 151-19 du code de l’urbanisme.

Ensuite, et surtout, lorsque vient un projet de démolition d’un site remarquable, celui-ci « peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites. » (article L. 421-6 du code de l’urbanisme).

Le juge administratif peut ainsi être saisi d’un recours contre le permis s’il contrevient à cet impératif de préservation du patrimoine. Sa démarche est même plus protectrice encore puisqu’il n’hésite pas à contrôler lui-même que le projet n’y porte pas atteinte, en recherchant l’existence d’un intérêt patrimonial notable ou remarquable, et annuler les décisions qui entreraient en violation avec ce texte.

Cette approche jurisprudentielle a notamment été inaugurée à l’occasion de la triste affaire de l’église de Gesté. Cette église néo-gothique du Maine-et-Loire avait pu être sauvée des pelleteuses (1) : la commune, propriétaire, en avait initialement voté la démolition, ce qui avait valu la saisine du tribunal administratif de Nantes, lequel avait dans un premier temps rejeté le recours. La Cour administrative de la même ville avait finalement annulé le jugement : les juges d’appel avaient eux-mêmes relevé la particularité patrimoniale de ce monument et avaient conclu que même si le bien n’était ni inscrit ni classé, il ne pouvait pour autant faire l’objet d’une démolition tant qu’il ne menaçait pas ruine.

La Cour avait également rappelé, pour l’avenir, que « la circonstance, à la supposer établie, que le coût d'une restauration complète ne pourrait être supporté par les finances communales est sans influence sur la légalité de la décision contestée » …

Cette jurisprudence a trouvé maintes applications, avec comme dernier exemple en date celui de la maison du 32 rue du Phare de Saint-Pierre-d’Oléron, qui devait être « regardée comme un témoignage de l'expansion et de l'organisation du village en adéquation avec son environnement spécifique. »

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(1) Pour un temps seulement : l’histoire de l’église de Gesté a finalement tourné à la tragédie puisque les travaux de démolition ont tout de même été entrepris par la force. Le juge des référés, saisi une nouvelle fois, a statué que les travaux étant commencés, l’église était cette fois-ci en état de péril imminent et que la seule façon d’y mettre fin était de mener les travaux de démolition à leur terme.

Maître Théodore Catry
19 Avenue de Grammont
37000 TOURS
Téléphone: 02 47 61 31 78
Télécopie: 02 47 20 26 02
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Crédits photographiques : démolition de l’église de Gesté © Jo Baron/ France 3

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Calais : sombre avenir pour l’église Sainte-Germaine ?

L’annonce a fait grand bruit hier et vous êtes des dizaines à nous avoir contacté pour nous alerter au sujet du projet de démolition de l’église Sainte-Germaine à Calais et nous vous remercions.

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En premier lieu, nous avons souhaité interroger les contacts que nous avons au Diocèse d’Arras afin de connaître l’état réel de la situation et nous attendons leurs réponses.

Quoi qu’il en soit, même s’il faut être très vigilants quant à l’avenir de l’édifice, sa démolition n’interviendra pas demain.

En effet, il faut tout d’abord engager la procédure de désacralisation, mais également, obtenir l’accord des Bâtiments de France, puisque les vitraux de l’église sont protégés au titre des Monuments Historiques (inscription faite le 03/02/1997) pour ceux du chœur, de la nef, des fenêtres hautes et bas-côtés, ainsi que ceux de la chapelle des fonts baptismaux.

Dans l’Avenir de l’Artois le représentant du Diocèse donne les raisons de cette décision :

« L’économe diocésain en charge des deniers du diocèse d’Arras évoque « une église digne d’un mastodonte et de fait, très coûteuse en termes d’entretien. C’est un vrai gouffre pour le diocèse ». Au minimum, l’économe diocésain parle d’une enveloppe de réfection de plusieurs millions d’euros. L’électricité est à refaire, et les sous-sols font régulièrement l’objet d’inondations « en raison du terrain marécageux sur lequel l’église a été construite. Il y a une instabilité constante du terrain ». Autre argument du diocèse qui ne pourrait régler la facture des travaux, la faible affluence lors des messes, toutes les deux semaines. « Ce n’est pas non plus une église qui accueille 1000 personnes. Elle est trop grande. » S’il n’y a pas de contre-ordre du nouvel évêque, l’église sera rasée, mais le culte ne devrait pas totalement disparaître du quartier. Si le diocèse est en relation avec des bailleurs pour vendre les 4500m2 de terrain afin d’y construire des logements, un lieu de culte plus petit devrait être érigé. Petite chapelle, lieu de culte modulable, rien n’est écarté et Lionel Delcroix assure que « les paroissiens et le curé seront associés ». L’objectif est d’entériner le dossier « pour la fin d’année ».  

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Nous sommes très étonnés des sommes annoncées pour une éventuelle restauration, d’autant que de nombreux travaux avaient déjà été entrepris dans les années 90. Certes le temps a dû depuis faire son ouvrage, mais il n’y a aucun péril imminent.

Dans l’article il est aussi question de la vente du terrain pour y construire des logements, mais si le terrain est marécageux, cela signifierait qu’il n’est pas constructible. Tout ceci pose questions.

Un autre problème se pose : celui de la démolition d’un édifice religieux dans un contexte sociétal difficile. Nous sommes nombreux à nous insurger contre les actes de vandalisme perpétré contre de nombreux édifices, mais si l’institution catholique elle-même détruit son patrimoine, c’est la porte ouverte à toutes les exactions.

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Quoi qu’il en soit, une fois encore Urgences Patrimoine va se mobiliser pour essayer de trouver une alternative à cette démolition en collaboration avec l’EPAC (Environnement et Patrimoines du Calaisis), association fraichement créée suite à la démolition de la maison de Roger Poyé et à la mobilisation initiée par Magali Domain.

Nous avons conjointement décidé de lancer une pétition, qui nous le savons tous, n’est pas une solution miraculeuse, mais un moyen de faire entendre la voix des amoureux du patrimoine qui ne veulent pas voir disparaître les témoins de leur mémoire collective.

Pour signer la pétition cliquez sur le lien ICI.

Historique de l’édifice

Placée sous le patronage de sainte Germaine Cousin, une bergère qui vivait près de Toulouse au XVIème siècle et qui a été canonisée en 1867, l’église du Pont-du-Leu située rue de Montréal est née en grande partie grâce à la volonté de l’abbé Constant Hanse qui voulait édifier un beau lieu de culte dans une paroisse appelée à se développer, notamment suite à l’implantation de la grande usine « Les Filés de Calais » produisant de la soie artificielle.

Une souscription fut lancée après la Grande Guerre pour remplacer le baraquement qui faisait jusqu’alors office de lieu de culte rue de Lima. Les paroissiens du Pont-du-Leu eurent beaucoup de difficultés à rassembler tout l’argent nécessaire au financement du chantier, la crise économique des années 1930 frappant durement le Calaisis. Le diocèse d’Arras apporta sa contribution et des dons des « Germaines » de toute la France ont permis à l’église de voir le jour.

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Mgr Julien, évêque d’Arras, posa la première pierre en 1928 mais les travaux furent difficiles en raison du caractère sableux et très mouvant du terrain choisi. Il fallut y enfoncer plus de 160 colonnes en béton et les relier au niveau du sol par du ciment armé afin de pouvoir élever les murs. Ces différentes opérations engloutirent des sommes énormes, si bien qu’il fallut une ultime récolte de fonds pour pouvoir élever le clocher.

Mgr Dutoit inaugura l’édifice le 1er avril 1934. Œuvre de l’architecte Julien Barbier, la grande église, au plan en croix latine, se distingue par son revêtement en briques rouges et son clocher-porche. À l’origine, son autel était celui de l’ancienne église de Pétresse (ou Saint-Pierre, commune avec laquelle Calais a fusionné en 1885), qui avait été récupéré par les Petites Sœurs des Pauvres. Le lieu de culte recèle aujourd’hui quelques merveilles Art Déco : un chemin de croix en mosaïque et vingt-huit magnifiques verrières réalisées par les célèbres maîtres-verriers Louis Barillet, Le Chevalier et Théo Hanssen. Ces verrières ornent le chœur, la nef, les fenêtres hautes et les bas-côtés ainsi que la chapelle des fonts baptismaux et figurent à l’inventaire des objets mobiliers inscrits au titre des monuments historiques (référence PM62008410 dans la base Palissy).

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM62008410

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Crédits photographiques : Magali Domain

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